À peine cinq mois après son départ, Niklas Süle abandonne sa retraite pour une aventure en cinquième division allemande. L'ancien défenseur du Bayern et du BVB change radicalement de cap.
Cinq mois. C'est le temps qu'aura tenu Niklas Süle loin des terrains. L'ex-international allemand, qui avait officialisé son départ à la retraite en mai dernier après neuf saisons passées entre Munich et Dortmund, revient à la compétition. Pas en Bundesliga, pas en deuxième division. Non : le défenseur de 29 ans a signé en cinquième division allemande, en Oberliga Baden-Württemberg, l'une des ligues régionales du cinquième étage du football allemand. Une décision qui fait sourciller tant elle tranche avec le statut du personnage.
Comment passe-t-on du Bayern à la cinquième division en quelques mois?
La trajectoire de Süle ressemble à celle de nombreux athlètes qui découvrent, une fois le repos venu, que l'absence de compétition pèse plus lourd que prévu. Lui qui a collectionné les trophées, disputé plus de 200 matchs sous le maillot bavarois, ne s'imaginait probablement pas s'ennuyer à ce point. Le silence après le fracas des tribunes, c'est une drogue qui ne se remplace pas aisément. À 29 ans, Süle entre dans une zone grise du football moderne : trop jeune pour partir définitivement, trop ancien pour les projets de reconstruction ambitieux des grands clubs européens.
Son dernier club en activité était Borussia Mönchengladbach, où il n'aura joué que quelques mois l'année dernière avant cette décision du départ. Pas le type d'expérience qui ravit un athlète de son calibre. Alors quand arrive octobre, qu'on regarde ses photos sans les fards de la lumière des stades, il y a cette sensation que quelque chose manque. Les contacts reprennent. Les envies se précisent. Et voilà qu'on accepte une offre d'un club de Oberliga, ce niveau où jouent des équipes semi-professionnelles, des jeunes talents en développement, des joueurs en fin de carrière qui veulent continuer pour le plaisir.
Que représente vraiment cette descente aux enfers sportifs?
Pour certains observateurs, c'est une humiliation. Pour Süle, c'est peut-être une libération. Le fossé entre la Bundesliga et la cinquième division est abyssal — à titre de comparaison, un club de première division allemande peut compter sur un budget annuel dépassant les 200 millions d'euros, quand une équipe de cinquième division opère avec moins de 5 millions. Les stades passent de 75 000 places à quelques milliers. L'intensité physique n'est pas comparable. Les projecteurs disparaissent.
Mais voilà le paradoxe : redescendre n'a jamais signifié échouer au sens sportif. Cela veut simplement dire chercher l'équilibre autrement. Un défenseur central de 29 ans avec le palmarès de Süle peut dominer un championnat de cinquième division sans effort musculaire excessif. Il peut se réinventer, redécouvrir le jeu sans la pression, transmettre aussi à des plus jeunes. Nombreux sont les exemples en Allemagne de figures établies qui ont choisi cette voie — moins rémunérative, certes, mais où la qualité de vie prime sur le prestige.
Que dit ce choix du football professionnel européen d'aujourd'hui?
L'histoire de Süle révèle quelque chose d'assez troublant sur l'écosystème du football contemporain. Les joueurs de son profil — plusieurs sélections nationales, vainqueur de titres majeurs, confirmé à haut niveau — ne trouvent pas vraiment de place intermédiaire. Soit ils gravitent autour des grands championnats européens jusqu'à l'usure complète, soit ils disparaissent. Il n'existe pas énormément de projets stimulants pour un champion sur le déclin qui souhaite encore jouer.
Les clubs de Ligue 1 ou de Bundesliga pourraient l'accueillir comme mentor, comme stabilisateur défensif. Rares sont ceux qui osent vraiment. Le risque commercial paraît trop grand, le coût salarial potentiellement injustifié si les jambes ne suivent plus. Du coup, le départ à la retraite semble cohérent. Puis il ne l'est plus. Et voilà une signature en cinquième division, qui dit long sur les limites du marché professionnel moderne.
Ce qui se joue autour de Niklas Süle, c'est aussi la question de savoir si le football allemand saura le garder actif — ne serait-ce que quelques saisons — ou s'il disparaîtra progressivement de l'écran radar. La réponse arrivera probablement lors du prochain mercato. Fin janvier, si sa faim revient, peut-être visera-t-il plus haut. Ou peut-être qu'il découvrira enfin, en cinquième division, ce qu'il cherchait depuis mai.