Le portier de l'OM accumule les échecs sur penalty. Une faille qui pourrait coûter cher à Marseille dans la course aux places européennes.
Geronimo Rulli a connu une soirée qu'il aimerait oublier face à Nice dimanche. Le gardien argentin de l'Olympique de Marseille a encaissé un but sur penalty, contribuant à ce nul 1-1 qui laisse un goût amer aux supporters phocéens. Mais cette scène, répétée depuis des mois, révèle une fragilité chronique sur les onze mètres, une blessure statistique qui commence à peser lourdement sur les ambitions européennes du club.
Pourquoi Rulli devient-il une cible sur penalty ?
Il n'y a rien de mystérieux dans ce qui se passe. Rulli n'est pas un mauvais gardien — loin de là. Ses arrêts en jeu, son positionnement général, ses sorties aériennes montrent plutôt un professionnel complet. Sauf que sur les penaltys, quelque chose se brise. Les chiffres parlent d'une moyenne de réussite affreusement basse, bien inférieure à celle de ses concurrents en Ligue 1. C'est comme si, au moment du tir au but, Rulli entrait dans une zone grise où sa lecture du jeu s'efface.
Les penaltys, c'est un face-à-face absolu. Pas d'équipe, pas de système, juste l'homme et son instinct. Pour un gardien, c'est l'épreuve de vérité. Rulli la rate régulièrement. Cette faiblesse remonte à bien avant cette saison — elle le suit comme une ombre depuis ses premières apparitions sous le maillot de l'OM. Les entraîneurs successifs ont tenté différentes approches : des changements de position avant le tir, des études vidéo intensives, des préparations mentales. Rien n'y fait vraiment.
Nice a vu cette faille et a décidé d'en tirer parti. C'est du football tactique basique : exploiter les points faibles. Le résultat ? Un penalty transformé qui aurait pu coûter bien plus cher à Marseille avec quatre journées encore à disputer avant la fin de la saison régulière.
L'OM peut-il se permettre cette friabilité en cette fin de saison ?
Marseille joue sa survie européenne. La course aux places de Ligue des Champions est serrée, compétitive, sans pitié. Chaque point compte. Les deux points perdus à Nice, c'est du temps gagné pour les poursuivants, du temps perdu pour les ambitions olympiennes. Et quand on additionne les penalties manqués par le gardien, les buts encaissés sur des situations où une panade plus décisive aurait changé l'issue, on réalise qu'on parle de plusieurs points laissés en route.
Un gardien qui inspire de la confiance, c'est un atout offensif déguisé. Ses coéquipiers avancent le cœur léger. Un gardien fragile, c'est une ancre. Les défenseurs de Marseille savent que Rulli n'aura peut-être pas le dernier mot sur une phase contestée. Cette certitude change la psychologie collective. Elle rend les matchs plus difficiles à gérer mentalement.
Depuis le début de la saison, l'OM a concédé environ 45 penalties en Ligue 1 (chiffre global pour contexte), mais Rulli personnellement accumule les tirs du point de penalty contre lui avec une malchance préoccupante. Dans une compétition où Lens, Lille ou Monaco guettent le moindre faux pas, cette vulnérabilité devient un luxe que Marseille ne peut vraiment pas se permettre.
Qui peut sauver Rulli de lui-même ?
La question n'est pas nouvelle en Provence. Le staff technique doit agir. Soit en envoyant Rulli travailler avec un spécialiste des penaltys — il en existe, et leurs résultats sont documentés — soit en reposant le gardien au moment opportun pour lui laisser du temps mental. Parfois, une ou deux semaines sur le banc suffisent à un athlète pour se restructurer mentalement.
Mais Marseille n'a pas beaucoup de possibilités dans les cages. Remplacer Rulli par un autre gardien moins fiable globalement ne résout rien. C'est un dilemme classique du football moderne : conserver un élément qui a des forces incontestables mais une faiblesse très grave, ou tenter une révolution qui pourrait faire plus de mal que de bien.
Igor Tudor, s'il était encore là, aurait peut-être imposé une solution radicale. Son style, c'était justement de trancher dans les certitudes. L'entraîneur actuel hérite du problème sans l'avoir créé. Rulli doit aussi se battre mentalement. Accepter la faiblesse, c'est la première étape pour la surmonter. Puis vient le travail acharné, la répétition, la confiance reconstituée.
Il reste quatre journées. Quatre occasions pour que Rulli sauve sa saison, pour que Marseille récupère les points en suspens. Quatre matchs où un penalty ne viendra peut-être pas interrompre l'épopée phocéenne. Mais les statistiques, elles, ne mentent jamais. Elles chuchotent simplement une vérité inconfortable que tous les acteurs du club doivent entendre avant qu'il ne soit trop tard.