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Coupe du Monde 2026 sans l'Italie, l'humiliation est consommée

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Éliminée en barrages, la Nazionale ne peut espérer aucun repêchage. L'Italie ratera une deuxième Coupe du Monde consécutive, un naufrage historique.

Coupe du Monde 2026 sans l'Italie, l'humiliation est consommée

Deux fois en huit ans. Le chiffre dit tout, et il est brutal. L'Italie, quadruple championne du monde, nation fondatrice du football européen moderne, vient de s'infliger une deuxième absence consécutive en Coupe du Monde — après le traumatisme de 2018, voilà que le spectre de 2026 s'installe, non plus comme une crainte, mais comme une certitude. Les rumeurs de repêchage qui ont agité les couloirs de la Fédération italienne ces dernières heures ne sont que ce qu'elles sont : des rumeurs, alimentées par l'espoir désespéré d'un football transalpin qui n'arrive plus à regarder la réalité en face.

Un naufrage que personne à Rome ne veut vraiment nommer

Il y a dans la culture footballistique italienne une forme de grandeur tragique, presque opératique, qui accompagne les grandes défaites. Mais cette fois, le drame se passe à huis clos, sans même la catharsis d'un match mémorable perdu en beauté. La Nazionale s'est sabordée méthodiquement, éliminée par une équipe qui, en d'autres temps, aurait constitué un adversaire de routine pour les Azzurri. Le résultat n'est pas le fruit d'un accident ou d'une malchance ponctuelle — c'est la conclusion logique d'une décennie de désorganisation structurelle au sommet du football italien.

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La Serie A, jadis la ligue la plus regardée de la planète, a progressivement perdu sa capacité à former et à exposer des joueurs italiens de haut niveau. En 2024-2025, moins de 30 % des joueurs évoluant dans le championnat italien sont de nationalité italienne — un chiffre qui illustre à lui seul la déconnexion entre l'élite des clubs et la sélection nationale. Pendant que les académies espagnoles, françaises ou même allemandes rationalisaient leur modèle de formation, l'Italie regardait ailleurs, persuadée que sa réputation suffirait à entretenir le flux de talents.

La Federazione Italiana Giuoco Calcio, sous la présidence de Gabriele Gravina, a bien tenté de moderniser l'approche technico-tactique avec la nomination de Luciano Spalletti au poste de sélectionneur. Mais un entraîneur, même brillant, ne peut pas compenser en quelques mois ce que quinze ans de désinvestissement dans les structures de base ont produit. Spalletti lui-même, qui avait réalisé des miracles tactiques au Napoli lors du titre 2022-2023, s'est retrouvé à bricoler un onze sans colonne vertébrale identifiable, sans un vrai numéro neuf capable de peser au niveau international, sans un milieu de terrain capable d'imposer le tempo face à une pressing organisé.

Le mirage du repêchage, ou l'art de se mentir à soi-même

Que des voix s'élèvent en Italie pour envisager un repêchage ne surprend pas vraiment — c'est le réflexe naturel d'un pays qui n'a toujours pas digéré l'humiliation de 2018. Mais les règles de la FIFA sont claires, et aucune disposition ne permet d'intégrer une équipe non qualifiée dans un tournoi déjà bouclé sur critères sportifs. Il n'existe aucun mécanisme de repêchage prévu pour la Coupe du Monde 2026, et les instances genevoises n'ont émis aucun signal allant dans ce sens. Faire circuler ces rumeurs, c'est entretenir une illusion qui retarde le seul travail réellement urgent : comprendre pourquoi et comment reconstruire.

Le parallèle avec d'autres nations tombées de leur piédestal est éclairant. L'Angleterre, après des décennies de médiocrité internationale malgré une Premier League florissante, a mis en place un plan de formation nationale — le « St. George's Park project » — qui a fini par produire une génération Bellingham, Saka, Foden. La France, après l'échec de l'Euro 2008 et la désintégration du groupe de Knysna en 2010, a laissé le temps à la génération 1995-1998 d'éclore dans des structures réformées. Ces transformations ont pris entre dix et quinze ans. L'Italie, elle, semble n'avoir pas encore démarré le compteur.

Sur le plan économique, l'absence à un Mondial représente une perte considérable pour les sponsors et équipementiers attachés aux couleurs bleues. La marque Nazionale générait, en années de Coupe du Monde, entre 80 et 120 millions d'euros de retombées commerciales directes selon les estimations du secteur. Deux absences consécutives, c'est une évaporation durable de visibilité internationale, un repositionnement à la baisse de la valeur de marque d'une sélection qui se percevait encore comme un actif premium.

Quand le football devient le miroir d'un pays qui décroche

Il serait trop simple de réduire cette crise à un problème purement sportif. Le déclin de la Nazionale résonne avec des dynamiques plus larges qui traversent le sport italien dans son ensemble : sous-investissement chronique dans les infrastructures, absence de vision stratégique à long terme, priorisation du résultat immédiat sur la construction durable. L'athlétisme, le basketball, le cyclisme ont connu leurs propres cycles de reconfiguration. Le football, lui, a bénéficié si longtemps de sa rente symbolique qu'il n'a pas voulu voir venir l'érosion.

Luciano Spalletti devrait, selon toute logique, payer de son poste cette deuxième élimination. Mais limogер un entraîneur sans changer les structures qui l'ont conduit à l'échec, c'est répéter le geste qui a caractérisé la gestion italienne depuis Roberto Mancini jusqu'à aujourd'hui — changer les hommes sans changer le système. Mancini lui-même, après avoir offert à l'Italie le titre à l'Euro 2021, avait quitté le navire avant de le voir sombrer, signe que même les architectes de la victoire ne croyaient plus à la solidité de l'édifice.

La Coupe du Monde 2026, disputée entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, sera la première à réunir 48 équipes. Quarante-huit. L'Italie ne sera pas du voyage. Pendant que les Azzurri regarderont le tournoi depuis leurs canapés, une nation comme la Slovaquie, le Panama ou le Maroc aura sa place sur la scène mondiale. L'image est suffisamment saisissante pour comprendre l'ampleur du déclassement.

La vraie question, celle qui devrait maintenant occuper Gravina et ses successeurs, n'est pas de savoir si un miracle administratif peut sauver 2026 — il ne le peut pas. Elle est de savoir si l'Italie a enfin la volonté politique et institutionnelle de ne pas rater 2030. Ce serait, au moins, commencer à regarder l'avenir plutôt que de pleurer sur un présent qu'elle a elle-même construit.

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