Carlo Ancelotti prépare le retour de Neymar en sélection pour 2026. Christophe Dugarry et d'autres pointent les risques d'une star vieillissante qui monopoliserait les ressources de la Seleção.
Trois ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour que Carlo Ancelotti envisage sérieusement le retour de Neymar en équipe nationale brésilienne. Le technicien italien, nommé sélectionneur en juin dernier, n'a pas attendu longtemps avant de relancer la machine à rêves du Paris Saint-Germain version Santos. Problème : cette décision fait couler de l'encre bien au-delà des frontières brésiliennes, et Christophe Dugarry ne cache pas son malaise.
L'ancien attaquant français, habitué à donner son avis sans détour sur les plateaux de RMC Sport, a exprimé ses réserves sur une convocation qui pourrait transformer la Coupe du Monde 2026 en dernière danse pour une star dont le capital physique s'érode. À 34 ans en 2026, Neymar ne sera plus le dribbleur infernal des années 2010. Mais pour Ancelotti, le calcul semble simple : un Neymar à 80 % vaut mieux qu'une jeunesse incertaine.
Pourquoi Ancelotti parie-t-il sur un Neymar déclinant?
Le sélectionneur brésilien affronte une équation délicate. La Seleção n'a remporté aucune Copa America depuis 2007, et sa dernière Coupe du Monde remonte à 2002. Le Brésil doit se réinventer sans incarner un passé mythique. Ancelotti, qui a remporté trois Ligues des champions avec quatre clubs différents, sait d'expérience que les grands tournois se gagnent avec du sang-froid, de l'expérience et une autorité morale. Neymar incarne tout cela, malgré ses blessures récurrentes et ses déboires à Al-Hilal.
Le PSG a compté sur un Neymar régulièrement absent des terrains ces dernières saisons. Ses passages à Santos depuis 2023 lui ont permis de rejouer, certes, mais loin de l'intensité européenne. Ancelotti connaît pourtant les forces cachées de ce joueur : quand il est frais, concentré, et entouré d'une équipe bâtie pour lui servir de support, Neymar transforme les matchs. En Coupe du Monde, où les phases de groupes permettent une progression progressive, ce pari stratégique a une logique.
Mais il y a un revers à cette médaille. Convoquer Neymar, c'est aussi bloquer des places précieuses pour les jeunes talents qui éclosent en Ligue 1, en Serie A ou en Premier League. Rodrygo Goes, Vinícius Júnior et Endrick constituent une nouvelle génération d'ailes et d'ailiers qui commencent à peser sur les plus grands championnats européens. Les intégrer massivement aurait pu être le projet de reconstruction. Ancelotti choisit un hybride : garder la maestria passée tout en se projetant vers l'avenir.
Dugarry incarne-t-il une crainte légitime ou du purisme?
Dugarry ne critique pas Neymar en tant qu'homme ou talent passé. Son malaise provient d'une question davantage philosophique : jusqu'où laisser une légende vieillissante monopoliser les ressources mentales et tactiques d'une nation? L'ancien Bordelais a vu trop de transitions ratées dans le football pour ne pas lever un sourcil. Pour lui, chaque place en sélection pour un tournoi majeur est un investissement, pas une nostalgie.
Les craintes sont mesurables. Lors de ses dernières apparitions, Neymar a montré des failles défensives qui n'existaient pas avant. Ses blessures successives ont laissé des traces. Et puis il y a la question de l'autorité du groupe. Un ancien patron qui revient après trois ans d'absence risque de créer des tensions avec les joueurs qui ont porté les couleurs brésiliennes durant cette période. Certains auront l'impression d'avoir creusé pendant que le grand retour se prépare.
Mais Dugarry omet aussi quelque chose : Neymar à la Coupe du Monde 2022 au Qatar avait affiché une détermination retrouvée. Il n'a pas demandé à partir, il aurait pu se retirer avant. Cette faim, cette envie d'écrire un dernier chapitre peut transformer un effectif. Quatre ans plus tard, Ancelotti pense que cette faim existe toujours. Les réserves françaises et internationales oublient parfois que les plus grands champions se nourrissent de ces dernières occasions.
La décision d'Ancelotti aura-t-elle des échos en dehors du Brésil?
Le débat a dépassé les frontières brésiliennes parce qu'il pose une question universelle : comment gérer la succession d'une légende? En Allemagne, la retraite de Manuel Neuer a créé un vide. En Argentine, Diego Maradona n'a jamais pu passer le relais sereinement. En France, la transition post-Zidane a demandé des années. Ancelotti ne veut pas d'une rupture nette. Il construit un pont.
Cette approche séduit certains observateurs. Pourquoi priver la sélection d'un élément capable de débloquer des situations figées, même si son apport physique décroît? D'autres y voient un manque de courage, une incapacité à trancher. Dugarry appartient à la deuxième catégorie. Il pense qu'une nation, surtout une nation footballistique comme le Brésil, doit se projeter en avant sans regarder en arrière.
Les prochains matchs amicaux de la Seleça donneront des indices. Si Neymar joue, à quel poste? Avec qui? Comment Ancelotti le replace-t-il dans un système moderne? Ces réponses auront un poids considérable dans l'opinion mondiale. Le journalisme sportif français, par la voix de ses observateurs avertis, continuera de scruter cette décision. Parce qu'au final, la Coupe du Monde 2026 se jouera sur le terrain, pas dans les studios. Neymar renaîtra ou il confirmera son déclin. Ancelotti parie sur la première option. Dugarry craint la seconde.