Grégory Lorenzi devient directeur sportif de l'OM. Fin d'une ère Benatia, débuts d'une approche radicalement différente au sein du club phocéen.
L'Olympique de Marseille tourne la page. Après des mois de rumeurs et d'attente, le club a officialisé ce que tout le monde pressentait : Grégory Lorenzi prend les commandes du projet sportif de la Canebière en tant que directeur sportif, succédant à Mehdi Benatia qui quittait son poste l'été dernier. Un changement de garde qui n'est pas qu'une simple succession administrative. C'est un virage complet dans la philosophie de construction d'effectif.
Qui est vraiment Grégory Lorenzi, l'homme qui reprend les rênes ?
Lorenzi n'arrive pas en terrain inconnu. Cet homme de 52 ans possède un CV qui respire l'expérience discrète et l'efficacité souterraine. Directeur sportif de Nantes pendant sept ans, il a façonné l'équipe des Canaris au point de la propulser en Ligue des champions en 2023, un exploit que peu attendaient. En parallèle, il a supervisé la vente de joueurs pour plusieurs dizaines de millions d'euros sans jamais faire la Une des journaux pour ses coups médiatisés.
Avant Nantes, Lorenzi a fait ses armes à Rennes, où il a participé à la construction d'une équipe capable de lutter régulièrement pour les places européennes. Son approche ? L'inverse du tape-à-l'œil. Pas de grosses déclarations, pas d'affrontements publics avec les entraîneurs, pas de com' agressive. Juste du travail méticuleux sur le marché des transferts, une capacité à dénicher des pépites et surtout à les revendre au moment opportun pour financer d'autres projets. C'est l'art du directeur sportif français classique, celui qui ne fait pas parler de lui mais fait parler ses résultats.
Pourquoi ce choix marque un tournant radical pour l'OM ?
Benatia, c'était l'incarnation de la modernité médiatisée. L'ancien défenseur central transformé en directeur sportif ultra-connecté, omniprésent dans les discours publics, visible à chaque décision majeure du club. Il a amené une proximité avec les fans, une transparence affichée, un style qui correspondait à la soif de changement de Marseille. Mais il a aussi généré des turbulences : des clash avec les entraîneurs, des décisions critiquées, une présence si forte que certains la percevaient comme un frein à l'autonomie des coachs.
Lorenzi, lui, fonctionne à l'inverse. Discrétion absolue. Il laisse les managers diriger sans intervention intempestive. Il construit son effectif en silence, valide les choix, puis se retire de l'équation émotionnelle du jour. Marseille abandonne donc le modèle du directeur sportif star pour celui du technicien anonyme et efficace. C'est un choix qui traduit aussi une fatigue interne : la direction olympienne veut recréer un environnement calme où le foot prime sur les petites phrases.
Avec 180 millions d'euros investis sous Benatia en trois ans et des résultats sportifs toujours décevants (aucun titre majeur, une 2e place en Ligue 1 comme meilleur résultat), l'OM a besoin d'une gestion plus austère et méthodique. Lorenzi a l'ADN pour cela. À Nantes, il a construit un projet durable avec un budget maîtrisé, l'inverse du saupoudrage marseillais.
Quel sera son premier chantier à la Canebière ?
Lorenzi hérite d'une équipe cabossée par une saison chaotique et d'un mercato d'été compliqué. La priorité immédiate ? Assainir le vestiaire et redéfinir un cadre clair. Plusieurs joueurs arrivés sous Benatia ne donnent pas satisfaction. Il faudra probablement s'en séparer, ce qui signifie des moins-values et du ménage brutal. Lorenzi a prouvé à Nantes qu'il avait le cran pour prendre de telles décisions sans craindre les réactions émotionnelles du public.
Ensuite, c'est la reconstruction progressive. Recruter jeune, laisser du temps aux joueurs pour progresser, vendre au bon moment. Un calendrier à trois ans, minimum. C'est peu séduisant médiatiquement, mais c'est la recette qui fonctionne en Ligue 1 depuis une décennie.
L'OM place son argent sur la patience et la constance. Après le cirque Benatia, c'est un pari que peu voyaient venir. Mais parfois, un club a besoin de silence plutôt que de bruit pour se reconstruire. Lorenzi connait cette musique-là par cœur.