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Football

Stéphane Richard à l'OM, le contre-modèle Tapie assumé

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Nommé président de l'Olympique de Marseille par Frank McCourt, Stéphane Richard entend incarner une rupture radicale avec la mythologie tapiste qui hante le club.

Stéphane Richard à l'OM, le contre-modèle Tapie assumé

Il y a des noms qui écrasent tout. Bernard Tapie, président de l'OM de 1986 à 1994, reste à ce jour la figure tutélaire, encombrante et quasi-divine du football marseillais. Chaque dirigeant qui pose un pied au Vélodrome se retrouve aussitôt mesuré à l'aune de cet homme-là, de sa démesure, de ses coups de poing sur la table et de son étoile accrochée au firmament de la Ligue des champions 1993. Stéphane Richard, ancien PDG d'Orange nommé président de l'Olympique de Marseille par Frank McCourt après l'éviction de Pablo Longoria, a visiblement décidé que cette comparaison ne le concernait pas. Une posture qui, en soi, constitue déjà une information.

Richard, l'homme qui ne veut pas être Tapie

Le message est clair, presque provocateur dans le contexte marseillais. Stéphane Richard ne veut pas jouer au patron omniscient, au mécène flamboyant, au boss qui signe les joueurs lui-même depuis son bureau. L'OM n'a pas besoin d'un nouveau démiurge, semble-t-il vouloir dire. C'est une ligne de conduite assumée, qui tranche avec la culture du club et avec les attentes d'une partie du peuple olympien, nourri depuis des décennies au roman de la grandeur personnelle.

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L'homme connaît les organisations. Chez Orange, il a dirigé une structure de plus de 140 000 salariés dans une cinquantaine de pays, géré des crises sociales majeures, négocié avec des États, traversé des tempêtes boursières. Son registre est celui du manageur de grandes entreprises cotées, pas celui du président de club qui monte au créneau médiatique après chaque défaite. Frank McCourt a manifestement cherché un profil de gouvernance stable, capable de structurer sans agiter.

Le départ de Pablo Longoria illustre, lui, ce que donne une gouvernance à l'inverse. L'Espagnol, arrivé comme recruteur en 2020 avant d'être propulsé président, avait accumulé les casquettes jusqu'à l'implosion. Son éviction — décrite comme un déclassement de fait — signe l'échec d'un modèle où la compétence technique d'un homme de football ne suffit pas à tenir les rênes d'une institution aussi complexe, aussi passionnelle, aussi médiatisée que l'OM.

Un club en quête de colonne vertébrale depuis trente ans

Pour comprendre ce que représente cette nomination, il faut revenir à la chronologie chaotique de l'ère post-Tapie. Depuis la descente aux enfers du milieu des années 1990 — rétrogradation en deuxième division, procès, faillite morale autant que financière — l'OM n'a jamais vraiment retrouvé de ligne directrice stable. Robert Louis-Dreyfus a sauvé le club financièrement, Pape Diouf a apporté une vision footballistique cohérente entre 2004 et 2009, puis le yo-yo a repris. Vincent Labrune, Jacques-Henri Eyraud, Longoria… Chaque ère a laissé des cicatrices autant que des espoirs.

L'arrivée de Frank McCourt en 2016 devait changer la donne. Le slogan « Champions Project » a vite montré ses limites : un investissement réel — plus de 300 millions d'euros injectés depuis le rachat — mais une gouvernance instable, des projets sportifs hachés, et une incapacité chronique à transformer l'essai en Europe. L'OM, club le plus titré de France avec neuf championnats, n'a remporté aucun trophée majeur depuis… 2010 et son dernier titre de champion. Une sécheresse qui commence à ressembler à une identité.

Dans ce contexte, le profil de Stéphane Richard répond à une logique précise. L'homme est extérieur au monde du football, ce qui peut être vu comme une faiblesse — il ne connaît pas les codes du vestiaire, des mercatos, des agents — ou comme une force. Sa légitimité ne viendra pas de l'expertise tactique mais de la capacité à poser un cadre, à fédérer des compétences autour de lui, à remettre du sens institutionnel dans un club qui en manque cruellement. C'est le pari de McCourt.

Ce que ce choix dit de l'OM de demain

La question qui se pose maintenant est sportive et structurelle à la fois. Avec Stéphane Richard à la présidence, qui tient réellement le projet footballistique ? Qui pilote le recrutement, qui valide le choix du futur entraîneur, qui pèse sur les décisions de transfert ? Ces questions ne sont pas rhétoriques. L'OM emploie aujourd'hui plus de 400 personnes et génère un chiffre d'affaires autour de 200 millions d'euros en bonne année. C'est une PME du CAC 40 du football européen, pas un club de province.

La nomination d'un président issu du monde des grandes entreprises plutôt que du sérail footballistique dessine une gouvernance à l'anglo-saxonne, où le board fixe les objectifs et mandate des directeurs sportifs compétents pour les exécuter. Si Richard applique à Marseille ce qu'il a appris chez Orange — délégation claire, responsabilités définies, culture du résultat sur le long terme — le modèle pourrait fonctionner. Mais l'OM n'est pas une entreprise de télécommunications. Les actionnaires s'appellent les supporters de la Commanderie et du Vieux-Port, et ils ne votent pas en assemblée générale : ils sifflent.

Roberto De Zerbi, l'entraîneur en poste, sera un indicateur immédiat de la réalité du projet. L'Italien est un technicien exigeant, avec une vision de jeu lisible et une réputation bâtie à Brighton et à Shakhtar Donetsk. Lui donner les moyens de ses ambitions — mercato cohérent, stabilité institutionnelle, protection dans les moments difficiles — sera le premier test concret de la présidence Richard. Le deuxième sera la capacité du nouveau président à exister dans l'espace médiatique marseillais sans se laisser dévorer par lui.

Bernard Tapie disait que Marseille n'était pas un club, c'était une religion. Stéphane Richard semble vouloir lui répondre, à trente ans de distance, que les religions aussi ont besoin d'administration. Ce n'est pas la réponse la plus romanesque. C'est peut-être la plus raisonnable. Et dans le football d'aujourd'hui, où les dettes s'accumulent plus vite que les trophées, la raison est parfois le luxe le plus rare.

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