5-4, trois buts d'avance gâchés, un Bayern de retour à la vie. La demi-finale aller de Ligue des Champions s'est jouée sur les nerfs du Paris Saint-Germain.
Dimanche soir au Parc des Princes, le football a rappelé pourquoi il rend les supporters fous. Pas besoin de thriller hollywoodien quand vous avez Kylian Mbappé qui fait danser une défense bavaroise, un Harry Kane qui refuse de baisser les bras au moment où tout semble perdu, et surtout cette sensation viscérale que rien n'est jamais joué jusqu'au dernier coup de sifflet. Le PSG a tordu le Bayern Munich 5-4, mais vous aurez compris : cette victoire ressemble à un sursis.
C'est fou ce que deux équipes peuvent faire subir à leurs supporters en quatre-vingt-dix minutes. Paris menait. Puis le Bayern revenait. Puis Paris prenait trois longueurs d'avance, ce score magique où vous commencez à préparer vos célébrations mentales. Sauf qu'à Munich, personne n'avait dit au Bayern que c'était terminé. À ce stade du match, n'importe quel entraîneur vous dit que trois buts c'est un luxe, pas une forteresse. Luis Enrique l'a sûrement pense en voyant ses hommes plier sur les vingt dernières minutes.
Mbappé allume la mèche, le Bayern s'enflamme
Quand on a un attaquant capable de créer le chaos à chaque accélération, on ne se pose pas trop de questions. Mbappé s'est régalé face à une arrière-garde bavaroise qu'il a malmenée — vous avez vu comme il les promenait ? C'était une démonstration de vitesse pure, de cette capacité à transformer un dribble en panique adverse. Paris s'est construit sa victoire sur ce tempo offensif, avec des actions tranchantes qui semblaient irrémédiables.
Mais voilà le problème avec le Bayern. C'est une institution du football européen, pas un club qui abandonne parce que le tableau d'affichage lui dit qu'il perd 5-2. Harry Kane, cette espèce de buteur indestructible, a rappelé à Paris que la Bavière avait encore des dents. Deux buts en fin de match, voilà qui change la géographie du double confrontation. À quatre-vingt-dix minutes juste, vous aviez l'impression que le match restait ouvert. Dangereux. Très dangereux.
Ce qui frappe dans ce genre de rencontre, c'est l'instabilité. Le PSG a alterné les phases, tantôt dominant par la possession et la qualité technique, tantôt débordé par l'intensité adverse. C'est d'ailleurs ça qui explique le dénouement : pas assez de rigueur défensive quand c'était le moment de la récréation, pas assez de maîtrise du rythme dans les passages sensibles.
Trois buts d'avance, c'est pas une garantie
Statistiquement, aucune équipe n'a retourné une demi-finale de Ligue des Champions après avoir perdu 5-4 à l'extérieur. Techniquement, Paris est donc favori pour la manche retour. Techniquement. Mais après avoir vu le Bayern revenir de 5-2 à 5-4, vous oseriez vraiment miser votre salaire sur une hypothétique qualification parisienne ?
Ce qui est piquant, c'est que le PSG aurait pu gérer différemment. Une équipe qui tient 5-2, ça baisse le rythme, ça joue à ronger les nerfs adverses, ça respecte le score. Paris a continué à forcer, à vouloir s'amuser, et c'est pas un reproche au sens où cela reste plaisant pour le spectateur, mais tactiquement c'est une erreur. Luis Enrique doit l'avoir compris à la dernière minute du match. Quand Kane marque le 5-4, c'est plus qu'un but, c'est une seconde chance dumultiple champion d'Allemagne.
Regardez les matchs entre ces deux équipes les années précédentes. C'est jamais tranquille. 2020, 2021, c'était déjà des histoires de folie collective, de buts à tour de rôle, d'émotions contrôlées. Le Bayern a cette capacité à ne jamais vous laisser respirer tranquille. Et le PSG, avec toute son artillerie offensif, cette tendance à ignorer que la défense aussi, ça existe.
À Munich, le Bayern joue sa survie européenne
Retour à l'Allianz Arena dans une semaine environ. Imaginez les deux entraîneurs dans leurs bureaux respectifs, vidéo après vidéo, en train de noter les failles. Munich aura besoin de croire que le foot est une science inexacte. Qu'une demi-finale peut se jouer sur un détail, une blessure, un arbitrage contestable, une transmission défaillante. Trois buts, c'est gros à récupérer. Sauf quand vous venez de prouver que vous pouviez en marquer deux en dix minutes.
Le Bayern sait qu'il devra jouer un football offensif, prendre des risques, accepter de laisser des espaces. Paris sait qu'il doit terminer ses actions sans se laisser bercer par une fausse sécurité. L'un a l'expérience du tournoi (le Bayern), l'autre a le talent brut pour se sortir de n'importe quelle situation (le PSG). C'est une belle histoire qui attend son épilogue.
Ce dimanche au Parc, on a eu droit à du vrai football européen : chaotique, exaltant, imprévisible. Celui qui rend fous les amoureux du ballon rond. Paris sort vainqueur mais pas rassuré. Munich sort perdant mais pas mortifié. Et nous, spectateurs, on attend déjà le second round.