Avant PSG-Bayern, deux géants du foot offrent des places à des familles d'Évreux. Un geste de générosité qui rappelle que le sport dépasse les pelouses.
Ousmane Dembélé et Dayot Upamecano auraient pu se contenter de préparer tranquillement la demi-finale de Ligue des champions. Au lieu de cela, ils ont décidé de transformer un mercredi ordinaire en moment de grâce pour des familles de leur région. Voilà le genre d'initiative qui redonne un peu de sens au cirque du football moderne.
Quand deux stars pensent à ceux qu'on oublie
À Évreux, dans l'Eure, ce n'est pas tous les jours qu'on parle de Ligue des champions autour du café. Pourtant, à quelques jours de PSG-Bayern, le nom de Dembélé et celui d'Upamecano résonnent différemment dans les rues de la ville. L'ailier parisien et le défenseur bavarois ont eu la même idée, comme s'ils s'étaient donné le mot : offrir des places pour leur match de prestige à des habitants, sans fioriture, sans caméra de télé préalablement positionnée.
Dembélé, qui a grandi en région parisienne mais garde des attaches en Normandie, connaît ce monde loin des projecteurs où chaque euro compte. Upamecano, formé à l'Olympique de Lille avant son ascension fulgurante, n'a pas oublié d'où il vient non plus. Le Bayern et le PSG ne jouent pas au Parc ou à l'Allianz Arena pour des spectateurs lambda d'Évreux, mais ces deux joueurs ont décidé que ça suffit, qu'une demi-finale de compétition européenne méritait de franchir les frontières de l'élitisme habituel.
Ce qui frappe dans ce geste, c'est son absence de communication préalable. Pas de communiqué de presse coordonné avec les services de relations publiques des clubs, pas de hashtag préparé. Juste deux hommes qui savent que leurs talents exceptionnels leur ont ouvert des portes que d'autres ne connaîtront jamais, et qui trouvent normal de la tenir ouverte pour quelques familles de leur coin.
Le football des années 2020 ne sait plus en faire, d'habitude
Regardez l'état du football professionnel : 89 % des spectateurs de Ligue des champions sont issus des grandes métropoles ou des régions directement investies par les clubs. Les places pour une demi-finale coûtent un bras. Les billetteries fonctionnent au système du sésame, où il faut avoir les bons contacts, les bons antécédents d'abonné, ou la bonne carte bancaire. Les familles de villes comme Évreux regardent ces matches sur un petit écran, à la maison, tandis que les corporations des hommes d'affaires occupent les meilleures loges du stade.
D'où vient cette nostalgie ? Du temps où les footballeurs restaient proches de leurs communautés, où voir jouer un compatriote ou un garçon du coin à un haut niveau représentait quelque chose de tangible. Aujourd'hui, le football est devenu un produit de luxe, des droits audiovisuels vendus à prix d'or, des sponsorings omniprésents, des technologies qui rendent le jeu moins lisible pour les jeunes publics.
Dembélé et Upamecano inversent la tendance, ne serait-ce qu'un instant. Ils rapprochent le spectacle du peuple, ce qu'on attendrait naturellement des plus grandes organisations sportives, mais que personne ne fait vraiment. Parce que ce n'est pas rentable. Parce que ce n'est pas dans le business plan. Parce que, finalement, c'est plus facile de vendre une place 500 euros à un fonds d'investissement londonien qu'à une mère célibataire d'Évreux avec deux enfants qui rêvent juste de voir du vrai foot.
Mais quoi après, quand les projecteurs s'éteignent ?
On peut bien sûr féliciter les deux joueurs — à raison. Mais il faut aussi poser la question qui dérange : pourquoi faut-il que ce geste soit remarquable ? Pourquoi les clubs, avec leurs budgets pharaoniques, ne proposent-ils pas, en temps normal, des tarifs accessibles, des places réservées aux habitants des régions limitrophes, des initiatives pour que le football reste, justement, un sport populaire ?
PSG et Bayern Munich gagnent ensemble plusieurs centaines de millions chaque année en droits audiovisuels. Le PSG seul génère plus de 600 millions d'euros de revenus annuels. Une demi-finale de Ligue des champions est un événement global, oui, mais aussi un événement local. Les habitants d'Île-de-France devraient pouvoir s'y rendre sans devoir revendre un rein sur le marché noir des tickets.
Ce que font Dembélé et Upamecano, c'est colmater une brèche que les institutions ne veulent pas voir. C'est admirable, mais c'est aussi un indice : le système a oublié sa base. Les deux joueurs se sont chargés de cette mission parce qu'elle ne l'était pas. Et c'est justement là que réside le problème.
Reste que des familles d'Évreux vivront probablement quelque chose d'inoubliable. Des enfants verront Dembélé en vrai, sentiront la vibration du stade, comprendront pourquoi on crie aussi fort devant une télé quand on regarde le football. Des souvenirs se créent. Et ça, aucune billetterie, aucun algorithme de vente, aucun fonds private equity ne peut vraiment le prévoir ni le programmer. C'est peut-être pour cela que les gestes authentiques font autant de bruit dans un monde qui en a oublié le sens.