Abde Ezzalzouli et Nayef Aguerd forfaits pour la Coupe du monde 2026. Achraf Hakimi prend la parole pour galvaniser ses coéquipiers dans la tourmente.
Les mauvaises nouvelles arrivent rarement seules au Maroc. Jeudi matin, en quelques heures, deux pièces maîtresses du projet marocain pour le Mondial 2026 se sont échappées du tableau. Abde Ezzalzouli et Nayef Aguerd, tous deux forfaits pour l'aventure au-delà de l'Atlantique. L'attaquant du Bétis touché face à la Norvège, le défenseur de West Ham confirmant son indisponibilité de longue durée. Voilà qui aurait pu plonger la sélection dans une morosité légitime. Mais Achraf Hakimi, lui, ne l'entendait pas de cette oreille.
Le latéral du Paris Saint-Germain a d'abord écouté. Puis il s'est exprimé. Pas avec des grands mots creux, non, mais avec cette certitude tranquille de celui qui a vu Marrakech '22, Qatar '22, et qui sait désormais que le football marocain compte. Son message ? Clair. Le Maroc n'est pas bâti sur deux hommes. Il y a une équipe. Une vision collective. Une ambition qui survit aux blessures.
Quand l'infirmerie devient un test collectif
Évidemment, perdre Aguerd, c'est perdre du sang-froid en défense. Le gaillard de 27 ans représentait cette maturité défensive, cette autorité physique que les Lions de l'Atlas cultive depuis leur demi-finale du Qatar. Ses 4 matchs de compétition officielle pour Maroc (55 sélections au total) avaient pesé lourd dans la mécanique collective. Et puis voilà qu'Abde Ez, jeune talent débordant de créativité offensive, blessé à la cheville, doit ranger ses crampons.
Pour Walid Regragui, l'entraîneur marocain, ce double forfait aurait pu ressembler à un cauchemar de gestion d'effectif. Lui qui doit composer avec un calendrier étriqué jusqu'à 2026, avec des cadres qui s'éparpillent entre cinq continents, avec cette pression permanente des attentes nationales. Mais voilà que Hakimi se lève. Pas pour pleurer sur le sort, pas pour enfoncer le clou. Pour rappeler aux jeunes, aux remplaçants, aux nouveaux venus que le projet marocain c'est une chaîne, pas un nom.
Le football, tu sais, c'est un sport de collectif. Oui, les individualités brillent. Oui, un Abde Ez peut déplacer des montagnes avec son pied gauche. Un Aguerd peut rassurer toute une ligne arrière. Mais c'est aussi et surtout une machine à rouler à plusieurs. Regragui a construit quelque chose au Maroc. Pas un attelage à deux chevaux, mais une structure. Un ADN.
Les statistiques le rappellent d'ailleurs : le Maroc a remporté 8 de ses 11 derniers matchs avant cette période trouble, avec une moyenne de 70 % de possession ballon. C'est du travail collectif, ça. C'est pas Aguerd ou Abde Ez qui joue à 70 %. C'est l'équipe. Et si le PSG et Hakimi lui-même peuvent s'adapter à des forfaits, pourquoi pas les Lions de l'Atlas ?
Un appel aux armes en plein hiver de sélection
Ce que Hakimi a compris, c'est que janvier 2025 est une fenêtre de déstabilisation potentielle. Les blessures arrivent, les doutes s'installent, les critiques s'aiguisent. En Europe, on appelle ça « the January window » non seulement pour le mercato, mais pour les crises d'identité. Et puis il y a ces voix marocaines qui se demandent : est-ce que 2026 sera vraiment notre Mondial ? Ou celui de 2022 restera-t-il le point d'orgue ?
Hakimi, à 26 ans, a déjà l'expérience du champion. Il a snobé des millions pour rester au PSG. Il a traversé trois Coupes du monde d'affilée avec le Maroc. Il n'a pas le profil de celui qui abandonne au premier coup de vent. D'où ce message aux blessés, mais aussi à tout l'effectif : on ne gère pas une absence en se mettant en fœtus. On gère une absence en revenant plus forts.
Regragui devra d'ailleurs trouver des solutions créatives. Seize mois séparent le moment où ce message a été lancé du coup d'envoi du 12 juin 2026 au Mexique. Seize mois pour intégrer les nouveaux, pour cimenter la défense, pour construire une alternative crédible à Abde Ez sur le flanc offensif. C'est long ? Oui. C'est jouable ? Également. L'histoire du Maroc en compétition internationale l'a prouvé.
- 11 matchs sans défaite en phase de qualification (12 buts marqués, 3 concédés)
- 27 ans : l'âge moyen du groupe marocain à la prochaine Coupe du monde
- 5 continents d'où évoluent les cadres marocains (Europe, Afrique du Nord, Asie, Moyen-Orient)
Parce qu'au-delà des discours, il y a une réalité : le football marocain n'est plus un projet fragile qui s'effondre à la moindre secousse. C'est un football qui a appris, en quelques années, à penser grand. Hakimi incarne parfaitement cette mutation. De jeunot prometteur à Dortmund à pilier du projet national, il a grandi avec le Maroc. Et c'est justement ça qui rend son message puissant.
Les sélections heureuses, ce sont souvent celles où les grands joueurs portent les petits. Où un Hakimi, au lieu de regretter les absences, les transforme en opportunités. Où l'on dit à un Sofiane Boufal, à un Romain Saïss s'il était encore là, à tous les autres : les places se libèrent, à vous de les saisir. Voilà le vrai leadership. Pas les words, les actions. Et Regragui sait que sur les terrains du Mexique, des États-Unis et du Canada, c'est ce type de mentalité qui fera la différence.
Maroc 2026, ça va être écrit comment ? Ça dépendra pas de qui ne sera pas là. Ça dépendra de ceux qui auront le courage de se dire : ces absences, on les transforme en force collective.