Première Coupe du Monde de son histoire, la Jordanie hérite d'un tirage infernal aux côtés de l'Argentine et l'Autriche. Une mission quasi impossible pour les débutants.
La Jordanie découvrira la Coupe du Monde comme on découvre la haute montagne : en se retrouvant d'emblée au-dessus de ses forces. Le tirage au sort n'a pas été clément avec les Jordaniens, reléguant à un rôle de figurant cette nation qui foule pour la première fois le plus grand théâtre du football planétaire. Aux côtés de l'Argentine de Lionel Messi, de l'Autriche et de l'Algérie, les hommes de Jamal Sellami vont devoir écrire une bien belle histoire pour ne pas faire les frais de cet appariement impitoyable.
Un groupe de l'horreur pour des apprentis sorciers
Regardez ce groupe. Regardez-le vraiment. L'Argentine championne du monde en titre, reconnaissable à ses trempes de champion et son expérience millénaire dans les grands rendez-vous. L'Autriche, candidate crédible aux places de qualification, dotée d'une solidité défensive que seule l'Europe peut distiller. Et l'Algérie, équipe qui respire l'Afrique du Nord avec une certaine malveillance dans les tacles. La Jordanie, elle, arrive en tailleur pour une soirée en baskets — décalée, presque honteuse de son inexpérience.
Cela dit, ce que subit la Jordanie n'est pas nouveau dans l'histoire des petits. Des équipes modestes ont connu pire. Le Pays de Galles, à Russie 2018, s'était retrouvé face à l'Espagne et au Portugal. Les Grecs de 2004 avaient hérité de la France championne d'Europe. L'histoire est pleine de cas où la modestie a su surprendre, mais aussi de centaines où elle s'est écrasée en silence.
Pour Jamal Sellami, entraîneur marocain d'expérience qui a connu les affres des petites nations africaines, la tâche relève du défi existentiel. La Jordanie, avec un classement FIFA qui oscillait autour de la 65e place avant ce tirage, doit soudain marcher dans les pas de géants. L'Autriche occupe habituellement le top 10 européen, l'Argentine domine son continent depuis des années, et l'Algérie reste une puissance relationnelle du football africain malgré ses hauts et bas.
Le scénario qui attend les Jordaniens ressemble à ceci : trois matchs, probablement trois défaites, zéro point au compteur et un retour à la maison avec des histoires de David face à Goliath. Statistiquement parlant, seule une équipe très faible sur ses trois dernières éditions mondiales a réussi à marquer au moins quatre buts dans ce type d'environnement de groupe. La Jordanie devra creuser très profond pour ne pas rejoindre la longue liste des nations qui ont eu l'honneur sans en avoir les moyens.
- La Jordanie dispute sa première Coupe du Monde de l'histoire en 2026
- Classement FIFA pré-tirage : environ 65e place mondiale
- L'Autriche gère généralement entre la 9e et 15e place européenne
- Quatre équipes seulement en phase de poule ont remporté au moins un match depuis 2010 avec un écart de classement supérieur à 35 places
Une qualification en terre inconnue, un rêve très cher
Et pourtant. Il y a dans le regard des petites nations quelque chose d'indéfinissable. Quand la Jamaïque s'est qualifiée pour la Coupe du Monde en 1998, le pays tout entier a célébré comme s'il venait de remporter le trophée. Quand le Costa Rica a émergé du groupe en 2014, il y a eu une onde de choc sportive en Amérique centrale. La Jordanie pourrait bien nourrir le même genre de rêves irrationnels, ceux qui survivent face aux statistiques.
Sellami, qui a dirigé des sélections africaines, connaît le prix de chaque minute à ce niveau de compétition. Son travail préparatoire, qui commencera bien avant novembre 2026, devra se concentrer sur trois axes : l'imperméabilité défensive, car concéder six buts chacun face à l'Argentine et l'Autriche serait normal, l'exploitation des brèches — et il y en aura — et la gestion mentale des désillusions. Les petits nations qui réussissent sont celles qui acceptent d'être petites sans accepter de disparaître.
Peut-être que la Jordanie trouvera une faille chez une équipe en transition. Peut-être que l'Algérie, imprévisible comme elle l'a toujours été, vacillera. Peut-être que le sport permettra un de ces miracles dont il est l'inventeur. Mais même sans qualification, cette présence elle-même — ce saut dans l'inconnu depuis le Moyen-Orient — restera gravée comme un événement majeur pour un football qui s'étend enfin géographiquement au-delà de ses terres de tradition.
La Jordanie n'est pas condamnée à perdre ses trois matchs. Elle est juste condamnée à contre-attaquer dans un groupe où personne n'attend rien d'elle. Parfois, c'est dans ces configurations-là que naissent les plus belles surprises.