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Le sport français vit sa belle revanche, mais refuse toujours de la crier

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Sport Business Mag

Pendant que la France accumule les victoires en cyclisme, athlétisme et biathlon, nos champions restent des héros silencieux. Pourquoi cette discrétion devient un problème.

Le sport français vit sa belle revanche, mais refuse toujours de la crier
Photo par Gabriela Testa sur Unsplash

La victoire discrète d'une nation qui s'ignore

Jimmy Gressier traverse la ligne d'arrivée des 10 000 mètres aux Mondiaux de Tokyo le 14 septembre en 28'55"77. Il devient le premier Français champion du monde sur cette distance depuis que le record existe. Marie-José Pérec en 400 mètres, Kevin Mayer en décathlon - voilà les seuls autres de son acabit. Et pourtant, le lendemain, combien de Français savaient qui était Gressier? Combien avaient vu ses images à la télévision pendant un vrai prime time? Probablement moins que ceux qui ont regardé un débat politique ou un divertissement sans intérêt.

Paul Seixas, 27 ans, rentre dans le top 10 mondial de cyclisme après avoir remporté la Flèche Wallonne et pris la deuxième place sur Liège-Bastogne-Liège, battu seulement par Tadej Pogacar. Un exploit. Un vrai. La presse française l'a couvert, bien sûr, mais comme une info sportive parmi tant d'autres. Pas comme ce qu'elle représente vraiment: un athlète français qui joue désormais au niveau des meilleurs mondiaux, mois après mois.

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Martin Fourcade, lui, récupère un 6e titre olympique - pas par sa participation actuelle, mais par annulation rétroactive du dopage russe confirmée par le CIO le 19 septembre. Le héritage post-olympique, la justice sportive qui rattrape les fraudeurs: encore une belle histoire française. Mais le Grand Slam de Lausanne de patinage de vitesse avec Timothy Loubineaud, l'accélération spectaculaire du roller français - tout cela passe inaperçu aux yeux du grand public.

On ne parle jamais assez fort de nos victoires

Voici le vrai sujet: la France excelle. Pas juste en football, pas juste au tennis, pas juste dans les disciplines où la tradition nous place. Elle excelle en cyclisme aux plus hauts niveaux depuis des années. Elle explose en athlétisme avec une génération capable de battre le monde. Elle brille en biathlon - un sport qu'on croyait verrouillé par les Scandinaves et les Russes. Et nous, on chuchote.

Pendant ce temps, la boxe mondiale reste accaparée par le combat Joshua-Fury en fin d'année sur Netflix. Un affrontement attendu, certes légitime. Mais pourquoi? Parce que Netflix investit, parce que les dollars sont là, parce qu'une plateforme geante décide que c'est incontournable. Et nous, on accepte que nos propres champions soient cantonnés aux heures de seconde zone à la télévision française.

Le problème ne vient pas des athlètes. Gressier, Seixas, Fourcade ne demandent pas plus de battage médiatique. Ils font simplement leur métier au plus haut niveau. Non, le problème vient de nous - les médias, les fédérations, le public français qui préfère regarder une rediffusion de match de foot que de découvrir pourquoi un Français vient de battre les meilleurs 10 000-métriers du monde.

Non, ce n'est pas de l'autosatisfaction sportive

Certains diront: "Arrête, tu exagères. La France a des champions reconnus, elle ne manque pas de visibilité." Techniquement, c'est vrai. Mais comparez avec la couverture médiatique allemande de ses succès en athlétisme, la récupération britannique de chaque victoire aux JO, la machine de communication norvégienne autour de ses biathlètes. Ils ne sont pas plus forts que nous. Ils sont juste plus conscients de la valeur de leurs succès.

Et je ne dis pas ça par nationalisme banal. Je l'observe en tant que journaliste: quand Pogacar gagne Liège-Bastogne-Liège, c'est l'événement du cyclisme. Quand Seixas prend la deuxième place, c'est "une belle performance française". Même podium, même victoire pour nous. Mais pas la même narration. Pas le même respect.

Teddy Riner, champion olympique de Paris 2024, retrouve les tatamis au Grand Slam de Lausanne. Vous savez quoi? Personne n'en parle vraiment. Pas parce que le judo n'intéresse pas, mais parce qu'on a décidé que seule la boxe mondiale méritait les gros titres en ce moment.

La vraie question

Laisse-moi être clair: je n'appelle pas au chauvinisme. Je n'appelle pas à mépriser les autres sports. Je dis juste que nous vivons en France une période de succès athlétiques tranquilles, non-clinquants, mais solides et répétitifs. Et nous les traitons comme des anecdotes. Comme des bonus à côté du "vrai sport".

Gressier mérite une une à Sport Business Mag, comme il l'obtient. Mais il devrait aussi obtenir une place dans les conversations des cafés, dans les débats sportifs télévisés, dans la conscience collective. Pas parce qu'il est français - mais parce qu'il est extraordinaire.

La belle revanche du sport français ne sera vraiment une revanche que le jour où nous comprendrons qu'un champion du monde du 10 000 mètres n'est pas moins digne d'intérêt qu'un affrontement de poids lourds entre deux Américains, même diffusé sur Netflix. Ce jour-là, peut-être que nos athlètes auront enfin la reconnaissance qu'ils méritent. Pas pour le prestige national. Pour la simple justice sportive.

En attendant, Gressier court dans le silence. Seixas pedal dans l'indifférence. Et nous, on regarde ailleurs.

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