Après une nouvelle débâcle en Clasico, les tensions entre les deux stars du Real Madrid s'accentuent. L'alchimie attendue n'a pas suivi.
Le silence dans le vestiaire du Bernabéu en dit parfois plus que mille paroles. Après la défaite en Clasico, ni Mbappé ni Vinicius ne se sont regardés. À en croire l'entourage du club, la relation entre les deux hommes est passée du stade de la simple incompatibilité tactique à celui d'un vrai malaise interpersonnel. Six mois après l'arrivée du Français à Madrid, la question n'est plus de savoir si ça va s'arranger, mais combien de temps le projet peut encore tenir.
Pourquoi deux attaquants de ce calibre ne parviennent-ils pas à s'accorder ?
Sur le terrain, c'est physique. Mbappé a besoin d'espace, de profondeur, de ce temps de décélération qui lui permet d'accélérer ensuite. Vinicius, lui, a construit son empire madrilène sur une emprise totale du flanc gauche, ballon au pied, dans un jeu où il crée seul ses occasions. Placer ces deux profils dans un même système, c'est forcer deux vaisseaux sanguins à coexister sans se rencontrer.
Mais le problème dépasse la mécanique du jeu. Selon nos informations, il y a une question d'ego qui plane au-dessus de tout. Vinicius arrive aux trois quarts de sa meilleure saison au Real. Il était candidat sérieux au Ballon d'Or avant l'arrivée de Mbappé. Soudain, on lui demande de se décaler, de partager les murs de ballon, d'accepter que quelqu'un d'autre soit l'attraction principale. Pour un joueur qui a construit son statut sur l'idée qu'il était l'incontournable de Madrid, c'est une pilule difficile à avaler.
Mbappé, de son côté, arrive avec le poids de 180 millions d'euros et du statut de meilleur attaquant au monde. Lui aussi s'attend à être central dans le projet. Le Français a connu une première saison plus difficile que prévu à Madrid. Les blessures l'ont rongé. Les doutes l'ont rattrapé. Et voilà qu'il doit cohabiter avec quelqu'un qui ne lui cède rien, qui a les mêmes exigences ballons que lui.
La débâcle en Clasico a-t-elle montré les limites du projet ?
Regarder Vinicius impuissant lors du dernier Clasico, c'était voir un symptôme du mal plus profond. Le Brésilien n'a pas eu le ballon comme il l'aime. Et Mbappé, pas davantage. Le Barça a remporté une victoire qui fait du bruit, d'autant que la Liga se gagne en ce moment même : Barcelone se rapproche dangereusement. Avec 68 points en 25 matchs, le Real commence à respirer par la bouche.
Ce qui inquiète davantage, c'est que ni Carlo Ancelotti ni son staff ne semblent avoir de solution tactique qui contente les deux attaquants. On a vu diverses combinaisons : un à gauche, un au centre, un à droite. Rien ne prend vraiment. Et quand l'entraîneur envisage de laisser l'un ou l'autre sur le banc, le problème d'ego revient s'inviter. Laisser Mbappé dehors ? Impensable économiquement et sportif ement. Laisser Vinicius dehors ? C'est affaiblir une structure de jeu qui a fonctionné pendant des années.
Carlo Ancelotti a remporté trois Champions League. Il sait gérer les stars, les egos, les rivalités. Mais cette situation sortait peut-être du cadre des précédents problèmes qu'il a résolus. Diriger un Ronaldo et un Benzema, c'est une chose. Diriger un Mbappé et un Vinicius avec des profils quasi identiques, c'en est une autre.
Peut-on encore sauver le tandem ou est-ce un échec pédagogique ?
Madrid dispose encore de temps. La saison n'est pas perdue. Mais chaque semaine sans résultat crédible pèse sur la dynamique. Et les rumeurs pèsent sur les esprits. À l'entourage du Brésilien, on murmure que Vinicius réfléchit à son avenir. Pour lui, rester serait accepter un rôle diminué. Pour le Real, le perdre serait une catastrophe sportive et économique. Vinicius, c'est 30 buts-passes décisives la saison dernière. Ce n'est pas un acteur secondaire.
Mbappé, lui, n'ira nulle part. Il vient à peine d'arriver. Mais peut-on vraiment imaginer qu'un joueur arrivé pour être la clé de l'avenir de Madrid soit, en six mois, le symptôme de son dysfonctionnement ? C'est exactement ce que les chiffres commencent à suggérer : depuis son arrivée, le Real n'a remporté que 12 de ses 18 matchs de compétition. Ce n'est plus du niveau d'un prétendant à la Ligue des champions.
Il n'y a pas de solution rapide. Il n'y a que des choix difficiles : conserver l'équilibre en acceptant une hiérarchie claire, ou tenter de trouver une formule nouvelle qui satisfasse les deux. Pour l'instant, le Real Madrid tâtonne. Et chaque jour qui passe sans clarté est un jour où le projet peut encore s'enfoncer davantage.