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Football

Saka, prisonnier d'une malédiction qui résiste à Arsenal

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Battu aux tirs au but en finale de Ligue des Champions à Budapest, Bukayo Saka accumule les échecs décisifs. Une malédiction personnelle qui interroge la capacité d'Arsenal à transformer ses talents.

Saka, prisonnier d'une malédiction qui résiste à Arsenal

Bukayo Saka a une particularité que les statistiques ne racontent jamais : il semble attirer les finales comme d'autres attirent la pluie. À Budapest, sous le stade Ferenc Puskás de la capitale hongroise, il a connu un nouvel acte de ce cauchemar personnel qui pourrait être comique s'il n'était si tragique. Arsenal face au PSG. 1-1 après 120 minutes. Les tirs au but. Et Saka, encore lui, qui voit sa frappe repoussée par Donnarumma.

Il y a quelque chose de grec dans cette histoire. Pas la Grèce antique, mais plutôt le sens du destin implacable. Cet ailier de 23 ans, l'un des plus grands talents du football anglais contemporain, porte maintenant sur ses épaules un poids que même Sisyphe reconnaîtrait. Depuis l'Euro 2020, Saka n'est plus seulement un joueur. Il est une incarnation vivante de l'échec sportif en grande occasion.

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Comment un talent si brillant devient-il l'otage de ses propres finales ?

Sur le terrain, pendant 90 minutes régulementaires, Saka ressemble à ce qu'Arsenal a acheté pour 24 millions d'euros en 2019 : un ailier rapide, technique, capable de combiner vitesse et dribble comme peu peuvent le faire. À Budapest, il s'est créé des occasions. Il a fait mal. Mais quelque chose d'ineffable le sépare du reste des mortels dès que le chrono franchit les grandes portes de l'histoire.

Il y a trois ans, à Wembley, pendant l'Euro 2020, Saka était le troisième tireur anglais aux tirs au but contre l'Italie. Il avait 19 ans. Sa frappe est restée suspendue une microseconde de trop dans l'air, et Gianluigi Donnarumma a fait ce qu'il fait le mieux : il a dit non. Cette nuit-là, l'Angleterre a perdu. Saka aussi. Une nation entière l'a vu devenir soudain visible, et pas pour les bonnes raisons.

Depuis, c'est comme si l'inverse se produisait : plus Saka grandit, meilleur il devient en saison régulière — ses stats cette année oscillent autour des 15 buts et 10 passes décisives en tous les compétitions — moins il parvient à franchir la ligne invisible qui sépare le talent brut de l'accomplissement. Arsenal a atteint quatre finales depuis son arrivée. À chaque fois, Saka n'a pas suffi. À chaque fois, quelque chose s'est brisé.

Pourquoi Arsenal peine-t-il à transformer ses stars en champions ?

Ce qui frappe le plus à Budapest, c'est qu'Arsenal n'était pas l'équipe dominante. Le PSG, avec ses moyens, son expérience européenne et ce je-ne-sais-quoi parisien de clubs habités par la chimère de la Ligue des Champions, aurait dû contrôler davantage. Au lieu de cela, Arsenal s'est battu. Son collectif a tenu. Mais cela n'a pas suffi.

Arteta a construit quelque chose de solide : une équipe jeune, équilibrée, sans stars absolues mais avec des joueurs qui marchent ensemble. C'est séduisant sur papier. C'est même élégant pendant 38 journées. Mais les finales ne lisent pas les rapports tactiques. Elles punissent l'impuissance quand elle se présente. Et à Budapest, elle s'est présentée sous les traits d'un centre-avant parisien et d'un gardien italien qui a probablement rêvé de ce moment pendant douze années.

Le paradoxe d'Arsenal, c'est que le club a rompu avec son passé de grosse machine : fini la stabilité confortable, fini la quatrième place. Maintenant, il gagne, il joue bien, il construit. Mais il ne gagne pas quand ça compte. Et cette incapacité retombe toujours sur les mêmes épaules — celles des joueurs anglais, jeunes, pleins de talent mais orphelins de ce truc immatériel qu'on appelle l'expérience. Saka en est le visage, mais le problème est collectif.

Peut-on sortir d'une malédiction en restant le même ?

Il y a six mois, après un nouvel échec en Coupe d'Angleterre face à Manchester City, on aurait pu imaginer que Saka demande son départ. Que dise-t-il : « J'ai besoin d'ailleurs pour grandir ». À la place, il a signé un nouveau contrat. Il s'accroche à Arsenal comme Arsenal s'accroche à ses jeunes talents. C'est touchant. C'est peut-être stupide.

Pour que quelque chose change, il faut que quelque chose bouge. Arsenal peut recruter un défenseur, un milieu défensif, un attaquant. Mais l'ADN du club — cette jeunesse organisée mais pas encore écorchée par la vie — restera le même. Et Bukayo Saka, s'il demeure, sera de nouveau en première ligne lors de la prochaine finale. Pas pour célébrer. Pour souffrir.

Peut-être que sa rédemption viendra. Les destins ne sont jamais aussi figés qu'ils y paraissent quand on les contemple depuis Budapest. Mais pour l'instant, quelque part dans la nuit hongroise, il y a un ailier anglais qui sait qu'il porte une croix plus lourde que ses 75 kilos.

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