Zlatan en a assez des vieilles habitudes milanaises. Après trois licenciements, le conseiller de Cardinale cherche une direction venue d'ailleurs pour imposer l'ordre que le Suédois réclame.
Zlatan Ibrahimovic n'a jamais eu la patience des diplomates. À soixante-trois ans, assis dans les bureaux de San Siro en qualité de conseiller du propriétaire Gerry Cardinale, il ne desserre pas les dents pour exprimer son malaise face à la gouvernance milanaise. Et cette fois, il n'y va pas par quatre chemins : il veut des étrangers à la tête du club, des gens venus de l'extérieur qui ne traînent pas les chaînes du passé rossoneri. Le message passe mal auprès des caciques locaux, mais il résonne fort auprès de celui qui signe les chèques.
Quand le lion suédois grogne contre l'establishment milanais
Le licenciement de Massimiliano Allegri, survenu après seulement quelques mois de collaboration chaotique, n'était que le premier domino. Trois autres figures importantes du club ont suivi le même chemin vers la sortie, vidant les bureaux exécutifs d'une génération entière de gestionnaires formés à l'école italienne du compromis permanent. Ibrahimovic y voit un obstacle : ces cadres connaissaient trop Milan, ami avec les mauvaises personnes, usés par des années de luttes internes qui ont transformé le club en champ de bataille politique plutôt qu'en machine gagnante.
Ce que le Suédois réclame, c'est une rupture franche. Pas une révolution théâtrale où l'on garde quelques figurants pour la continuité, mais une véritable mutation. Cardinale cherche actuellement plusieurs profils venus de l'étranger pour les rôles de direction générale, entraîneur et structures support. Ces noms circuleront bientôt dans les gazettes sportives, mais l'intention première est déjà limpide : construire une Milan qui parle anglais, allemand ou même français à ses réunions stratégiques, pas milanais des vieilles familles.
Historiquement, l'AC Milan a toujours fonctionné selon un modèle hybride, alternant les savoir-faire italiens et les talents internationaux en fonction des besoins. Mais jamais avec cette radicalité au niveau du management. Depuis le départ de Silvio Berlusconi en 2017, le club a navigué entre plusieurs phases d'instabilité, accumulant les changements techniques sans jamais trouver une continuité gagnante. Les chiffres le confirment : Milan compte seulement deux titres de champion d'Italie depuis la fin des années 2000, comparé aux sept que Turin a cumulés dans la même période.
- 18 mois écoulés depuis l'arrivée de Cardinale comme propriétaire
- 5 entraîneurs différents en deux ans et demi avant cette purge
- 11e place en Série A lors de la dernière saison, le plus mauvais résultat depuis vingt ans
Ibrahimovic, lui, connaît la formule. Il l'a appliquée avec le Paris Saint-Germain entre 2012 et 2016, période durant laquelle le club français a accumulé quatre titres de champion consécutifs en s'adjoignant des directeurs venus d'ailleurs, libérés du poids des traditions parisiennes. Il sait qu'une institution fonctionnant sur l'inertie ne change que si on impose des regards neufs, des méthodes sans précédent local, une certaine violence civilisatrice dans la gestion.
L'impasse politique milanaise et la solution radicale
Reste que cette stratégie comporte des risques certains. Milan n'est pas Paris en 2012. Le club possède une histoire gérée en interne depuis quatre-vingts ans, un réseau de supporters qui a ses codes, une insertion urbaine profonde dans les quartiers nord. Importer une direction venue d'ailleurs sans capacité de dialogue avec cet écosystème fragile pourrait créer des frictions.
Mais c'est aussi précisément le calcul qu'Ibrahimovic et Cardinale ont accepté de faire. Un étranger aux jeux de pouvoir milanais ne sera pas intéressé par les alliances et les échanges de faveurs qui ont paralysé le club depuis des années. Un directeur suédois, allemand ou nord-américain s'en fichera royalement de tel ancien président qui a des parts chez tel concurrent ou tel agent qui a des amis au conseil d'administration. Il viendra avec un cahier des charges clair et une mission : transformer Milan en machine compétitive, sans amphétamine électorale.
Zlatan le sait mieux que quiconque. À quarante-deux ans au moment de son départ de Milan en 2012, il avait l'expérience d'une autre vie dans le football européen, cellule d'une machine géante qui n'avait cure de la géographie italienne. Aujourd'hui, assis à la table des décisions, il voit le problème dans sa totalité : Milan a besoin de quelqu'un qui regarde le club comme on regarde une startup, avec des KPI, des objectifs quantifiables, une vision à trois ans plutôt qu'à trois mois.
La question devient dès lors moins politique que managériale. Quel étranger acceptera de débarquer dans cet environnement électrifié ? Qui voudra construire une équipe compétitive avec pour arrière-plan la pression de la Série A, les attentes d'une tifoseria qui n'a remporté aucun titre depuis treize ans et l'œil bienveillant mais demandeur d'un Ibrahimovic qui n'a jamais perdu son appétit de victoire ? Le profil idéal existe, mais il doit afficher une certaine insensibilité aux jeux de couloirs milanais.
Les prochaines semaines vont dessiner l'avenir réel du club rossoneri. Pas en termes de résultats, mais de philosophie dirigeante. Acceptera-t-on que Milan se réinvente en rupture radicale ? Ou la résistance institutionnelle des vieux cadres aura-t-elle raison de l'ambition de Zlatan et Cardinale ? À San Siro, on a l'habitude des histoires qui se nouent autour d'une table de crise. Cette fois, ce n'est pas du théâtre politique à l'italienne qu'on prépare, mais une autre Milan, venue d'ailleurs.