Jean-Jacques Ndala arbitrera la finale aller de la Ligue des champions CAF entre l'AS FAR et les Sundowns. Le choix ravive les tensions autour de l'impartialité dans les compétitions africaines.
L'Afrique du football a trouvé son nouveau bouc émissaire. Et il arbore un sifflet. Moins de deux ans après avoir déclenché une crise diplomatique lors de Maroc-Sénégal en Coupe d'Afrique des Nations, Jean-Jacques Ndala réalimente la machine à polémiques. Cette fois, la Confédération africaine de football l'envoie arbitrer la finale aller de la Ligue des champions CAF, le 24 mai au Stade de Marrakech, entre l'AS FAR et les Mamelodi Sundowns.
Les cris d'orfraie ne se sont pas fait attendre. Le club marocain a aussitôt brandi ses protestations, craignant une répétition du scénario de Douala. On se souvient : penalty litigieux accordé, décisions qui sentaient la partialité, un arbitrage qui avait failli coûter à Hassan VI une médaille olympique à sa nation. Trois ans plus tard, la plaie n'est toujours pas cicatrisée.
Alors pourquoi la CAF persiste-t-elle ? Et surtout, comment un arbitre sanctionné par l'opprobre international peut-il continuer à diriger les plus grands rendez-vous du continent ?
Pourquoi la CAF a-t-elle choisi Ndala malgré le précédent ?
Officiellement, tout est dans les dossiers. La CAF fonctionne selon des critères bien huilés : classement des arbitres, notation après chaque match, évaluations techniques. Ndala figure toujours parmi les noms qualifiés pour les grandes affiches. Et techniquement, il n'a jamais été suspendu ou révoqué pour l'incident du Cameroun. Les rapports d'observation ont noté ses erreurs, certes, mais dans le flou des procédures continentales, il n'y a pas eu de sanction formelle.
C'est justement là que réside le malaise. La CAF n'a jamais vraiment tranché. Elle a préféré laisser le temps passer, espérant que les murs de la mémoire collective absorberaient les scandales. Sauf qu'en Afrique, on n'oublie pas les décisions qui changent des destinées. Les réseaux sociaux gardent une mémoire éternelle, et chaque nouvelle désignation devient une sentence relue mille fois.
Selon nos sources, plusieurs arbitres du même niveau auraient pu être sollicités pour cette finale. Des hommes sans ce lourd passif, susceptibles d'arbitrer sereinement. Leur absence du communiqué officiel pose une question implicite : la CAF a-t-elle voulu envoyer un message de confiance envers Ndala, ou simplement opéré par routine administrative ?
L'AS FAR peut-elle vraiment contester sans déraper ?
Ici commence le dilemme du club marocain. Protester, c'est logique. Nécessaire, même. Mais comment faire sans être accusé de mauvaise foi ? Dans l'imaginaire collectif africain, demander un changement d'arbitre porte l'odeur de l'arrogance occidentale, de ces clubs européens qui font la moue quand un référé latino-américain ou africain siffle pour eux.
L'AS FAR marche donc sur un fil. Critiquer Ndala, c'est défendre l'intégrité du match. Mais le formuler maladroitement, c'est s'attirer les foudres de la presse panafricaine, qui adorait critiquer les Marocains lors de Maroc-Sénégal pour leur défaitisme supposé.
En réalité, le club de Casablanca tient un argument de poids : les précédents comportements arbitraux de Ndala dans les rencontres à enjeu. Il ne s'agit pas d'une chasse aux sorcières, mais d'une évaluation factuelle. Quelque 6 décisions majeures décriées au cours de ses trois derniers mois aux commandes d'une grande compétition devraient justifier un coup de frein.
La CAF perdra-t-elle sa crédibilité si elle maintient ce choix ?
Les enjeux dépassent largement une finale de Ligue des champions. C'est l'intégrité du football africain qui se joue. Le continent a déjà dû avaler des pilules amères : des matchs minés par la corruption, des arbitrages opaques, une gouvernance souvent opaque. Chaque nouvelle décision comme celle-ci agit comme un bélier dans les murs de confiance.
Si Ndala arbitre et que tout se passe bien, une stature sera restaurée. Le continent pourra dire : voilà, on a donné une seconde chance, le gars a élevé son niveau. Mais si un incident majeur survient, la CAF aura commis une faute inexcusable. Elle aura validé publiquement que les scandales n'ont pas de conséquence.
Et c'est là que gît le vrai problème. La Confédération africaine de football a historiquement manqué de transparence dans sa gestion des crises arbitrales. Jamais de communication claire, jamais d'explication publique sur les critères d'évaluation. Les arbitres restent des figures mystérieuses, presque des prêtres intouchables. Cette opacité nourrit les doutes, puis les accusations.
Avec la Ligue des champions africaine qui tente de regagner en prestige face aux compétitions continentales rivales, le timing est calamiteux. Les Sundowns, champion en titre, méritaient mieux. L'AS FAR aussi. Et surtout, le football africain méritait une CAF qui montre patte blanche.
À dix jours du coup d'envoi, la tension grimpe. Ndala aura pour tâche non seulement de diriger un match, mais de laver l'ardoise. C'est une charge impossible. Soit il fera preuve d'une perfection surhumaine et on parlera de rédemption forcée. Soit le doute persistera, aggravé encore. La CAF devrait comprendre que certains noms ne peuvent pas être réhabilités par un simple match. Mais comprendre, c'est déjà trop demander à une institution qui fonctionne à coups de non-dits.