Le sélectionneur français de 57 ans a été démis de ses fonctions à la tête de l'équipe nationale saoudienne, mettant fin à une aventure aussi inattendue que scrutée.
Il avait retourné l'Afrique avec la Zambie et la Côte d'Ivoire, fait trembler l'Argentine en Coupe du monde avec l'Arabie saoudite, puis tenté l'expérience française avec les Bleues. Et voilà qu'Hervé Renard se retrouve, à 57 ans, sans banc de touche pour la première fois depuis longtemps. La Fédération saoudienne de football a mis fin à son contrat de sélectionneur, malgré des signaux qui laissaient entendre le contraire ces dernières semaines. Un retournement brutal, dans un pays où les décisions tombent vite et sans préavis.
Le paradoxe d'un entraîneur trop grand pour le contexte
Rappelons le film. Hervé Renard avait quitté l'équipe de France féminine à l'été 2023, après avoir mené les Bleues jusqu'en quarts de finale de la Coupe du monde australienne, pour reprendre la sélection saoudienne qu'il avait déjà entraînée entre 2019 et 2022. Un retour aux sources pétrolières, quelques mois seulement après l'exploit historique contre l'Argentine lors du Mondial qatari — une victoire 2-1 qui reste l'une des plus grandes surprises de l'histoire récente de la compétition. L'objectif affiché était clair : qualifier les Faisans Verts pour la Coupe du monde 2026, organisée en Amérique du Nord.
Sauf que les qualifications asiatiques ont vite montré leurs limites. L'Arabie saoudite, engagée dans le troisième tour de la zone AFC, évolue dans un groupe relevé face à des sélections comme le Japon ou l'Australie. Les résultats ont été insuffisants. Pas catastrophiques — la qualification reste mathématiquement accessible — mais insuffisants au regard des attentes d'une fédération qui baigne dans les pétrodollars et qui a clairement signifié, depuis le rachat de clubs et l'arrivée de Cristiano Ronaldo en Saudi Pro League, qu'elle entend peser sur la scène mondiale. Dans ce contexte, Renard payait peut-être moins ses résultats sportifs que l'impatience d'un système qui carbure à la disruption permanente.
Il y a quelque chose d'assez kafkaïen dans ce licenciement. L'homme avait été maintenu après des résultats mitigés, des discussions avaient eu lieu pour prolonger l'aventure, et c'est finalement la hache qui tombe. Comme si la décision avait été prise ailleurs, dans une logique qui dépasse le simple tableau des points. En Arabie saoudite, le football est désormais un outil géopolitique autant qu'un sport. Et dans ce type d'équation, les techniciens, même les plus titrés, restent des variables d'ajustement.
- 2 Coupes d'Afrique des Nations remportées comme sélectionneur (Zambie 2012, Côte d'Ivoire 2015)
- 1 victoire historique contre l'Argentine lors du Mondial 2022 (2-1), seule défaite des Argentins dans la compétition
- Qualification automatique pour la Coupe du monde 2026 : 6 billets directs attribués à la zone AFC
- Saudi Pro League : plus de 900 millions d'euros investis dans les transferts depuis 2023
Un CV XXL qui devrait susciter des appels dès cet été
Hervé Renard ne chômera pas longtemps. Son palmarès est l'un des plus atypiques du football mondial — deux CAN avec deux nations différentes, c'est une performance que même des coachs bien plus célébrés n'ont pas accomplie. Didier Deschamps lui-même n'a jamais remporté un titre continental avec une sélection qu'il n'aurait pas construite de longue date. Renard, lui, a cette capacité à créer une dynamique de groupe très vite, à fédérer des joueurs autour d'une identité collective forte. C'est son vrai talent, plus que les systèmes tactiques.
Alors, la question qui agite déjà les couloirs du football international est simple : où va-t-il atterrir ? Plusieurs pistes méritent d'être envisagées sérieusement. Une sélection africaine, d'abord — son terrain de jeu historique, où il jouit d'un respect immense. Le Maroc, qualifié pour le Mondial 2026 et en reconstruction après le départ de Walid Regragui dans un scénario hypothétique, aurait tout pour lui plaire. Mais des nations comme le Sénégal ou l'Égypte pourraient également entrer dans la danse si des mouvements se produisent dans les prochains mois.
Il y a aussi une option européenne à ne pas écarter. Renard a prouvé avec les Bleues qu'il pouvait gérer la pression médiatique française et tenir un vestiaire de haut niveau. Certains clubs de Ligue 1 cherchent régulièrement des profils capables d'apporter une dimension internationale à leur projet. Et puis, il y a ce marché du Golfe qui ne se ferme jamais vraiment — d'autres fédérations arabes suivent le modèle saoudien et recrutent des techniciens européens à prix d'or.
Ce qui est certain, c'est que ce licenciement ne ressemble pas à une fin de cycle. Renard n'a pas 70 ans, il n'a pas raté une Coupe du monde ou été humilié en huitième de finale. Il quitte l'Arabie saoudite avec un bilan discutable mais pas déshonorant, dans un contexte où la pression institutionnelle est telle que même Carlo Ancelotti, pressenti pour le poste de sélectionneur du Brésil tout en entraînant le Real Madrid, finit par renoncer à certains projets. Le football des grandes sélections est devenu un jeu d'échecs géopolitique où les entraîneurs sont des pièces, pas des rois.
Reste une question, peut-être la plus intéressante : Renard a-t-il encore envie des sélections nationales, avec leur calendrier haché, leurs trêves internationales et leurs pressions fédérales ? Ou va-t-il franchir le pas vers un club, lui qui n'a jamais vraiment emprunté cette voie depuis ses débuts à Gueugnon et à Sochaux au début des années 2000 ? À 57 ans, avec un CV qu'il peut poser sur n'importe quelle table, il a surtout le luxe du choix. C'est peut-être là sa vraie victoire dans cette histoire.