Le nouveau président de l'Olympique de Marseille a affiché ses ambitions sur RTL : intégrer le gratin des 20 meilleurs clubs d'Europe. Un projet ambitieux qui engage l'avenir du club phocéen.
« Marseille a tout pour faire partie des 20 meilleurs clubs d'Europe. » La phrase est de Stéphane Richard, prononcée ce mardi matin sur les antennes de RTL. Le nouveau président de l'Olympique de Marseille n'a pas pris de détours pour poser le cadre de son mandat. Pas de langue de bois, pas d'effet d'annonce creux : une ambition nommée, chiffrée, assumée. À la tête du club phocéen depuis peu, l'ancien patron d'Orange joue d'emblée la carte de la transparence. Reste à savoir si les moyens suivront le discours.
Un objectif européen gravé dans le marbre présidentiel
Stéphane Richard l'a dit clairement : le cap est continental. Intégrer le top 20 européen n'est pas un slogan de campagne, c'est une feuille de route. Selon nos informations, le président marseillais a insisté sur la nécessité de construire un projet cohérent sur plusieurs saisons, loin de l'instabilité chronique qui a marqué la dernière décennie du club. Le modèle visé, c'est celui des clubs capables d'allier stabilité sportive, identité forte et attractivité économique — un triptyque que l'OM a souvent eu du mal à conjuguer.
Sur le plan sportif, la saison en cours servira de jauge. Marseille évolue dans un championnat de Ligue 1 où le Paris Saint-Germain reste l'étalon absolu, mais où le club phocéen possède un potentiel de recrutement et une base de supporters sans équivalent en dehors de la capitale. Le Vélodrome, fort de ses 67 000 places, est régulièrement plein à craquer — un argument de poids dans toute négociation commerciale ou sportive à l'échelle européenne.
À en croire l'entourage du président, l'ambition ne se limite pas à la Ligue Europa ou à une participation honorable en Coupe d'Europe. L'objectif à moyen terme, c'est la Ligue des Champions, compétition dans laquelle Marseille n'a plus vraiment pesé depuis sa finale perdue en 2004 face au FC Porto. Vingt ans de disette continentale, c'est long pour un club de cette stature.
Un club historique rattrapé par ses contradictions
L'OM, c'est une institution qui se nourrit autant de sa légende que de ses failles. La seule Ligue des Champions remportée par un club français, en 1993, appartient à Marseille. Mais depuis ce sacre mythique sous Bernard Tapie, le club a navigué entre ambitions démesurées et réalités comptables difficiles. Trois changements de propriétaires en moins de quinze ans, des entraîneurs qui se sont succédé à un rythme affolant, des mercatos parfois brillants et souvent incohérents.
L'ère Frank McCourt, l'homme d'affaires américain qui a racheté le club en 2016 pour environ 45 millions d'euros, a généré des espoirs puis des désillusions. Des investissements massifs — plus de 200 millions d'euros dépensés sur le marché des transferts entre 2017 et 2019 — sans résultats à la hauteur des attentes. La parenthèse Villas-Boas, terminée brutalement en février 2021, restera comme l'une des pages les plus étranges de cette période.
Stéphane Richard débarque dans ce contexte avec un profil radicalement différent de ses prédécesseurs. Ancien PDG d'Orange pendant près de dix ans, rompu aux négociations complexes et à la gestion de grandes structures, il apporte une crédibilité institutionnelle que le club réclamait depuis longtemps. Son arrivée a été bien accueillie en interne, selon nos informations, même si la méfiance reste de mise dans un vestiaire et un staff qui ont appris à ne pas se laisser emporter par les effets d'annonce.
Les chantiers concrets qui attendent le nouveau président
Derrière les déclarations d'intention, les défis sont précis. Le premier est sportif. Roberto De Zerbi, arrivé sur le banc marseillais avec une réputation solide bâtie à Brighton et à Sassuolo, incarne ce nouveau projet de jeu offensif et ambitieux. L'entraîneur italien a besoin de stabilité et de moyens pour exprimer son football, deux ressources que l'OM n'a pas toujours su garantir à ses coaches.
Le deuxième chantier est économique. Pour entrer dans le top 20 européen, il faut des revenus à la hauteur. Les droits TV de Ligue 1, en pleine turbulence depuis la faillite de Mediapro et les négociations chaotiques qui ont suivi, ne suffisent plus. L'OM devra muscler ses revenus commerciaux, travailler ses partenariats internationaux et, surtout, se qualifier régulièrement en Coupe d'Europe pour générer les recettes UEFA indispensables. À titre de comparaison, un parcours correct en Ligue des Champions peut rapporter entre 50 et 80 millions d'euros à un club — une manne vitale pour rivaliser avec les mastodontes continentaux.
Le troisième chantier, moins visible mais tout aussi structurant, concerne la gouvernance. L'OM a longtemps souffert d'une instabilité décisionnelle au sommet. Stéphane Richard a laissé entendre qu'il entendait professionnaliser les process internes, clarifier les lignes de commande entre le sportif et l'administratif, et surtout inscrire le club dans une vision pluriannuelle. Ce n'est pas le discours le plus sexy pour les supporters, mais c'est probablement le plus nécessaire.
Une réserve, toutefois : entre l'ambition affichée et la réalité du terrain, le chemin est semé d'embûches. L'OM a souvent brillé par ses intentions et vacillé dans l'exécution. La capacité de Stéphane Richard à tenir ce cap dans la durée — et notamment lors des premières crises sportives inévitables — sera le vrai test de sa présidence. La saison qui s'annonce ne laissera guère de place à la patience : les supporters marseillais, 800 000 selon certaines estimations dans la seule région PACA, ne pardonnent pas facilement les promesses non tenues. Le verdict ne tardera pas.