Thierry Henry a loué sans retenue le PSG et son entraîneur Luis Enrique après leur victoire en Ligue des Champions face à Arsenal. Une reconnaissance rare du légendaire Gunner.
Thierry Henry ne fait pas de prisonniers. Quand la légende des Gunners parle, les oreilles se dressent. À Budapest, le soir du succès du PSG en finale de la Ligue des Champions contre Arsenal, l'ancien buteur de 47 ans s'est transformé en chantre enthousiaste du projet parisien et, surtout, de celui qui l'incarne : Luis Enrique. Il y a quelque chose d'étrange à voir Henry déborder ainsi de compliments envers le club qui le détruisit jadis, mais aussi quelque chose de profondément honnête. Quand un homme qui a connu tous les sommets du football professionnel se laisse impressionner, ce n'est jamais par accident.
Le contexte pèse lourd dans cette affaire. Arsenal venait de perdre 1-1 puis aux tirs au but (4-3) contre un Paris Saint-Germain que beaucoup, même en France, avaient écrit d'avance. Le club de la capitale trainait depuis des années ce boulet de l'inefficacité européenne, cette incapacité chronique à convertir le talent brut en résultats continentaux. Depuis 2020, c'était l'impasse. Trois entraîneurs différents. Des milliards injectés. Du gaspillage, disait-on. Et puis Luis Enrique arrive, avec ses certitudes de Barcelonien, son pragma catalan, ses idées sur ce que doit être un collectif moderne. Huit mois plus tard, c'est fait.
Pourquoi Henry s'est-il soudain converti aux vertus du PSG?
Henry n'est pas un thuriféraire professionnel. Il commente pour une chaîne anglaise, il navigue entre le doute et la lucidité. Il a vu Arsenal se faire écraser par le PSG durant quatre-vingt-dix minutes de pur football offensif où les Parisiens n'ont cessé de circuler le ballon comme des graveurs de précision. C'est cette maîtrise qui l'a frappé. Pas simplement le résultat, mais la manière. Le PSG a affronté une équipe en excellente forme — Arsenal pointait à 94 points en Premier League — et l'a étouffée techniquement.
Ce que Henry a admiré, c'est le retour aux fondamentaux que Luis Enrique a imposé. Fini le jeu héroïque, fini l'attente de l'éclair de génie d'une star. Le Catalan a mis en place une mécanique où Kylian Mbappé n'était qu'une pièce parmi d'autres, où la qualité du pressing, la position des latéraux, l'orientation du jeu de transition — ce que les Français appelaient autrefois « le jeu à la française » — revenaient en force. Arsenal, avec son football fluide et ses phases offensives de 60 passes, s'est retrouvé coincé.
Henry, qui a passé sa vie à démolir les défenses par des explosions de talent individuel, reconnaît quand une architecture supérieure s'impose. C'est l'humilité de celui qui a compris que le football avait bougé. Le Bayern 2012, le Barça 2011, le Real 2014 — il a croisé ces monstres. Le PSG 2024 en revient biologiquement proche.
Qu'a vraiment changé avec l'arrivée de Luis Enrique?
Avant le Barcelonais, le PSG ressemblait à un cabinet de consultants branchés où on payait chaque mois les factures les plus élevées du football sans jamais mettre de l'ordre dans le bureau. Les stars tournaient à vide. Marco Verratti passait inaperçu. Mbappé errait sur l'aile comme une âme en peine. Achraf Hakimi n'avait pas d'instructions. Sergio Ramos vieillissait sans but collectif à atteindre.
Luis Enrique a fait ce que les trois entraîneurs précédents n'ont pas su faire : établir une hiérarchie tactique. Pas une hiérarchie des salaires, une hiérarchie des rôles. Verrati redevient le Verrati qui faisait rêver à Empoli. Les défenseurs comprennent soudain pourquoi ils doivent avancer. Mbappé accepte de perdre des ballons parce qu'on lui explique que c'est le prix du mouvement. C'est usuel pour une équipe normale. Pour le PSG, c'était une révolution.
Le passage de 8 seasons sans Ligue des Champions à un trophée en quelques mois tient à cela : une direction claire. Henry a vu Guardiola faire la même chose à Manchester City. Il a vu Ancelotti faire la même chose au Real Madrid. Mais le voir au PSG, dans ce club où l'argent a toujours eu raison de l'humilité tactique, c'était inattendu. D'où ses compliments. Pas de la flagornerie. De la surprise respectueuse.
Que dit ce sacre de l'équilibre du football européen?
Le PSG n'avait pas remporté une Ligue des Champions depuis 1996, quand le Paris Saint-Germain de George Weah et Youri Djorkaeff exploitait un rouleau compresseur français en phase de conquête. Vingt-huit ans. Une génération complète. Depuis, d'autres dynasties ont fleuri : la Catalogne, l'Italie milanaise, les régimes de Pépin Guardiola, les retours du Real, la parenthèse bavaroise. Le PSG restait dehors, riche mais pieds nus.
Ce qui change maintenant, c'est que le football français retrouve une surface de jeu au niveau des potentats. Luis Enrique n'est pas un entraîneur français, bien sûr, mais il entend reconstruire un pays du football. L'OM, au-dessus de ses moyens, arrive en demi-finale l'année suivante. Le PSG regagne la couronne. Ce n'est pas une domination à l'anglaise ou à l'allemande, mais une opportunité de redevenir crédible. Henry, lui, voit dans ce succès la confirmation que les modèles meurent et renaissent, que le ballon rond pardonne aux patients et punit les impatients.
Quand Henry soulignait l'intelligence tactique du PSG face aux Londoniens, il parlait déjà de l'après. Pas de ce titre-ci, mais de ce que cette équipe pourrait construire dans les trois années qui viennent si elle reste unie. C'est ce qui rend ses compliments vraiment dithyrambiques : il voit au-delà du 1-1 et des tirs au but. Il aperçoit une période, un style retrouvé, une méthode enfin appropriée. Voilà pourquoi, pour un Henry qui ne s'encombre pas de gentillesse superflue, le soulagement paraissait si visible dans ses analyses d'après-match. Le PSG ne jouait plus à la roulette. Il jouait au football.