L'expulsion de Dehmaine Tabibou lors de Nantes-Brest pourrait être annulée. L'arbitre Guillaume Paradis a reconnu sa faute, la LFP va réexaminer la décision.
Guillaume Paradis l'a dit lui-même. L'arbitre du match Nantes-Brest de dimanche dernier, qui s'est conclu sur un match nul 1-1, aurait reconnu avoir commis une erreur en expulsant Dehmaine Tabibou lors de cette rencontre de Ligue 1. Une confession arbitrale rarissime qui ouvre désormais une procédure exceptionnelle devant la Ligue de Football Professionnel. La commission de discipline va réexaminer le carton rouge. Et l'issue pourrait bien changer la donne pour le FC Nantes dans la course au maintien.
Une expulsion qui n'aurait jamais dû exister
Revenons aux faits. Dimanche, lors de ce derby de l'Ouest entre Nantes et le Stade Brestois, Tabibou quitte prématurément la pelouse après un geste jugé fautif par Paradis. Le milieu nantais, expulsé, laisse ses coéquipiers à dix contre onze dans un match que le FC Nantes ne pouvait pas se permettre de perdre. Score final : 1-1. Un point pris, certes, mais dans des conditions largement contestables selon le clan jaune et vert.
Selon les informations de L'Équipe, l'arbitre central aurait lui-même reconnu, après révision des images, que son appréciation du geste de Tabibou était erronée. Cette autocritique arbitrale est loin d'être anodine. Dans le football français, les cas où un officiel concède publiquement une bévue de cette nature restent extrêmement rares. Et encore plus rares sont les situations où cette reconnaissance déclenche une réévaluation formelle de la sanction.
La LFP dispose d'un mécanisme permettant à sa commission de discipline de réexaminer une expulsion lorsque des éléments nouveaux — comme une erreur manifeste d'appréciation reconnue par l'arbitre lui-même — viennent contredire la décision prise sur le terrain. C'est exactement ce mécanisme qui s'enclenche aujourd'hui pour Dehmaine Tabibou.
Pour Nantes, l'enjeu dépasse largement un carton rouge
Le timing est brutal. Le FC Nantes évolue dans la zone rouge de la Ligue 1 et chaque suspension pèse lourd dans l'économie d'un effectif déjà limité numériquement et qualitativement. Perdre Tabibou sur plusieurs matches en raison d'un carton rouge injustifié, c'est une double peine pour Antoine Kombouaré et ses hommes. D'abord l'absence, ensuite l'injustice.
Car il faut rappeler le contexte sportif : Nantes pointe à quelques longueurs seulement de la zone de barrage, dans un championnat où les écarts sont infimes en bas de tableau. Trois points séparent parfois le maintien direct de la relégation à ce stade de la saison. Dans ce cadre, jouer des rencontres cruciales en infériorité numérique à cause d'une expulsion que l'arbitre lui-même conteste, c'est proprement scandaleux pour les dirigeants du club.
Antoine Kombouaré, habitué aux coups du sort, avait réagi avec sa véhémence coutumière après le match. Le technicien kanak n'est pas homme à mâcher ses mots lorsqu'il estime que son équipe est lésée. Et cette fois, les faits semblent lui donner raison bien au-delà du simple coup de gueule d'après-match.
La LFP face à un test sur sa crédibilité arbitrale
Au-delà du cas Tabibou, cette affaire pose une question plus large sur la gouvernance arbitrale en France. Combien d'expulsions litigieuses n'ont jamais fait l'objet d'un tel réexamen faute de reconnaissance officielle de l'erreur ? La Ligue de Football Professionnel, sous la présidence de Vincent Labrune, a multiplié les annonces sur la modernisation de l'arbitrage et la transparence. L'introduction de la VAR, le dialogue accru entre arbitres et techniciens, les bilans arbitraux hebdomadaires... Autant d'outils qui, en théorie, doivent permettre d'éviter précisément ce type de situation.
Pourtant, les polémiques arbitrales restent une constante de la Ligue 1. Sur l'ensemble de la saison 2023-2024, la commission de discipline avait été amenée à réviser plusieurs décisions contestées, mais les cas d'annulation pure restent statistiquement marginaux. Si la LFP va au bout de la logique et annule bel et bien le carton rouge de Tabibou, ce serait un signal fort envoyé à l'ensemble du championnat : oui, les erreurs peuvent être corrigées, à condition que tout le monde joue le jeu de la transparence.
Reste une inconnue majeure : les délais. La commission de discipline doit statuer rapidement, avant que Tabibou ne soit contraint de purger une suspension pour une faute qu'il n'a peut-être pas commise. Chaque journée qui passe sans décision, c'est une potentielle absence de trop pour un club nantais en survie.
Le réexamen de cette expulsion va bien au-delà d'un simple réajustement administratif. Pour Nantes, c'est une question de justice sportive dans une saison qui ne pardonne rien. Pour la LFP, c'est l'occasion de démontrer que ses instances disciplinaires peuvent corriger le tir avec la même célérité qu'elles prononcent les sanctions. La décision finale dira beaucoup sur la volonté réelle du football français de mettre ses actes en accord avec ses ambitions de transparence.