Kylian Mbappé remporte le trophée de meilleur joueur de la saison madrilène, une reconnaissance qui intervient après une première année mitigée au club merengue.
Les trophées individuels ne cicatrisent pas les blessures collectives. C'est peut-être ce que Kylian Mbappé aura retenu de cette première saison au Real Madrid, marquée par une distinction personnelle qui sonne davantage comme une consolation que comme une apothéose. Le club merengue a officialisé la désignation de l'international français en tant que meilleur joueur de l'exercice 2024-2025, une décision qui interroge autant qu'elle récompense.
L'honneur sans l'éclat
Sur le papier, le palmarès de Mbappé justifie cette reconnaissance. Vingt-trois buts marqués en quarante-huit apparitions toutes compétitions confondues, un bilan offensif qui aurait fait des ravages dans presque n'importe quel autre contexte. Mais le Real Madrid n'est pas n'importe quel contexte. Le Real Madrid, c'est la maison où les légendes écrivent des épopées en trois mois, où Cristiano Ronaldo marquait vingt buts avant Noël, où Zinédine Zidane changeait l'histoire d'une tête en lune de miel.
Ce qui frappe, en réalité, ce n'est pas ce que Mbappé a fait, c'est l'absence de récit grandiose autour de son arrivée. Les douze mois qui viennent de s'écouler ressemblent à une succession de matchs plutôt qu'à une destinée. Quelques buts cliniques, des prestations solides mais rarement captivantes, des moments où l'on sentait l'attaquant aux prises avec le poids des attentes. Zidane aurait probablement su convertir ce malaise en alchimie. Carlo Ancelotti, pour toute sa sagesse, semble avoir géré Mbappé comme on gère un investissement coûteux : avec prudence, sans audace.
La statistique qui résume tout : lors des grands rendez-vous européens, face aux défenses les plus affûtées, Mbappé a souvent déplu. La Ligue des champions, que le Real espérait conquérir avec sa nouvelle arme offensive, a vu l'attaquant limité, voire transparent lors des phases décisives. Ce trophée individuel de meilleur joueur de la saison apparaît donc comme une reconnaissance administrative plus qu'une consécration sportive.
L'attente impossible et ses conséquences
Comprendre le malaise de cette première saison madrilène, c'est d'abord saisir l'ampleur de l'attente. Depuis les années 2010, le Real Madrid avait construit un récit autour de sa capacité à se réinventer, à trouver le joueur transformateur au moment où il le fallait. Mbappé représentait l'ultime étape de cette quête : la jeunesse flamboyante d'un Français devant réciter Zidane, la promesse d'une domination renouvelée en Europe.
Or, le football de 2024 n'est plus celui de la majorité des triomphes madrilènes. Le Real n'a pas remporté la Liga, preuve que la domination castillane s'érode. Manchester City, le Bayern Munich, même l'Atalanta et le Bayer Leverkusen ont montré une cohésion collective que le projet madrilène, malgré son talent brut, n'a pas su atteindre. Mbappé ne pouvait pas réparer seul ce qui était un problème structurel. Personne d'ailleurs ne le pouvait.
Sa venue a aussi posé une question jamais vraiment résolue : comment intégrer un attaquant de ce calibre dans une équipe construite selon d'autres principes ? Vinicius Junior, depuis trois ans maintenant, occupe le rôle de leader offensif, de celui qui dicte le jeu par sa présence et son imprévisibilité. Mbappé, par sa trajectoire européenne, attendait d'être nourri, servir plutôt que créer. Cette friction tacticienne n'a jamais été vraiment dépassée. Le collectif n'a pas trouvé sa chimie, et Mbappé a payé le prix fort de cette incompréhension organisée.
L'avenir d'une ambition en suspens
La désignation de Mbappé comme meilleur joueur de la saison pose une question qui dépasse la simple reconnaissance : le Real Madrid a-t-il accueilli le joueur qu'il fallait, ou en a-t-il construit l'idée erronée ? Avec Ancelotti toujours en place et un effectif qui devrait subir des aménagements cet été, l'entraîneur italien aura une chance de corriger ce qui ressemble à une erreur de casting plutôt qu'à une insuffisance individuelle.
Mbappé, lui, saura que les trophées remis au moment où ils auraient dû être célébrés six mois plus tôt ne valent qu'une chose : la promesse qu'on ne les redonne plus. Il a vingt-six ans, il joue pour le plus grand club du monde, il a marqué ses buts. Mais au Real Madrid, on ne compte pas les buts : on raconte les gloires. Voilà ce qui manquait à cette première année madrilène.