Le Mamelodi Sundowns remporte sa troisième Ligue des Champions africaine en dominant l'AS FAR Rabat en finale retour. Un triomphe qui confirme la domination sud-africaine.
Il y a des victoires qui sonnent comme des épillogues, et d'autres qui ressemblent à des prologues. Celle du Mamelodi Sundowns dimanche au Maroc, face à l'AS FAR Rabat, appartient à la première catégorie : elle scelle une hégémonie, elle ne l'inaugure pas. Les Sud-Africains ont remporté leur troisième titre de Ligue des Champions africaine, confirmant ainsi que l'équilibre des forces sur le continent s'est lentement cristallisé autour de quelques mastodontes urbains capables de transformer la prospérité économique en puissance sportive.
Quand Pretoria écrase les ambitions marocaines
L'AS FAR, le club de la capitale marocaine, avait cru à son heure de gloire. En Afrique du Nord, on avait parlé d'une renaissance, d'une équipe capable de déranger l'ordre établi par Johannesburg et ses rivales du continent. Le match aller, remporté par Sundowns à domicile, aurait dû sonner comme un avertissement. Beaucoup l'ont pris pour une fausse alerte. Dimanche, il a fallu se rendre à l'évidence : Sundowns ne souffre pas de faiblesses, elle souffre de concurrents insuffisants.
La domination sud-africaine en CAF ne date pas d'hier. Kaizer Chiefs et Orlando Pirates ont longtemps régné sans partage sur les compétitions continentales. Mais ces dernières années, c'est Sundowns qui s'est imposée comme la machine à gagner. Trois titres en quatre participations à la finale, c'est le ratio d'une équipe qui a compris comment transformer l'argent en victoires sans créer de résistances politiques internes. Ce n'est pas du jeu spectaculaire. C'est de l'efficacité industrielle appliquée au ballon rond.
La route de Fez, un détail prophétique
Que Rabat ait accueilli la manche retour change peu à la mécanique du résultat. Dans une finale aller-retour, c'est l'équilibre global qui prime, et Sundowns avait déjà posé ses conditions en Afrique du Sud. Jouer en terre marocaine aurait pu constituer un avantage marginal, le genre de détail que les équipes d'Europe occidentale savent exploiter. Mais Sundowns n'est pas une équipe qui se laisse intimider par la géographie. Elle impose son rythme, sa possession, son aversion au doute. C'est ce qui la rapproche des grandes équipes européennes, même si elle joue sur un continent où la compétition reste fragmentée, parsemée de crises institutionnelles et de difficultés économiques que seules quelques villes peuvent surmonter.
L'AS FAR, malgré son statut de formation militaire dotée de moyens importants, n'a jamais trouvé la faille. Sundowns possède dans ses rangs des joueurs habitués à gérer les pressure situations, des éléments qui ont connu l'Afrique du Sud même quand elle était isolée du monde, quand seul le football servait d'exutoire. Cette mémoire collective, c'est un avantage invisible mais décisif. Les Marocains, eux, naviguaient en eaux moins familières, cherchant à écrire une histoire nouvelle là où Sundowns venait consolider un héritage.
L'Afrique du Sud construit son empire continental
Au-delà du simple résultat, cette finale illustre un phénomène plus large. L'Afrique du Sud, géant économique du continent, commence à traduire sa puissance financière en domination sportive. Sundowns n'est plus un club sud-africain qui gagne occasionnellement. C'est un club sud-africain qui gagne régulièrement, systématiquement, avec la tranquillité de celui qui sait que ses ressources lui permettront de combler les lacunes tactiques par la qualité brute des effectifs.
Cela ne plaît pas à tout le monde, naturellement. Dans les médias africains, on murmure déjà que le football continental reste structurellement inégal, que certains clubs peuvent investir sans limite quand d'autres font tourner des académies avec des bouts de ficelle. C'est vrai. Mais c'est aussi la condition sine qua non de tout sport collectif dès qu'on sort du cadre des sélections nationales. Sundowns joue le jeu du capitalisme sportif mieux que ses rivales. Et le dimanche, au Maroc, cela s'est vu.
La question qui se pose maintenant concerne la réaction des autres puissances africaines. Le Raja Casablanca aura-t-il les moyens de rivaliser ? Aller Cairo reviendra-t-elle au premier plan ? Pirates réussira-t-elle à se remettre de ses crises internes ? Pour l'instant, Sundowns s'en fiche. Elle a sa troisième couronne continentale. Elle peut se permettre de sourire en attendant l'été 2024, quand elle se lancera dans une nouvelle quête aux couleurs marocaines.