Absent depuis quatre mois, Paul Pogba figure dans le groupe de l'AS Monaco pour le choc contre l'OM. Le Pogback approche.
Quatre mois. C'est le temps qu'il a fallu pour qu'on reparle de Paul Pogba autrement qu'au conditionnel. Dimanche soir, au Stade Louis-II, le milieu de terrain franco-guinĂ©en Ă©tait bel et bien prĂ©sent dans le groupe de l'AS Monaco pour la rĂ©ception de l'Olympique de Marseille en clĂŽture de la 28e journĂ©e de Ligue 1 â genouillĂšre visible Ă l'Ă©chauffement, silhouette reconnaissable entre mille, l'Ćil qui cherche encore ses jambes. Le Pogback version monĂ©gasque n'est plus une rumeur de vestiaire. Il prend forme.
Que vaut ce retour sur un plan médical et sportif ?
La genouillĂšre, d'abord. On ne la cache pas, on la montre. Signe que le staff mĂ©dical joue la prudence, que le corps de Pogba est encore en phase de rĂ©adaptation progressive. Ă 31 ans, aprĂšs une suspension de quatre ans pour dopage levĂ©e plus tĂŽt que prĂ©vu, puis cette blessure qui a retardĂ© ses dĂ©buts monĂ©gasques, le champion du monde 2018 accumule les contrariĂ©tĂ©s physiques depuis la Juventus Turin. Son dernier match complet remonte Ă une autre Ă©poque â celle oĂč il portait encore le maillot de la Nazionale bianconera.
Logiquement remplaçant contre l'OM, Pogba n'est pas attendu pour quarante-cinq minutes de haute intensitĂ©. Adi HĂŒtter, le technicien autrichien qui dirige Monaco, a construit son Ă©quipe autour d'autres certitudes : Aleksandr Golovine, le mĂ©tronome silencieux, Takumi Minamino dans les transitions rapides, Maghnes Akliouche en numĂ©ro dix de poche. Le systĂšme fonctionne. Pogba arrive en supplĂ©ment, pas en sauveur. C'est peut-ĂȘtre ça qui rend la situation saine.
Sur le plan athlĂ©tique, les premiĂšres images d'entraĂźnement avaient montrĂ© un joueur encore en quĂȘte de rythme, mais techniquement intact. La patte gauche ne s'oublie pas. Ce que personne ne peut prĂ©juger, c'est sa capacitĂ© Ă encaisser les duels, Ă presser, Ă tenir une cadence de Ligue 1 dans un Monaco qui court vite et collectivement. C'est lĂ que se jouera le vrai verdict.
Pourquoi ce MonacoâOM est le bon match pour tenter un retour ?
Il y a quelque chose d'ironique Ă choisir un Classico de printemps pour rĂ©apparaĂźtre. Pas le Real-Barça, pas le PSG-OM version ultras, mais le choc entre deux clubs qui se disputent actuellement les positions europĂ©ennes avec un sĂ©rieux qu'on ne leur connaissait plus. Monaco pointe Ă une place de podium, Marseille chasse les mĂȘmes ambitions. L'enjeu comptable est rĂ©el, et ça donne au contexte une densitĂ© que ni la prĂ©-saison ni un match de milieu de tableau n'auraient offerte.
Pour Pogba, entrer dans ce genre de rencontre â mĂȘme dix minutes â c'est envoyer un signal. Pas aux mĂ©dias, pas aux supporters, mais Ă lui-mĂȘme. L'idĂ©e que son corps peut tenir face Ă l'intensitĂ© d'un match Ă enjeu, que la compĂ©tition ne lui est plus Ă©trangĂšre. Ă l'image d'un Alessandro Del Piero revenu dans le groupe de la Juventus aprĂšs des mois d'absence et entrĂ© en cours de jeu contre l'Inter, ce type de rĂ©apparition fonctionne comme un sas de dĂ©compression entre la rééducation et la pleine compĂ©tition.
Monaco, de son cĂŽtĂ©, n'a pas recrutĂ© Pogba pour faire du bruit en confĂ©rence de presse. La direction du club a pris un pari sur la forme retrouvĂ©e d'un joueur que beaucoup considĂšrent comme fini. Si ce pari se concrĂ©tise, mĂȘme partiellement, le rapport bĂ©nĂ©fice-risque sera favorable. Le joueur est sous contrat, il est motivĂ©, et il reste â quand il est en forme â l'un des milieux les plus complets de sa gĂ©nĂ©ration en termes de lecture du jeu et de frappe de balle.
Le Pogback peut-il encore avoir un sens au plus haut niveau ?
La question mĂ©rite d'ĂȘtre posĂ©e sans tabou. Paul Pogba n'est pas n'importe quel joueur qui revient d'une longue absence. Son passĂ© rĂ©cent est encombrĂ© : la suspension pour dopage, les blessures en cascade, les doutes sur son sĂ©rieux exprimĂ©s publiquement depuis Turin, les conflits de vestiaire Ă©voquĂ©s dans la presse italienne. La liste est longue. Et pourtant.
Et pourtant, la Ligue 1 a cette vertu de permettre des rĂ©surrections. Thierry Henry Ă Monaco en 2003 avant Arsenal, Carlos Tevez Ă Paris avant West Ham, des carriĂšres qui ont trouvĂ© un second souffle dans un championnat qu'on sous-estime parfois. Monaco n'est pas un club de fin de carriĂšre dorĂ©e â c'est un club avec un projet europĂ©en crĂ©dible, un effectif jeune et affamĂ©, et une exigence tactique rĂ©elle sous HĂŒtter.
Si Pogba retrouve vingt ou vingt-cinq minutes de niveau correct d'ici la fin de saison, il crée un contexte favorable pour aborder l'été avec des offres sur la table. à l'inverse, si les blessures reprennent ou si l'écart entre ses capacités actuelles et les exigences du haut niveau reste trop important, Monaco tirera les conclusions que la Juventus n'a pas eu le courage de tirer plus tÎt.
Dimanche soir Ă Louis-II, face aux 3 000 supporters marseillais probablement chauffĂ©s Ă blanc, Paul Pogba s'est Ă©chauffĂ© avec une genouillĂšre. C'est peu. C'est aussi un dĂ©but. Les grands retours ont souvent cette apparence anodine â quelques foulĂ©es au bord du terrain, une tenue officielle, un numĂ©ro dans le dos. La suite dĂ©pendra de ce que son corps voudra bien lui accorder dans les semaines qui viennent. Monaco, elle, a dĂ©jĂ choisi de parier.