Le match amical prévu le 3 juin aux États-Unis entre le Maroc et le Salvador est annulé. Les Lions de l'Atlas doivent revoir leur préparation au Mondial.
Préparer une Coupe du monde, c'est un art en soi. Et les imprévus font partie de la partition. La Fédération Royale Marocaine de Football vient d'en faire l'expérience à ses dépens : le match amical programmé le 3 juin aux États-Unis contre le Salvador n'aura pas lieu. Une annulation qui tombe mal, à quelques semaines d'un Mondial que le Maroc aborde avec des ambitions clairement affichées depuis le parcours épique de Qatar 2022.
Un calendrier de préparation qui se disloque avant même d'avoir vraiment commencé
Le timing est frustrant. La sélection marocaine construisait sa préparation sur deux rendez-vous amicaux complémentaires — la Norvège d'abord, le Salvador ensuite — pour monter en régime avant le grand soir. Voilà que le second tombe à l'eau, pour des raisons qui n'ont pas encore été officiellement détaillées par l'une ou l'autre fédération. Ce genre d'annulation, souvent liée à des problèmes logistiques, des désaccords de dernière minute sur les conditions financières ou des contraintes d'agenda des joueurs de MLS, est plus fréquent qu'on ne le croit dans le football international.
Ce qui est certain, c'est que Walid Regragui se retrouve avec un trou dans son planning. L'entraîneur des Lions de l'Atlas sait mieux que quiconque la valeur d'un match de préparation bien calibré. Après avoir transformé le Maroc en véritable phénomène footballistique lors du dernier Mondial — premier pays africain de l'histoire à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde — il n'a aucune envie de laisser la moindre variable au hasard. Surtout pas celle du rythme et de la cohésion collective.
Le Salvador n'était pas un adversaire choisi par hasard. Certes, la sélection centraméricaine n'est pas une puissance mondiale — elle pointe autour de la 70e place au classement FIFA — mais elle représentait un profil tactique intéressant pour tester certains automatismes dans un contexte géographique particulier : les États-Unis, pays hôte du prochain Mondial avec le Canada et le Mexique. S'entraîner à évoluer sur ces terres, dans ces stades, avec ce climat, cela fait partie de la préparation invisible que les staffs techniques ne négligent jamais.
La longue histoire des matchs amicaux qui ne se jouent pas
L'histoire du football international est pavée de rencontres fantômes. En 2014, plusieurs sélections avaient vécu des annulations de dernière minute avant de partir au Brésil. L'Algérie de Vahid Halilhodžić — qui terminera en huitièmes de finale face à l'Allemagne après une prolongation restée dans les mémoires — avait elle aussi reconfiguré sa préparation après un désistement d'adversaire. Cela ne l'avait pas empêchée de réaliser l'un des plus beaux parcours africains de cette décennie-là.
Le Maroc, lui, a une relation particulière avec les matchs de préparation depuis quelques années. Sous Regragui, la sélection a appris à travailler dans l'adversité et dans l'incertitude. C'est presque devenu une marque de fabrique. À Qatar 2022, les Lions de l'Atlas n'avaient pas été considérés comme favoris dans leur groupe — face à la Belgique, la Croatie et le Canada — et avaient terminé premiers avec une solidité défensive qui avait sidéré les observateurs les plus expérimentés. Quatre buts encaissés en sept matchs lors du tournoi, dont deux sur coups de pied arrêtés contre la France en demi-finale. Un bilan qui parle pour lui-même.
Reste que la préparation idéale, c'est celle qui permet de tester des solutions, de faire tourner l'effectif, de donner du temps de jeu à ceux qui en manquent dans leurs clubs. Un match de moins, c'est autant de questions qui restent sans réponse avant l'entrée dans le vif du sujet. Et dans un tournoi où chaque détail peut peser, cette équation-là mérite attention.
Trouver un remplaçant, vite, mais lequel
La Fédération Royale Marocaine de Football va donc devoir activer ses réseaux pour trouver un adversaire disponible début juin, aux États-Unis ou à défaut ailleurs. Le marché des matchs amicaux internationaux fonctionne un peu comme celui des agents libres en NBA : quand une fenêtre s'ouvre, il faut réagir vite, car les équipes disponibles et de qualité suffisante se comptent sur les doigts d'une main à cette période de l'année.
Plusieurs options existent. Des sélections de la CONCACAF qui ne se qualifient pas pour le Mondial pourraient être disponibles — le Panama, le Costa Rica ou la Jamaïque ont des profils physiques et athlétiques qui pourraient intéresser Regragui pour travailler sa défense sous pression. Des équipes africaines en déplacement aux États-Unis représentent aussi une piste. La fenêtre internationale de juin est courte et les clubs européens libèrent leurs joueurs au compte-gouttes, ce qui complique encore l'organisation logistique.
Ce qui est remarquable, c'est la manière dont la communication autour de cette annulation a été gérée — ou plutôt l'absence de communication. Ni la FRMF ni la fédération salvadorienne n'ont publié de communiqué officiel circonstancié à l'heure où ces lignes sont écrites. Ce silence en dit long sur la nature des négociations qui ont tourné court. Dans le football moderne, les matchs amicaux sont aussi des opérations commerciales, avec des droits TV, des revenus billetterie, des partenariats locaux. Quand l'un des partenaires se retire, il y a souvent un contentieux financier sous-jacent.
Walid Regragui et son staff ont de toute façon prouvé qu'ils savent faire avec ce qu'ils ont. Le vrai test pour le Maroc, ce ne sera pas ce match amical manqué, mais la capacité à maintenir la même intensité compétitive et la même cohérence tactique que lors de Qatar 2022 — voire à progresser encore. Les Lions de l'Atlas ont désormais des attentes qui pèsent sur leurs épaules, et c'est peut-être ça, la vraie préparation mentale. Trouver un adversaire pour le 3 juin, c'est urgent. Mais continuer à construire une identité de jeu capable de rivaliser avec les meilleures nations mondiales, c'est l'enjeu de fond. Et celui-là, aucune annulation de dernière minute ne peut le compromettre.