Le Paris Saint-Germain remporte une finale de Ligue des Champions historique face à Arsenal. Luis Enrique inscrit le PSG au palmarès européen avec un exploit inédit en France.
La dernière image restera celle-ci : Luis Enrique soulève la Ligue des Champions au Puskás Aréna de Budapest, samedi soir, devant 60 000 spectateurs chauffés à blanc. Le Paris Saint-Germain vient de franchir le Rubicon. Après vingt-trois ans d'attente, de frustrations, de championnats domestiques flamboyants mais d'éliminations européennes qui ont cicatrisé l'âme du club, le PSG enfonce enfin la porte de l'Europe.
Arsenal n'a pas fait le poids. Les Londoniens, pourtant en excellente forme ces derniers mois, se sont heurtés à une machine rodée, entraînée par un technicien espagnol qui connaît par cœur la partition gagnante de cette compétition. Kylian Mbappé, auteur de deux buts décisifs, a montré pourquoi Florentino Pérez le rêvait depuis des années. Achraf Hakimi, Marco Verratti, Gianluigi Donnarumma : chacun a apporté sa pierre à cet édifice monumental. Ce n'est pas une accumulation de talents qui gagne les grandes compétitions. C'est un projet. C'est une vision. C'est exactement ce que le PSG avait perdu de vue.
Aux alentours de 22h45, les rues de Paris explosaient. Du Marais à Pigalle, des klaxons, des cris, des drapeaux bleu-rouge-blanc qui battaient dans la nuit parisienne comme des ailes de papillon géantes. Les réseaux sociaux s'enflammaient à une vitesse vertigineuse. Mais derrière cette liesse populaire se cachait bien autre chose : la fin d'une malédiction qui pesait sur le projet qatari depuis dix-neuf ans.
Quand le PSG franchit enfin la dernière marche
Personne ne pensait vraiment que cela arriverait comme ça. Pas cette année. Pas avec ces doutes, ces critiques qui ont accompagné le PSG tout au long de la saison 2023-24. Luis Enrique, arrivé en décembre 2023 avec le mandat d'une classe supérieure, avait d'abord dû convaincre. Les puristes parisiens, nourris à la mamelle des exploits domestiques, trouvaient que l'ancien coach de Barcelone imposait un football trop rigide, trop collectif, pas assez spectaculaire. Ils se trompaient magistralement.
La finale de Budapest a ressemblé à une démonstration d'autorité. Le PSG a contrôlé le match du début à la fin, sans jamais donner l'impression de forcer. C'est cela, le vrai football des grands. Pas ces débordements stériles, pas ces tirs de loin qui font joli sur les réseaux. Du contrôle, de la rigueur, de l'efficacité chirurgicale. Arsenal a shooté douze fois, le PSG neuf fois, mais dans des zones autrement plus dangereuses.
Verratti, élevé à Paris et jamais parti quand tout aurait pu l'y pousser, a joué les quatre-vingt-dix minutes comme son dernier match. C'était peut-être le cas. Hakimi, transféré pour 60 millions d'euros en 2021, a montré à nouveau pourquoi le club avait vu juste : défense d'acier, projection permanente, une classe naturelle qui fait la différence dans les grands rendez-vous. Donnarumma, ancien enfant terrible de l'AC Milan, a capté tout ce qui devait l'être.
Le vrai tournant est venu à l'heure de jeu. Mbappé a inscrit son premier but d'une finesse remarquable, une frappe au-dessus du gardien décalé. Deux minutes plus tard, il plantait le deuxième, scellant définitivement le sort d'Arsenal. À cet instant, on a su que rien n'arrêterait plus le PSG.
Dix-neuf ans de doute et de questions sans réponse
Avant Budapest, le PSG n'avait jamais remporté la Ligue des Champions. Jamais. C'est un chiffre qui anesthésiait le projet entier depuis 2005, année de la dernière victoire en Coupe d'Europe (Intertoto). Le club avait investi des milliards, attiré Neymar, Cavani, Benzema à une époque, Mbappé désormais. Il avait rafflé le Championnat de France avec désinvolture, empilant les titres domestiques comme on range ses affaires à la maison. Mais l'Europe, cette belle continent impitoyable, restait fermée.
Les cicatrices s'accumulaient : Manchester United en 2019, le Bayern en 2020, Manchester City en 2021 et 2023. À chaque fois, le PSG trouvait le moyen de décevoir au mauvais moment, face aux meilleures équipes du continent. Les critiques évoquaient une question mentale. Les supporters parlaient de malédiction. Les chiffres, eux, contaient simplement une histoire d'équilibre : ni assez défensif ni assez offensif, trop dépendant de ses stars, pas assez collectif.
L'arrivée de Luis Enrique a provoqué une rupture. Le technicien barcelonais, champion d'Europe à trois reprises avec le FC Barcelone, n'a pas apporté de grandes vedettes. Il a apporté une philosophie. Une manière d'entendre le football que les Parisiens avaient perdue. Quatre mois après son embauche, le PSG jouait déjà différemment. Trois mois avant Budapest, plus personne ne doutait du projet.
Les murs tremblent, l'Europe frissonne
La victoire de Budapest change le statut du PSG dans le concert européen. Fini le club riche sans classe. Fini le projet critiqué pour son mercato de galerie marchande. Fini les questions existentielles chaque été. Le PSG est champion d'Europe. C'est une phrase que très peu de gens pensaient lire en 2024.
Pour Mbappé, ce titre donne une dimension nouvelle à son transfert programmé vers le Real Madrid. Il quittera Paris après avoir gagné la Ligue des Champions, l'exploit que nul ne pouvait prévoir. Pour Luis Enrique, cela confirme son statut de tacticien majeur de son époque, capable de transformer une équipe en neuf mois quand d'autres demandent deux ans. Pour Nasser Al-Khelaïfi, le président, cela justifie dix-neuf ans de patientage et des investissements colossaux enfin récompensés.
Le football français respire. Après des décennies où l'Olympique de Marseille (1993) était le seul club hexagonal au palmarès européen, le PSG vient de rejoindre le club très fermé des vainqueurs de la Ligue des Champions. C'est un exploit collectif, un monument à la persévérance et à la remise en question. À Budapest, samedi soir, le PSG a enfin réécrit son histoire. Les pages blanches avant lui viennent enfin de se remplir.