La Real Sociedad s'offre un 4e titre en Coupe du Roi en dominant l'Atlético de Madrid aux tirs au but (2-2, 3-4 t.a.b.), un sacre historique pour le club basque.
Quatre titres en un siècle et demi d'histoire. La Real Sociedad n'est pas un club qui gagne souvent, et c'est précisément ce qui rend cette nuit-là si particulière. Au terme d'une finale haletante, les Txuri-urdin ont résisté à la pression d'un Atlético de Madrid rompu aux grandes batailles pour s'emparer de la Coupe du Roi aux tirs au but — 2-2 au terme du temps réglementaire, 4 à 3 dans l'exercice fatidique. Un scénario qui, dans la mémoire collective du football espagnol, s'écrira en lettres dorées à San Sebastián.
Une finale que l'Atlético semblait tenir avant de lâcher prise
Il y a dans le football des matchs où le score ne raconte qu'une partie de l'histoire. Celle de cette finale de Coupe du Roi ressemble à une tragédie grecque à l'envers — non pas la chute du héros, mais sa résurrection inattendue. L'Atlético de Diego Simeone, entraîneur habitué à transformer les finales en épreuves de survie, a longtemps semblé tenir les rênes d'une rencontre pourtant équilibrée. Leur pressing, leur discipline défensive, leur culture du résultat : tout le logiciel Colchonero était en place.
Mais la Real Sociedad n'a pas tremblé. Portée par un collectif cohérent et une vraie identité de jeu, l'équipe basque a su revenir dans le match à chaque fois que les Madrilènes pensaient avoir fait le plus dur. L'égalisation arrachée en fin de match a tout relancé. Et dans la loterie des tirs au but, c'est la sérénité qui prime sur le palmarès. La Real Sociedad a converti 4 de ses 5 tentatives, quand l'Atlético n'en a réussi que 3. Suffisant pour basculer l'histoire.
Il faudra analyser les séquences une par une pour comprendre ce qui s'est joué psychologiquement dans ces instants. Ce qu'on sait déjà, c'est que Simeone n'est pas coutumier de ces défaites sur penalty — l'Atlético a une réputation d'équipe qui sait souffrir et qui gagne les batailles d'usure. Cette fois, San Sebastián a eu le dernier mot.
Un club basque aux grandes ambitions, une Coupe du Roi dans les veines
Pour comprendre ce que représente ce trophée pour la Real Sociedad, il faut remonter aux années glorieuses du football basque. Le club a connu son âge d'or au début des années 1980, quand sous l'impulsion d'Alberto Ormaetxea et avec des joueurs comme Jesús María Satrústegui ou Zamora, les Txuri-urdin régnaient sur la Liga, soulevant le titre deux années consécutives en 1981 et 1982. Une époque révolue, mais jamais oubliée.
La Coupe du Roi, elle, avait été remportée pour la dernière fois en 1987. Trente-huit ans de disette dans cette compétition — une éternité dans le calendrier d'un club qui a toujours voulu se hisser parmi les grands sans pour autant disposer des ressources financières des mastodontes madrilènes ou barcelonais. La Real Sociedad incarne ce football de province qui s'assume, qui forme ses joueurs, qui construit sur le long terme.
L'ère Imanol Alguacil a relancé les ambitions. Depuis son arrivée sur le banc en 2018, l'entraîneur basque — lui-même ancien joueur du club — a méthodiquement rebâti une identité. Qualification en Ligue des Champions, beau parcours en Europa League, régularité en Liga. Le projet tient. Et cette Coupe du Roi en est la consécration la plus visible, celle qui s'expose dans les vitrines et s'imprime dans les mémoires. Elle est aussi, dans une certaine mesure, la récompense d'un modèle qui refuse les raccourcis.
Pour l'Atlético, une défaite qui pose des questions sur la saison à venir
L'Atlético de Madrid repart sans trophée, et c'est un signal que Diego Simeone ne peut pas ignorer. Le club de la capitale espagnole vit une période charnière. Les grands équilibres du football madrilène — Real dominant, Atlético challenger permanent — semblent de plus en plus complexes à tenir face à une concurrence européenne qui s'intensifie et des effectifs en constante évolution.
Perdre une finale aux tirs au but ne remet pas fondamentalement en question un projet. Mais cela révèle des fragilités. L'Atlético n'a pas remporté de titre majeur depuis la Liga 2020-2021, une sécheresse inhabituelle pour un club qui a habitué son public aux succès réguliers sous l'ère Simeone. La Liga n'a pas souri aux Colchoneros cette saison, et la Coupe du Roi était peut-être leur dernière chance de sauver l'exercice sur le plan des récompenses concrètes.
La question de la succession ou du renouvellement au sein du staff et de l'effectif sera inévitablement posée cet été. Simeone est un monument, mais même les monuments finissent par être questionnés quand les podiums se raréfient. Les noms circuleront, les rumeurs aussi. L'Atlético doit se réinventer sans trahir ce qui l'a rendu grand — cette alliance entre rigueur collective et caractère compétitif qui a fait de lui une référence dans toute l'Europe pendant une décennie.
Pour la Real Sociedad, le chemin qui s'ouvre est celui de la confirmation. Gagner un titre, c'est bien. Montrer que ce n'était pas un accident, c'est mieux. Le club basque a désormais quelque chose à défendre, une légitimité nouvelle à incarner. Dans un football espagnol où tout va vite — les transferts, les projets, les désillusions —, la solidité d'un modèle comme celui de San Sebastián mérite d'être regardée de près. Imanol Alguacil a transformé une ville passionnée en véritable force sportive. Ce quatrième titre en Coupe du Roi n'est peut-être que le début d'un nouveau cycle.