Le Français a inscrit son 4e but en Premier League face à Arsenal, s'attirant les éloges d'Erling Haaland après la victoire 2-1 de Manchester City.
Quand Erling Haaland, recordman absolu de la Premier League avec 36 buts en une seule saison, prend la peine de saluer publiquement un coéquipier après un match gagné, on ferait bien de tendre l'oreille. Dimanche, à l'issue du choc de la 33e journée opposant Manchester City à Arsenal, le Norvégien n'a pas ménagé ses mots pour décrire Rayan Cherki. « Émerveillé » : le terme est fort, presque inattendu dans la bouche d'un attaquant aussi peu enclin aux effusions verbales. Il résume pourtant assez fidèlement ce que le jeune Français est en train d'accomplir depuis son arrivée en Angleterre.
Un récital face aux Gunners qui relance la course au titre
Face à Arsenal, dans un Emirates Stadium sous tension, Rayan Cherki a de nouveau prouvé qu'il n'était pas venu en Premier League pour faire de la figuration. Son 4e but de la saison, inscrit lors de cette confrontation directe entre deux prétendants au titre, a pesé de tout son poids dans la victoire 2-1 de Manchester City. Ce n'est pas tant le geste technique qui impressionne les observateurs — même si la finition, dans un match aussi fermé, demande un sang-froid particulier — c'est surtout la régularité et l'aplomb avec lesquels le milieu offensif s'exprime sur la plus grande scène du football européen.
Pour un joueur qui n'avait jamais évolué hors de France avant de rejoindre le club mancunien, la transition aurait pu être laborieuse. Elle ne l'est pas. Cherki s'est intégré dans le système de Pep Guardiola avec une fluidité qui surprend même les plus sceptiques. Quatre buts en trente-trois journées, certes, mais surtout une capacité à peser sur les rencontres importantes, à trouver des espaces dans des blocs compacts, à s'entendre instinctivement avec des joueurs comme Kevin De Bruyne ou Bernardo Silva. Haaland, lui, sait ce que c'est que d'arriver dans un club structuré autour d'un collectif sophistiqué : le Norvégien avait lui-même mis quelques semaines avant de comprendre pleinement les codes du jeu guardiolan. Le fait qu'il voie en Cherki quelque chose d'exceptionnel mérite donc qu'on le prenne au sérieux.
La victoire sur Arsenal, elle, a des conséquences immédiates sur le classement. Manchester City revient à portée de canon des Gunners, relançant une course au titre que beaucoup pensaient pliée. Trois points d'écart, cinq journées à jouer : le scénario que le football anglais affectionne tant est en train de se dessiner.
De Lyon à Manchester, un destin construit dans la patience
Rayan Cherki, 21 ans, est un produit pur de l'Olympique Lyonnais. Formé au centre d'entraînement de Meyzieu, il avait signé son premier contrat professionnel à l'âge de 15 ans, devenant le plus jeune buteur de l'histoire de l'OL lors d'une rencontre de Ligue 1 en janvier 2020. La trajectoire était écrite, semblait-il. Mais le football français, entre ses turbulences économiques et ses difficultés structurelles à retenir ses talents, n'a pas su — ou pas pu — le garder.
Son départ pour Manchester City, officialisé l'été dernier pour une somme estimée à 35 millions d'euros, avait suscité une certaine ambivalence en France. D'un côté, la fierté de voir un joueur formé à Lyon rejoindre l'un des clubs les plus titrés d'Europe. De l'autre, une sourde inquiétude face à l'hémorragie de talents qui frappe régulièrement la Ligue 1. Lyon, plombé par ses difficultés financières et son actionnaire John Textor, n'avait guère d'autre choix que d'accepter l'offre mancunienne. Le club rhodanien encaisse ainsi la perte d'un joueur qu'il avait pourtant identifié depuis des années comme l'un de ses joyaux.
À Manchester, Guardiola a pris soin de ne pas le précipiter. Les premières semaines de Cherki ont été gérées avec une minutie caractéristique du technicien catalan, qui préfère construire sur la durée plutôt que de brûler les étapes. Le résultat, six mois plus tard, parle de lui-même. Cherki s'est peu à peu affranchi du statut de remplaçant de luxe pour s'imposer comme un titulaire de rotation crédible, voire indispensable dans les grands rendez-vous. Son intelligence de lecture du jeu, sa capacité à se déplacer entre les lignes sans ballon et sa technique naturelle correspondent presque à l'idéal-type du profil recherché par Guardiola depuis ses années barcelonaises.
Une Équipe de France qui regarde, et une Premier League qui s'emballe
Les conséquences de cette montée en puissance dépassent largement le cadre de la course au titre en Angleterre. En équipe de France, le dossier Cherki est suivi avec une attention particulière par Didier Deschamps et son staff. Le joueur, qui compte quelques sélections en équipe nationale mais peine encore à s'y imposer durablement, vit peut-être là la période la plus décisive de son jeune parcours international. Une Coupe du Monde 2026 se profile, et les places sont chères dans un secteur offensif français d'une richesse insolente.
Dans l'immédiat, c'est la Premier League qui retient son souffle. Manchester City, souvent annoncé en fin de cycle après les démêlés judiciaires du club avec les instances du football anglais, semble avoir trouvé dans cette nouvelle génération — Cherki en tête — un moyen de se réinventer. Le projet sportif guardiolan, parfois critiqué pour son hermétisme et sa dépendance à un noyau dur vieillissant, démontre une fois de plus sa capacité d'adaptation.
Reste à savoir si ce Manchester City-là peut aller au bout. Cinq journées, un déplacement à Anfield et une réception de Chelsea attendent encore les Citizens avant le verdict final. Mais si Rayan Cherki continue sur cette lancée — et si Erling Haaland continue de s'émerveiller —, le doute n'est peut-être plus là où on l'attendait.