Après Bob Tahri, Ali Zarrak devient le nouveau point de friction du projet marseillais. Les tensions autour du cercle rapproché du directeur sportif montent en pression.
Quelque chose se fissure discrètement à Marseille. Pas dans les résultats du terrain, mais dans les coulisses de la Commanderie, là où se nouent les vrais pouvoirs. Medhi Benatia a bâti un cercle de confiance depuis son arrivée à l'OM, et ce cercle commence à vaciller sous le poids des critiques et des questions légitimes qui l'environnent. Ali Zarrak en est la dernière illustration, mais certainement pas la première.
L'homme n'est pas un inconnu du club. Responsable de la catégorie Pro 2 avant de basculer vers des fonctions de conseiller à la direction sportive, il incarne un type de trajectoire devenu symptomatique chez les Olympiens : la proximité de Benatia comme seul sésame. Pas de diplôme proprirement dits, pas de référence bâtie ailleurs, juste la confiance du chef. C'est ainsi qu'on retrouve Zarrak aux réunions décisionnelles, influençant des arbitrages sportifs majeurs, tandis que les techniciens de formation se demandent où exactement il a prouvé ses compétences. Bob Tahri a connu un sort similaire avant lui. Et avant Tahri? La liste s'allonge.
Comment Benatia a construit une direction sportive aux méthodes opaques?
Revenons à la genèse. Medhi Benatia débarque à Marseille avec un crédit énorme, celui d'un homme capable, réputé, au CV respectable. Il devait rationaliser, moderniser, assainir les structures marseillaises gangrenées par des années de dysfonctionnement. Jusque-là, le contrat est clair. Mais il y a un détail que les observateurs ont noté progressivement : Benatia ne délègue pas, il entoure. Il entoure de gens qui lui ressemblent, qui pensent comme lui, qui ne posent pas de questions.
Ce mode de fonctionnement peut fonctionner temporairement quand les résultats arrivent. Un titre en Ligue 1, quelques victoires, et personne ne fouille dans les processus. Mais Marseille n'a pas collectionné les trophées. L'OM stagne depuis deux ans, les attentes déçues accélèrent l'enquête. Et l'enquête révèle un système où les décisions semblent parfois reposer sur des critères flous. Pourquoi tel joueur de Pro 2 a-t-il été promu à l'équipe première? Qui a vraiment choisi ce latéral argentin décevant? Quels indicateurs objectifs justifient tel investissement?
Ali Zarrak ne répond pas à ces questions. Son profil n'y est pas conçu pour. Il est un homme de confiance, un relais de la pensée Benatia. Excellent pour renforcer un clan, mauvais pour justifier ses méthodes auprès d'une institution aux finances fragiles, à l'actionnariat sous surveillance, et à une base de supporters ultraexigeante. C'est le problème avec les cercles fermés: ils produisent une illusion de certitude qui ressemble surtout à de la fragilité.
Pourquoi ces tensions émergent-elles précisément maintenant?
Parce que le bilan parle. Depuis le début de la saison 2023-2024, l'OM a traversé des phases de performances mitigées, alternant éclairs de talent et débâcles déconcertantes. Les recrues hors de prix peinent à justifier leurs émoluments. Quelques noms de jeunes joueurs prometteurs se sont évaporés sans vraiment marquer. Et surtout, l'équipe ressemble rarement à celle d'une institution sûre de son projet. Il y a des incohérences tactiques, des changements de direction qui paraissent impromptus. Tout cela nourrit le doute.
Or, le doute dans un club comme Marseille, c'est une arme redoutable. Les supporters, les journalistes, les analystes commencent à creuser. Et quand on creuse à l'OM, on rencontre rapidement les questions administratives, les personnalités, les processus de décision. Ali Zarrak devient alors une cible logique, non pas parce qu'il est fondamentalement mauvais, mais parce qu'il symbolise quelque chose de plus large: l'absence de légitimité publique, l'opacité.
Bob Tahri avant lui a vécu l'expérience. Son départ était présenté comme naturel, mais il était surtout inévitable. L'institution a fini par demander: qui es-tu vraiment? Comment as-tu acquis ce pouvoir? La même question surgit maintenant pour Zarrak. Elle surgirait pour quiconque se trouverait dans cette position, parce qu'elle est une question de légitimité démocratique, même appliquée au sport professionnel.
L'OM peut-il encore compter sur Benatia pour redresser la trajectoire?
C'est la grande question. Benatia possède les compétences, c'est acquis. Mais possède-t-il la flexibilité? La capacité à revoir ses méthodes? Jusqu'ici, rien ne l'indique. Chaque controverse autour de son cercle rapproché — Tahri, puis Zarrak — semble le renforcer dans sa conviction plutôt que de l'amener à réfléchir. C'est un trait de personnalité courageux, mais qui peut devenir suicidaire dans un environnement aussi exposé que celui d'une grande institution méditerranéenne.
La vraie question pour Marseille n'est pas tant l'efficacité tactique ou la qualité des recrues. C'est la sustainability du modèle. Comment un directeur sportif peut-il imposer ses visions quand chaque collaborateur semble justifier son existence par sa seule proximité avec lui? Comment l'institution se régénère-t-elle? Quand le leader part, que reste-t-il? Ces questions deviennent urgentes si les résultats continuent à décevoir. Et les résultats, c'est le seul argent qui paie tous ces débats.
Marseille a besoin d'une direction sportive solide, pluraliste, capable de justifier ses choix par des critères objectifs. Tant que Benatia continuera à fonctionner en mode paternaliste, à s'entourer de courtisans plutôt que de techniciens, l'institution restera fragile. Ali Zarrak ne sera probablement pas le dernier à incarner cette tension. Mais peut-être que sa présence même, questionnée, forcera enfin une conversation que Marseille repousse depuis trop longtemps.