Paul Pogba enchaîne les minutes avec la Juventus et laisse entendre qu'il rêve d'un retour en équipe de France. Le champion du monde reprend du galon.
«Si je peux te donner le numéro de Deschamps…» La phrase, lancée avec ce sourire que les supporters de la Juventus Turin avaient presque oublié, en dit long. Paul Pogba est de retour. Pas un retour symbolique, pas un caméo pour calmer les esprits — un vrai retour, avec du temps de jeu, des jambes qui répondent et une ambition qui ne se cache plus. Après une traversée du désert qui a failli lui coûter sa carrière, le milieu de terrain français renoue avec les terrains italiens. Et il pense déjà plus loin.
Quatre apparitions, un signal clair envoyé à Turin
Le week-end dernier, Pogba a fêté sa quatrième apparition de la saison sous le maillot bianconero. Une entrée en jeu lors d'une défaite lourde, certes, mais le résultat importe peu ici. Ce qui compte, c'est que l'ancien joueur de Manchester United est sur le terrain. Qu'il court. Qu'il touche des ballons. Que son corps tient.
Il avait déjà été laissé sur le banc lors du choc contre l'Olympique de Marseille en Ligue des champions, une mise en réserve qui avait alimenté les doutes. Thiago Motta gérait. Il gère encore, d'ailleurs. Mais la tendance est là, et elle est positive. Selon nos informations, l'entourage du joueur se montre pour la première fois depuis longtemps sereinement optimiste sur sa capacité à enchaîner les matchs sans rechute.
Quatre sorties en une saison, ça peut paraître maigre. Mais pour quelqu'un qui n'avait pratiquement plus joué depuis son retour à la Juventus en 2022 — entre blessure au genou, suspension de quatre ans pour dopage réduite ensuite à dix-huit mois, puis recours gagnant devant le TAS — chaque minute est une victoire sur le temps perdu. Son contrat avec la Juventus court jusqu'en juin 2026. Il reste donc une saison et demie pour convaincre, relancer une carrière que beaucoup avaient déjà mise sous cloche.
Deux ans de purgatoire entre suspension et silence
Pour comprendre ce que représente ce retour, il faut se souvenir du contexte. En septembre 2023, l'Agence mondiale antidopage annonce que Paul Pogba a été contrôlé positif à la testostérone après un match de Serie A. La sanction initiale tombe comme un couperet : quatre ans de suspension. À 30 ans, c'est une carrière qui s'arrête. Fin.
Mais Pogba se bat. Il fait appel devant le Tribunal arbitral du sport, conteste les faits, avance des arguments médicaux. En février 2024, le TAS réduit la suspension à dix-huit mois. Il peut rejouer à partir de mars 2025. Ce qu'il fait, presque jour pour jour, avec la précision d'un homme qui a compté les semaines une par une.
Entre-temps, le football a continué sans lui. L'équipe de France a disputé l'Euro 2024 en Allemagne — une campagne décevante, une demi-finale perdue contre l'Espagne — sans que son nom soit même prononcé dans les couloirs de Clairefontaine. Didier Deschamps a construit autour d'autres profils. Aurélien Tchouaméni, Eduardo Camavinga, Adrien Rabiot, N'Golo Kanté pour un temps. Le monde avait tourné.
À son apogée, Pogba avait pesé lourd dans le jeu des Bleus. Champion du monde en 2018, auteur d'une passe décisive en finale contre la Croatie, il était l'un des rouages essentiels de la machine Deschamps. Mais entre les blessures chroniques — ménisque, cuisse, ischio — et la suspension, le sélectionneur a dû faire le deuil de son meilleur Pogba bien avant l'affaire de dopage.
Deschamps, les Bleus et une porte entrouverte
Alors quand Pogba glisse cette phrase sur le numéro de Deschamps, est-ce du sérieux ou de la provocation affectueuse ? À en croire l'entourage du joueur, c'est les deux à la fois. Il y a une part d'humour — Pogba a toujours su se protéger derrière le sourire — mais aussi une vraie conviction. Il pense pouvoir revenir en sélection. Pas dans six mois. Pas en 2026. Il pense pouvoir y revenir si son corps confirme ce que les dernières semaines laissent entrevoir.
La question mérite d'être posée sérieusement. Didier Deschamps quittera le poste de sélectionneur après la Coupe du monde 2026. D'ici là, il reste une compétition à préparer et à gagner, la plus grande. L'idée d'intégrer un Pogba en forme, expérimenté, remis à neuf physiquement, n'est pas absurde sur le papier. Elle est même séduisante. Un milieu de terrain qui a connu quatre finales de Ligue des champions, un titre mondial, deux saisons en Série A avant la suspension — ce profil ne court pas les rues.
Reste la réalité du terrain. À 31 ans révolus, avec un corps qui a encaissé autant de coups, l'essentiel est d'abord de dépasser la barre des dix matchs dans une même saison. Ce n'est pas une attaque — c'est un constat que Pogba lui-même ne fuirait pas. Depuis son retour à Turin en 2022, il n'a jamais réussi à enchaîner. La question n'est pas son talent. Elle n't a jamais été son talent. Elle est sa disponibilité.
Thiago Motta, le technicien italo-brésilien qui a repris les rênes de la Juventus, semble vouloir lui laisser du temps. Pas question de le précipiter. Quatre apparitions, des minutes gérées au compte-goutte, une progression qui ressemble davantage à une rééducation longue durée qu'à une réintégration classique. C'est peut-être la meilleure approche. Peut-être la seule qui fonctionne avec un joueur de ce profil.
La Coupe du monde 2026 se jouera aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Il reste un peu plus d'un an. Si Paul Pogba parvient à aligner vingt, vingt-cinq matchs d'ici là — un chiffre qui semblait utopique il y a encore six mois — le dossier Deschamps se rouvrira de lui-même. Dans ce football où les grandes carrières se terminent rarement en beauté, il y a quelque chose de presque romanesque à voir cet homme relancer la machine. Mais le romanesque ne suffit pas. Les résultats, oui.