À 72 ans, Vahid Halilhodžić retrouve le Parc des Princes avec Nantes. L'ancien joueur des deux clubs y croit sincèrement.
Seventy-two ans, une carrière de joueur passée entre la Yougoslavie, la France et les États-Unis, des bancs de touche traversés sur trois continents — et toujours cette même flamme dans les yeux quand il évoque un grand match. Vahid Halilhodžić n'est pas homme à s'incliner par avance. Lorsqu'il parle du déplacement au Parc des Princes le 22 avril prochain, avec le FC Nantes qu'il entraîne depuis son retour sur le banc canari, c'est avec une conviction qui n'a rien de la posture médiatique. Il se sent capable de battre le Paris Saint-Germain. Point.
Quand l'histoire personnelle nourrit la stratégie collective
Rares sont les entraîneurs qui peuvent se targuer d'avoir porté les deux maillots que tout oppose ce soir-là. Vahid Halilhodžić a joué au Paris Saint-Germain à la fin des années 1980, puis a inscrit les pages les plus glorieuses de sa carrière de buteur sous les couleurs du FC Nantes, où il a notamment remporté le titre de champion de France en 1983. Deux clubs, deux identités, une seule vie. Ce passé commun avec les deux institutions lui confère une lecture particulière du match, une intelligence émotionnelle du contexte que peu de techniciens peuvent mobiliser.
Mais l'émotion ne fait pas gagner des matchs. Ce qui rend la déclaration du technicien bosniaque crédible, au-delà de l'anecdote biographique, c'est le contexte sportif dans lequel elle s'inscrit. Le FC Nantes végète dans la seconde moitié du classement de Ligue 1, certes, mais l'équipe a montré depuis le retour de Halilhodžić des signes tangibles de réorganisation défensive. Depuis sa prise de fonction, les Canaris affichent une solidité retrouvée qui tranche avec la débandade qui avait précédé son arrivée. Or, pour espérer quelque chose au Parc des Princes, c'est précisément ce bloc défensif qu'il faudra opposer à l'attaque parisienne.
Le PSG, lui, traverse une saison en demi-teinte sur le plan des certitudes collectives. Sans Kylian Mbappé depuis son départ vers le Real Madrid à l'été 2024, le club de la capitale a dû repenser son animation offensive. Luis Enrique a fait le choix d'un collectif plus fluide, moins dépendant d'un seul joueur, avec des résultats qui restent convaincants — le club est toujours en lice sur plusieurs fronts — mais qui laissent parfois apparaître des espaces exploitables en contre-attaque. Exactement le registre que prisent les équipes de Halilhodžić depuis trente ans.
- 72 ans : l'âge de Vahid Halilhodžić, l'un des entraîneurs les plus expérimentés de Ligue 1 cette saison
- 1983 : année du titre de champion de France remporté par Nantes, avec Halilhodžić comme buteur clé de l'équipe
- Le PSG n'a concédé qu'une seule défaite à domicile en Ligue 1 lors de la saison en cours, signe de la difficulté de l'exercice
- Nantes a tenu zéro but concédé lors de deux de ses quatre dernières rencontres sous Halilhodžić, une statistique défensive en progression nette
Un déplacement au Parc des Princes qui dit quelque chose du football français
Ce match dit aussi quelque chose de plus large sur l'état du football français et sur ce que représente encore le duel PSG-Nantes dans l'inconscient collectif du ballon hexagonal. Le FC Nantes reste, dans l'imaginaire populaire, le symbole d'un football de jeu, de transmission, d'une certaine idée du collectif tricolore. Face à lui, un Paris Saint-Germain qui, malgré les milliards du Qatar Sports Investments et une décennie de domination quasi sans partage en Ligue 1, peine encore à incarner une identité de jeu aussi consensuellement respectée. L'affiche a donc une dimension presque symbolique.
Halilhodžić incarne, lui, une certaine tradition de l'entraîneur à l'ancienne — exigeant, habité, parfois clivant. Sa carrière sur les bancs est jalonnée de réussites (le Maroc qu'il a mené jusqu'au Mondial 2018, le Japon qualifié pour la Coupe du monde 2022 même si son aventure s'est terminée avant la compétition) et de ruptures fracassantes, souvent liées à des conflits avec des joueurs ou des fédérations. Il a 72 ans, dirige un club en difficulté, et se retrouve à parler d'égal à égal du PSG comme d'une équipe qu'on peut battre. C'est presque romanesque. Mais dans le football, le romanesque a parfois du corps.
Sur le plan tactique, le défi est colossal. Luis Enrique dispose d'un effectif dont la valeur marchande dépasse de plusieurs centaines de millions d'euros celui des Jaune et Vert. Ousmane Dembélé, Bradley Barcola, Vitinha, Fabian Ruiz — les profils techniques et athlétiques qui composent l'ossature parisienne suffisent à intimider n'importe quel adversaire de Ligue 1. Nantes devra probablement s'appuyer sur un pressing haut organisé dans les premières minutes, pour perturber la relance parisienne, puis gérer les transitions avec une discipline collective sans faille. Ce sont exactement les mécanismes que Halilhodžić a toujours su mettre en place rapidement, quelle que soit la matière humaine à sa disposition.
La question qui demeure est celle du temps. Reconstruire une équipe en quelques semaines, lui donner des automatismes, une identité, une confiance suffisante pour aller chercher quelque chose sur la plus grande scène du football français — tout cela demande du travail, de la répétition, et un peu de chance. Mais il y a dans ce déplacement du 22 avril quelque chose qui va au-delà du simple match de Ligue 1. Pour Vahid Halilhodžić, retrouver le Parc des Princes en tant qu'entraîneur adverse, lui qui y a joué, lui qui a fait vivre La Beaujoire, c'est une forme de boucle bouclée. Et les boucles bouclées, dans le sport, ont parfois une tendance étrange à se terminer en beauté.
Si Nantes venait à créer l'exploit, l'onde de choc dépasserait largement les frontières du classement. Ce serait le signal que la Ligue 1, malgré ses déséquilibres structurels et la toute-puissance parisienne, garde encore la capacité de produire ces soirées où l'histoire et le football se percutent. Ce genre de soirées dont Halilhodžić, au fond, a toujours été friand.