La sélection saoudienne dévoile son groupe de 26 pour le Mondial américain. Quatre ans après le fiasco de 2022, elle affronte l'Espagne, l'Uruguay et le Cap-Vert dans un groupe H sans pitié.
Saud Abdulhamid sera du voyage. Le défenseur d'Al Hilal figure parmi les 26 joueurs retenus par la sélection saoudienne pour affronter le défi monumental du Mondial 2026. Un groupe affûté, censé enfouir les cendres du désastre qatari. Car c'est bien de cela qu'il s'agit pour l'Arabie saoudite : tourner la page. Il y a quatre ans, les Verts s'étaient effondrés après une entrée fracassante contre l'Argentine. Trois matchs, zéro point. Un naufrage qui s'était gravé dans les murs de Riyad comme une marque au fer rouge.
Dans le groupe H, la messe sera dite vite
Regardez le tirage au sort : l'Espagne, l'Uruguay, le Cap-Vert. Voilà le conte de fées que le football a écrit pour les Saoudiens. Les Espagnols possèdent une génération dorée en pleine maturité, l'Uruguay conserve ses crocs et ses bras longs, le Cap-Vert joue les faire-valoir. La réalité frappe d'emblée. L'Arabie saoudite n'aura pas de deuxième chance pour respirer. Dès le coup d'envoi face à l'une des deux cadors du groupe, la pression sera maximale.
Le sélectionneur saoudien connaît la partition par cœur. Sortir du groupe. Un objectif qui a le goût de l'impossible tellement la configuration semble hostile. Depuis 1994, l'Arabie saoudite n'a dépassé les poules qu'une fois en Coupe du monde. Une fois. En 1994 précisément. Trente-deux ans. Une génération entière sans succès. Et cette blessure collective pèse lourd.
Abdulhamid et les cadres du noyau dur
Abdulhamid incarne cette transition entre l'amertume et l'espoir. Le latéral gauche joue depuis 2022 à Al Hilal, club qui dominait largement la scène asiatique ces deux dernières saisons. Il apporte de l'expérience continentale, cette denrée rare en sélection saoudienne. Autour de lui gravitent les cadres habituels : les joueurs évoluant en Saudi Pro League, cimentés par trois années de construction collective depuis le Mondial qatari.
Cette sélection a appris au fil des matches amicaux que la mentalité serait déterminante. Trois victoires en cinq rencontres de préparation avant la compétition. Des chiffres rassurants sur le papier, insuffisants pour impressionner les observateurs du foot mondial. Le groupe saoudien sait que contre l'Espagne ou l'Uruguay, les marges de progression seront microscopiques. Chaque erreur défensive, chaque ballon perdu en milieu de terrain, chaque occasion manquée sonnera comme un couperet.
La quête de cohésion dans l'incertitude
Ce qui tracasse vraiment les analystes, c'est la capacité du groupe à jouer à l'échelon mondial. La Saudi Pro League s'est enrichie de noms prestigieux, mais elle reste un championnat fermé. Les cadres saoudiens évoluent peu en Europe, là où la compétition forge les caractères. Abdulhamid joue sous climat tropical, sur des pelouses bien différentes des champs de bataille européens. Tout le groupe baigne dans cet univers clos. C'est une force collective quant à la compréhension commune, c'est une faiblesse majeure quant à la projection internationale.
Pourtant, nul ne peut nier la détermination affichée par la fédération saoudienne depuis quatre ans. Les investissements massifs dans le championnat visaient aussi à créer un laboratoire pour la sélection. Des matchs de Coupe d'Asie ont permis de tester de nouvelles combinaisons. Les jeunes ont progressé, les expérimentés ont vieilli mais conservé le leadership. C'est un mélange équilibré, en théorie.
Mais la théorie s'arrête quand on regarde l'Espagne. La Roja possède une longueur d'avance, voire plusieurs. L'Uruguay n'a jamais renoncé à son statut de petit monstre tactique. Face à des adversaires de ce calibre, sans la moindre marge d'erreur, l'Arabie saoudite joue son va-tout à chaque match. Pas de demi-mesure. Pas de match de transition.
Abdulhamid et ses compagnons savent qu'ils font partie d'une génération de transition. Le Mondial 2026 marquera soit le point de départ d'une nouvelle compétitivité saoudienne, soit la confirmation d'un plafond de verre bien établi. Dans le groupe H, il n'y a pas de match de préparation. Pas de seconde chance. Juste la Coupe du monde, comme elle a toujours été : impitoyable, exigeante, incontournable pour ceux qui rêvent de laisser une trace.