Après quinze ans d'une gestion chaotique, Waldemar Kita négocie sérieusement pour vendre le FC Nantes. La relégation en Ligue 2 précipite le dénouement.
Quinze ans. Voilà le temps que Waldemar Kita a tenu les rênes du FC Nantes, transformant progressivement le club de la Loire en machine à décéptions. Samedi, la relégation en Ligue 2 a scellé un destin que beaucoup voyaient inévitable : l'homme d'affaires polonais serait enfin en discussions avancées pour céder ses parts, selon nos informations. Le timing n'est pas anodin. Juste avant que Michel Der Zakarian soit annoncé sur le banc nantais pour relancer la baraque, le propriétaire envisagerait sérieusement de passer le témoin.
Quand la débâcle sportive force la main aux affaires
Depuis qu'il a repris le FC Nantes en 2007, Waldemar Kita a plutôt cultivé l'image du patron omnipotent qui fait et défait les entraîneurs selon ses humeurs. Claudio Ranieri, Vahid Halilhodžić, Claude Makélélé, Sergio Conceição... La liste des victimes de ses caprices managériaux s'allonge. Chaque arrivée promettait une renaissance, chaque départ sonnait comme un nouvel aveu d'impuissance. Entre 2012 et 2017, le club a quand même connu ses meilleures heures avec deux podiums en Ligue 1, mais c'était avant que tout ne s'effondre.
Cette saison l'a mené droit au mur. Avec seulement 41 points en 34 matches, Nantes a coulé sans gloire, sans combativité apparente. Les supporters ont quitté le navire bien avant le naufrage officiel. L'Atlantique, ce stade qui avait vibré d'espoir à la renaissance des années 2010, s'est transformé en tombeau. Kita a eu beau changer d'entraîneur trois fois, apporter des renforts en janvier : rien n'a marché. Et pour cause. Quand la gouvernance d'un club repose sur les caprices d'un seul homme, quand les décisions sportives suivent les sautes d'humeur plutôt que une vision claire, l'effondrement devient mathématique.
Les négociations qui seraient en cours représentent donc bien plus qu'une simple transaction financière. C'est l'admission tacite que le modèle Kita a échoué. Entre 2014 et 2015, le FC Nantes a terminé deuxième de Ligue 1, un exploit dont même les supporters les plus critiques gardent un souvenir mitigé tant le contexte général était devenu toxique. Depuis, c'est la spirale vers le bas, ponctuée de dilapidation budgétaire, de recrutements hasardeux et de ventes forcées de joueurs talentueux.
Qui sait si la venue du Der Zakarian n'a pas précipité cette décision de vendre. Faire entrer un entraîneur d'expérience face à une tâche Sisyphe aurait exigé davantage que jamais des garanties et une véritable indépendance décisionnelle. Plutôt que de négocier des conditions impossibles avec Kita, les potentiels nouveaux propriétaires ont probablement senti l'opportunité. Un club légendaire en Ligue 2 se vend moins cher, certes, mais il se vend enfin.
Der Zakarian et la reconstruction, avec quel trésorier
Reste à savoir quel visage prendra le FC Nantes nouvelle formule. Michel Der Zakarian arrive avec des références solides : champion avec Montpellier, succès à Reims, passage délicat à Nice. C'est un homme qui ne craint pas les reconstructions. Mais reconstruire suppose des moyens, une stratégie cohérente sur deux ou trois ans, et surtout une propriété stable.
Les prétendants à la reprise du FC Nantes sont pour l'heure discrets, comme c'est souvent le cas dans ces négoces-là. Raison de plus pour imaginer des investisseurs sérieux plutôt que des aventuriers. Un club de Ligue 2 qui possède le patrimoine historique de Nantes représente une belle opportunité de redressement pour qui sait construire intelligemment. L'infrastructure existe, le public existe, la légende existe.
La vraie question n'est pas tant de savoir qui rachètera le FC Nantes que de comprendre comment ce nouveau propriétaire parviendra à restaurer la confiance. Les supporters nantais ont vu trop de faux espoirs, trop de promesses vaines. Ils sauront reconnaître une vraie ambition d'une simple opération financière. Et cette reconstruction passera obligatoirement par la reconnaissance que l'ère Kita, celle du chaos organisé et de l'improvisation permanente, est enfin terminée.
- 41 points en 34 matches : la débâcle quantifiée de cette saison catastrophique
- 15 ans de propriété Kita : plus d'une décennie et demie de gestion chaotique
- 2e place en 2014-15 : le dernier vestige d'une époque révolue
- 3 changements d'entraîneur cette saison : l'aveu d'impuissance du propriétaire
Cette affaire de cession du FC Nantes marque bien plus qu'un changement de propriétaire : c'est la fin d'une époque, celle des clubs gérés au gré des passions et des intuitions. L'avenir appartient à ceux qui sauront transformer cette chute en tremplin. Avec Der Zakarian et un nouveau patron à la barre, le FC Nantes peut enfin envisager l'impensable : repartir de zéro, humblement, solidement, en Ligue 2.