Marseille risque l'exclusion des compétitions européennes pour non-respect des règles financières. Une catastrophe sportive et économique qui menace l'équilibre fragile du projet Longoria.
Quand un club de football entre en spirale, cela commence rarement par le terrain. À Marseille, les résultats décevants depuis le début de la saison ne sont que la face visible d'un iceberg financier bien plus inquiétant. L'Olympique de Marseille risque bel et bien l'exclusion des compétitions européennes pour violation des règles de fair-play financier. L'Équipe l'a révélé : le club phocéen peine à respecter les critères imposés par l'UEFA concernant l'équilibre entre dépenses et revenus. C'est le moment où l'on réalise que les rêves de grandeur, quand ils ne s'appuient pas sur des bases solides, deviennent des cauchemars administratifs.
Quand la gestion des deniers publics devient un luxe
Le projet porté par Pablo Longoria, arrivé à la tête de la direction sportive en 2021, reposait sur une promesse simple : reconstruire Marseille en équilibre financier tout en le propulsant vers les sommets européens. Sur le papier, c'était séduisant. En réalité, c'était une équation mathématique infernale. Le club a engrangé environ 120 millions d'euros en recrutements et allocations salariales ces deux dernières années, alimenté par des promesses de revenus qui tardent à matérialiser. Les ventes de joueurs, censées financer cette ambition, n'ont jamais suffi. Et les sponsors, même les plus généreux, ne pèsent que pour une fraction des budgets modernes.
Le système du fair-play financier européen fonctionne ainsi : un club peut dépenser davantage qu'il ne gagne, mais cette différence doit rester en deçà de seuils définis. Marseille, visiblement, les a explosés. Entre 2020 et 2024, le déficit cumulé du club avoisinerait les 80 millions d'euros. Pour contextualiser : c'est l'équivalent de ce qu'a dépensé Rennes en trois années complètes pour son effectif global. Les précédents présidents avaient au moins la décence de cacher leurs dépenses réelles. Longoria a choisi l'affichage frontal. Jusqu'au moment où les comptes s'arrêtent de danser.
Le vrai drame, c'est que Marseille n'est même pas en train de dominer la Ligue 1 avec cette manne. Les résultats sportifs ne justifient pas ces hémorragies financières. À mi-saison, le club se bat pour la quatrième ou cinquième place, au mieux. C'est comme si on vous annonçait qu'un ami a hypothéqué sa maison pour s'acheter une voiture d'occasion. L'effet est dévastateur.
L'exclusion européenne, l'ironie suprême d'une ambition brisée
Voilà l'ironie cruelle du foot moderne : investir massivement, c'est souvent pour accéder aux compétitions continentales, seules vraiment rentables long terme. Or, l'OM pourrait être privé d'Europe précisément parce qu'il a dépensé pour y aller. Une exclusion des coupes européennes représenterait une perte estimée entre 15 et 25 millions d'euros pour une saison, sans compter le dommage reputationnel auprès des sponsors mondiaux.
Techniquement, l'UEFA examine les dossiers financiers des clubs chaque année. Marseille n'est pas un cas isolé — Naples a connu des déboires similaires, tout comme l'AS Rome. Mais le timing, pour les Phocéens, est catastrophique. Alors que le groupe Arnault, propriétaire du club depuis 2022, tentait de redorer l'image de Marseille après deux décennies de turmoil, cette perspective d'amende et d'exclusion fait s'écrouler les plans de communication.
Comment justifier aux salariés, aux supporters, aux sponsors régionaux qu'on risque l'Europe après avoir investi comme si on visait la Ligue des champions ? Longoria, qui s'était présenté en sauveur des finances marseillaises, se retrouve potentiellement responsable de l'asphyxie du club. Les fauteuils directoriaux deviennent soudain moins confortables.
- 80 millions d'euros : le déficit cumulé estimé depuis 2020
- 120 millions d'euros : investissements en recrutements et salaires sur deux ans
- 15-25 millions d'euros : perte estimée en cas d'exclusion des compétitions européennes
- 4e-5e place : la position réelle de Marseille cette saison
Reste une question : Marseille aura-t-il droit à une période d'ajustement ou l'UEFA frappera-t-elle immédiatement ? Les précédents suggèrent souvent un rappel à l'ordre, puis une exclusion différée si le club ne redresse pas la trajectoire. Cela laisserait une fenêtre de tir cet été : vendre pour rembourser, réduire drastiquement la masse salariale, réorganiser le projet. C'est faisable, mais cela signifie renoncer à l'ambition court-termiste qui a caractérisé les trois dernières années.
Marseille se trouve à un croisement. Le club peut choisir la route difficile : accepter une reconstruction modeste mais durable, loin des feux de la rampe. Ou il peut continuer à parier sur la cavalerie magique, en espérant qu'une succession de ventes miracles ou une embellie sportive soudaine le sauvera. L'histoire du football suggère que le premier chemin, bien que moins glamour, est le seul qui mène vraiment quelque part.