Titulaire pour la première fois en trois ans face à Metz, Paul Pogba a marqué les esprits. Pas toujours positivement, au dire d'un expert qui épingle ses lacunes.
Paul Pogba a remis les pieds sur un terrain de Ligue 1 en tant que titulaire le 29 septembre, et le contraste était saisissant. Le milieu de terrain de l'AS Monaco a participé à la victoire contre Metz (2-1), retrouvant enfin cette position de départ qu'il n'occupait plus depuis l'automne 2021. Trois ans. Un trou noir sportif qui pesait lourdement sur ses épaules. Mais à peine le coup de sifflet final retentissait-il que les critiques ont surgi, venues des analystes qui scrutent chaque geste du Français comme une lentille grossissante.
Selon nos informations, un consultant réputé du football hexagonal n'a pas mâché ses mots à la suite de cette rencontre. L'expert a pointé des faiblesses techniques persistantes, une certaine rusticicité dans les appels de balle, et surtout une lecture du jeu qui reste erratique pour un joueur de son envergure. Ce qui étonne, c'est que Pogba, même déclinant, même blessé à répétition, n'a jamais cessé d'être attendu comme le sauveur potentiel. Cette mythologie du Champion du monde 2018 persiste, mais elle rend chaque apparition franchement décevante.
Le retour d'un Pogba épuisé par l'absence
Trois ans sans jouer, c'est une éternité dans le sport professionnel. Pogba a dû affronter une succession de blessures musculaires qui l'ont rongé de l'intérieur. Juve, Juventus, puis le retour prévisible à Manchester United en 2022, suivi d'un exil monégasque avec l'espoir de se reconstruire. Les projets se sont échoués les uns après les autres. Entre les douleurs lombaires chroniques et les doutes qui s'accumulent, le natif de Roissy-en-Brie a perdu de sa superbe physique.
Sur le terrain de Saint-Symphorien, face à Metz, Pogba a livré un combat contre lui-même autant que contre ses adversaires. Il y a eu des moments où sa stature, ses qualités balistiques ont resurgi. Quelques passes longues décentes. Quelques accélérations rappelant des traces du Paul d'autrefois. Mais aussi des erreurs d'appréciation, des ballons perdus inutilement, une imprécision qu'on ne pardonnerait à aucun autre milieu dans son profil salarial.
L'entourage du joueur sait pertinemment qu'il ne peut pas sortir de nulle part. L'osmose avec les coéquipiers ne se crée pas en une mi-temps. Monaco joue un football plaisant sous la direction de son entraîneur, et Pogba doit apprendre à se fondre dans un système où la circulation du ballon prime sur les éclats individuels. C'est un apprentissage. Mais voilà, à 31 ans, on attend davantage que l'apprentissage. On attend de la maîtrise.
Un défi de crédibilité plus que de talent
Le vrai enjeu pour Pogba n'est pas technique, il est narratif. Chaque sortie, chaque match devient un examén de rattrapage. Les supporters ont envie de croire, les dirigeants ont envie de croire, mais les experts, eux, demandent des preuves tangibles et durables. Un match, même gagnant, ne suffit pas à effacer trois ans de frustration.
Selon plusieurs observateurs du jeu hexagonal, Pogba devra enchaîner les bonnes prestations. Pas des bonnes performances par bribes, pas des récitals sporadiques, mais une continuité. C'est là que le bât blesse : sa fragilité physique laisse planer un doute permanent. À quel moment la prochaine blessure surviendra-t-elle ? Trois mois ? Six mois ? Deux semaines ? Ce climat d'incertitude mine la confiance que chaque coach rêverait de placer en lui.
- 2018 : champion du monde avec l'équipe de France, son dernier grand titre collectif
- 3 ans : durée écoulée depuis sa dernière titularisation en Ligue 1
- 15 millions d'euros : son salaire annuel à Monaco, une enveloppe que peu de clubs français peuvent se permettre
- Victoire 2-1 : le résultat monégasque sur la pelouse de Metz, mais sans domination affichée
Reste que Pogba possède un atout majeur : il a déjà connu les grands jours. Il connaît les stades bondés, la pression, le poids des attentes. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n'ignore rien du chemin qui mène au sommet. La question est plutôt celle-ci : peut-il, physiquement et mentalement, y revenir ? Ou bien devra-t-il se contenter d'être une pièce utile du puzzle monégasque, un élément parmi d'autres plutôt que l'étoile polarisante qu'il aurait pu rester ?
Adi Hütter et le club de la Principauté ont misé sur lui. Ils savent que le Paris d'antan est loin, que Manchester aussi appartient au passé. Pogba joue maintenant pour sa reclassification, pas pour reconquérir le monde. C'est déjà un changement d'altitude vertigineux pour celui qui s'imaginait durable au sommet. Les matchs à venir diront s'il peut tenir la cadence ou si les critiques auront raison de ses velléités de retour.