Vikash Dhorasoo remet en question la construction tactique de l'équipe de France autour de Kylian Mbappé. Une critique venue de l'intérieur qui ravive le débat sur les priorités tricolores.
Quand un ancien international français s'interroge publiquement sur l'architecture de l'équipe de France, on ne peut pas l'ignorer. C'est ce qui s'est produit vendredi sur le plateau de L'Équipe de Greg, où Vikash Dhorasoo a lâché une question qui sonne comme un pavé dans la mare : pourquoi l'équipe tourne-t-elle autour de Mbappé plutôt que du Ballon d'Or? Une remarque qui ne cherche pas vraiment à dissimuler son malaise face à la hiérarchie établie en bleu.
Quand la France se construit en fonction d'un homme
Dhorasoo ne dit pas que Kylian Mbappé n'a pas sa place. Il dit quelque chose de plus perturbant : c'est l'ordre de priorité qui interroge. Depuis son arrivée au Real Madrid, Mbappé incarne certes une promesse immense, mais il demeure encore en construction tactiquement au plus haut niveau. Or l'équipe de France, celle que nous connaissons depuis juillet dernier, semble pensée pour l'épauler, le mettre en avant, créer les conditions de son épanouissement. Les chiffres sont parlants : Mbappé a inscrit 4 buts en 8 sélections sous Didier Deschamps, un rendement honnête mais loin d'être déterminant.
Le reproche sous-jacent, c'est que la France devrait d'abord construire autour de ses certitudes — ses joueurs confirmés, ses talents établis — avant de plier le collectif pour valoriser un élément en devenir. Même brillant, même prometteur. Antoine Griezmann, par exemple, a dû patienter des années avant de trouver sa place en bleu. Karim Benzema aussi. Mais Mbappé, lui, a bénéficié dès ses débuts d'une confiance quasi absolue, d'un projet pensé pour lui.
Ce que Dhorasoo soulève, au fond, c'est une question de sagesse sportive. Faut-il vraiment réinventer la roue pour un joueur de 25 ans, même s'il sort du PSG avec une réputation colossale? Ou faut-il d'abord vérifier que ce joueur peut s'adapter à votre style, à votre culture, à votre hiérarchie? La réalité, c'est que Mbappé n'a jamais eu à vraiment se plier — il a toujours été celui autour duquel on construit.
Le précédent des Ballon d'Or, une leçon de modestie
Regardons un instant ceux qui ont vraiment marqué le football français. Zinédine Zidane, Thierry Henry, Cristiano Ronaldo en bleu... ils arrivaient déjà formés, certes, mais ils devaient aussi prouver qu'ils pouvaient jouer pour l'équipe, pas seulement faire jouer l'équipe pour eux. Les Ballon d'Or français qui ont passé par l'équipe de France l'ont fait dans une dynamique différente : l'équipe d'abord, la gloire personnelle ensuite.
La réflexion de Dhorasoo pointe un glissement philosophique. Plutôt que de chercher le meilleur système pour faire triompher la France, on cherche le meilleur système pour que Mbappé brille en équipe de France. C'est une inversion des priorités qui peut sembler subtile sur le papier, mais qui crée des frictions réelles sur le terrain. Car une équipe construite autour d'un individu, même de talent, reste fragile. Elle dépend trop. Elle souffre des jours sans de ce joueur.
Les chiffres du dernier Championnat d'Europe le confirment : sans Mbappé en position idéale, la France a souvent semblé bricolée, manquant de fluidité. Les automatismes collectifs n'étaient pas là. La profondeur non plus. C'est le risque quand tu bâtis tout autour d'une pièce maîtresse.
- 4 buts en 8 sélections pour Mbappé sous Deschamps
- 25 ans : l'âge où Zidane, Henry et Griezmann devaient encore prouver à l'équipe de France
- Plusieurs systèmes tactiques explorés en 2024 pour valoriser Mbappé: ailier, avant-centre, flottant
- 0 titre majeur avec la France pour Mbappé depuis son arrivée au Real Madrid
La vraie question, celle que Dhorasoo pose sans la formuler complètement, c'est si cette approche est durable. Mbappé peut rester au sommet physiquement et mentalement pendant dix ans. Mais dix ans où l'équipe tourne autour de lui, c'est dix ans sans évolution tactique, dix ans sans hiérarchie véritable, dix ans à espérer qu'il soit en forme le jour J. C'est lourd pour des épaules, même celles d'un génie du ballon.
Pour 2026 et au-delà, la France devra choisir : continuer cette quête de perfection autour d'un homme, ou redevenir ce qu'elle a toujours été quand elle a gagné — une équipe où chaque élément, même brillant, sait qu'il n'est pas central, que le collectif prime, que le prochain peut arriver. C'est cette culture-là, celle du renouvellement et de l'humilité tactique, qui a bâti quatre étoiles. Pas celle du sauveur en costume de Ballon d'Or.