Ruud Gullit, Ballon d'Or 1987, affirme que le milieu de terrain du PSG est le meilleur de l'histoire. Un jugement qui mérite qu'on l'examine sérieusement.
« Je n'ai jamais vu un milieu de terrain aussi complet dans toute l'histoire du football. » Quand ces mots sortent de la bouche de Ruud Gullit — homme qui a évolué aux côtés de Frank Rijkaard et Marco van Basten dans un AC Milan qui avait réinventé le jeu collectif européen — on ne les balaie pas d'un revers de main. Présent à Madrid pour les Laureus World Sports Awards, le Néerlandais a livré une appréciation aussi tranchée que provocatrice sur le Paris Saint-Germain de Luis Enrique, et plus particulièrement sur son entrejeu. Un jugement qui dépasse la simple flatterie de tribune et qui mérite d'être pesé avec soin.
Qu'est-ce qui a bien pu convaincre un tel témoin du football mondial ?
Ruud Gullit n'est pas homme à distribuer les compliments par politesse mondaine. Le Ballon d'Or 1987 a traversé les décennies comme observateur lucide et souvent sévère du football contemporain. Son enthousiasme pour le PSG version Luis Enrique s'ancre dans quelque chose de précis : la manière dont ce milieu de terrain conjugue puissance physique, intelligence tactique et capacité de projection vers l'avant, sans jamais sacrifier l'équilibre défensif.
Au cœur de cet entrejeu qui fascine le monde, Vitinha incarne la maîtrise technique dans ses dimensions les plus subtiles — le Portugais affiche un taux de passes réussies supérieur à 92 % en Ligue des champions cette saison, chiffre qui traduit une fiabilité presque métronomique sous pression. À ses côtés, João Neves, révélation absolue depuis son arrivée en provenance de Benfica pour 70 millions d'euros, impose une présence athlétique et une vision du jeu que l'on attribue rarement à un joueur de vingt ans. Et puis il y a Fabian Ruiz, l'Espagnol longtemps sous-estimé, dont la montée en puissance coïncide exactement avec la transformation du club sous la houlette de Luis Enrique.
Ce qui frappe Gullit — et ce n'est pas anodin venant d'un joueur qui a lui-même redéfini le rôle du milieu axial — c'est moins l'accumulation de talents individuels que la cohérence organique de l'ensemble. Un milieu de terrain ne devient historique que lorsque ses parties forment un tout supérieur à leur somme. C'est exactement ce que l'on observe au Parc des Princes depuis le début de la saison.
L'Histoire du football peut-elle valider une telle comparaison ?
La comparaison historique est toujours un exercice périlleux. Ceux qui ont suivi le football des années 1980 et 1990 se souviennent du trio Desailly-Deschamps-Zidane en équipe de France, ou du milieu du Real Madrid version Galactiques avec Figo, Zidane et Makelele. Plus loin encore, le Brésil de 1970 proposait un entrejeu d'une fluidité quasi mystique avec Gerson et Clodoaldo en soutien de Pelé. Et le Barça de Pep Guardiola, entre 2009 et 2011, avait porté le concept de possession-pressing à un niveau d'abstraction qui semblait indépassable, avec Xavi Hernández, Andrés Iniesta et Sergio Busquets formant ce que beaucoup considèrent encore comme l'étalon-or de l'histoire du poste.
C'est précisément face à ce Barça que l'éloge de Gullit prend tout son relief — et toute sa dimension polémique. Affirmer que le milieu parisien surpasse celui de la meilleure équipe de club jamais construite, c'est s'exposer à une contestation légitime. Pourtant, le contexte a changé. Le football de 2025 exige des milieux de terrain une polyvalence que les générations précédentes n'ont jamais eu à assumer : pressing ultra-intensif sur tout le terrain, transitions à haute vitesse, participation active à la construction depuis la défense et finition devant le but. Le milieu du PSG répond à toutes ces exigences simultanément, ce que peu d'entrejeux de l'histoire ont été capables de faire.
Il faut aussi souligner que ce PSG débarrassé de la galaxie Messi-Neymar-Mbappé produit un football paradoxalement plus collectif, plus lisible, et plus efficace sur la durée. La masse salariale a fondu, mais la densité de jeu a crû. Luis Enrique a eu le mérite — ou l'intelligence — de ne pas reconstruire une équipe autour d'une star mais autour d'un système. C'est peut-être cela qui impressionne le plus Gullit, lui qui sait mieux que quiconque ce que coûte la dépendance à l'ego d'un génie.
Cet enthousiasme peut-il se transformer en capital durable pour le club ?
Quand une légende absolue du football mondial déclare, sur la scène des Laureus — cérémonie qui rassemble l'élite du sport international — que votre milieu de terrain est le meilleur de l'histoire, cela ne reste pas sans effet. Pour le PSG, engagé depuis quinze ans dans une stratégie de légitimation sportive et d'ancrage dans le patrimoine du football mondial, ce type de validation symbolique a une valeur que nul budget marketing ne peut acheter.
Le club de la capitale a longtemps souffert d'un syndrome d'imposteur — richesse sans palmarès européen, stars sans cohérence collective, ambition sans identité. Luis Enrique semble avoir trouvé la formule qui réconcilie les deux : une identité de jeu reconnaissable, des joueurs au service d'un projet, et des résultats en Ligue des champions qui commencent à correspondre aux attentes initiales des investisseurs qatariens. Le quart de finale européen, les performances face aux grandes cylindrées du continent, tout cela construit un récit nouveau.
Économiquement, l'attractivité du club sur le marché des transferts en sort renforcée. Les agents des meilleurs milieux de terrain de la prochaine génération ont entendu Gullit. Sportivement, la pression s'accroît aussi : une équipe sacrée « meilleure de l'histoire » à un poste doit confirmer sur la plus grande scène, celle de la finale de Ligue des champions, la seule qui transforme un discours en légende.
Reste une question qui flotte au-dessus de tout cela : peut-on raisonnablement parler de meilleur milieu de l'histoire sans titre européen pour l'étayer ? Gullit lui-même, avec ce Milan légendaire, avait soulevé la Coupe des champions en 1989 avant que quiconque ne grave son équipe dans le marbre. Le PSG de Luis Enrique a reçu la bénédiction d'un génie du football. Il lui reste à écrire la suite — celle qu'on racontera dans trente ans.