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Amine Sbaï, du chômage au Qatar, l'épopée marocaine

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Sans contrat il y a quelques mois, le latéral marocain Amine Sbaï disputera la Coupe du Monde 2026. Une ascension vertigineuse qui raconte aussi les réalités du football nord-africain.

Amine Sbaï, du chômage au Qatar, l'épopée marocaine

Il y a six mois, Amine Sbaï contemplait son téléphone depuis un canapé marocain, sans club, sans contrat, sans vraiment de perspective. Aujourd'hui, il prépare une Coupe du Monde. Pas une élimination précoce en qualifications, non : une Coupe du Monde 2026 aux États-Unis, Canada et Mexique. C'est le genre d'histoire qui fait vibrer le football, celle où le destin ne suit pas le scénario prévu, où une blessure malhonnête d'un coéquipier devient ta chance.

Abde Ez, le latéral gauche titulaire de la sélection marocaine, s'est blessé. Et voilà qu'Amine Sbaï, alors sans club, reçoit l'appel de la fédération marocaine. Pas comme pansement temporaire. Non, comme solution. Il intègre le groupe, dépasse les autres candidates au poste, et se retrouve convoqué pour le tournoi. À ce moment du récit, on pourrait s'arrêter et déclarer « mission accomplie ». Mais c'est justement là que commence le vrai défi.

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D'une absence de contrat à l'élite mondiale

Le football professionnel ne pardonne pas les trous dans un CV. Un an sans club, c'est déjà problématique. Mais quand tu es ailier ou latéral, que tu dois rivaliser avec des joueurs évoluant à Naples, à l'Atlético ou dans les plus grands championnats du monde, être sans contrat ressemble à naviguer sans boussole. Sbaï, lui, a choisi de continuer à travailler. Pas dans un club de deuxième division marocaine. Non, il s'était exilé au Qatar, pays refuge de nombreux footballeurs en quête de stabilité ou de visibilité.

Le Qatar, c'est devenu l'option par défaut du joueur africain en transit. Plus de 15 000 footballeurs évoluent dans les ligues des petits émirats du Golfe, et contrairement au cliché des retraités grassement payés, beaucoup sont des joueurs en phase de construction, qui sortent d'une période sans club et tentent de retrouver du jeu. Sbaï en fait partie. Quatre mois passés en Asie occidentale lui ont permis de travailler sa condition physique, de disputer des matchs en compétition, de rappeler aux yeux de sa sélection qu'il existait.

C'est cette renaissance – humble mais réelle – qui a convaincu le sélectionneur marocain. Pas la célébrité, pas le prestige d'une jeunesse dorée. Juste un mec qui a refusé de baisser les bras, qui a accepté une destination moins glorieuse pour continuer. Il y a quelque chose de tellement plus vrai là-dedans que les histoires des génies qui émergent à 17 ans.

Et puis il faut le dire : le Maroc, depuis sa demi-finale de 2022 au Qatar, cherche ses équilibres. L'équipe a changé, vieillie, se reconstruit. Les blessures arrivent, les hiérarchies bougent. Ce n'est pas un groupe de milliardaires, c'est une sélection qui doit adapter son effectif aux réalités du calendrier, des blessures, des fluctuations. Dans ce contexte, un latéral gauche capable de tenir physiquement et d'apporter de la stabilité devient précieux.

Le Qatar 2026 ne sera pas un conte de fées

Restons lucides : Amine Sbaï ira à la Coupe du Monde comme réserviste. Pas comme titulaire d'une équipe candidate au titre. Le Maroc aura d'autres priorités, d'autres vedettes, d'autres enjeux. Mais être réserviste à une Coupe du Monde, ce n'est déjà plus l'anonymat. C'est pouvoir entrer en jeu si les choses tournent mal, si l'équipe a besoin d'apporter du sang neuf. C'est être à cinq minutes d'un rêve devenu réalité.

Pour Sbaï, l'arrivée en Coupe du Monde change aussi sa trajectoire de marché. Les clubs le regarderont différemment. Pas comme un mec sans contrat. Comme un joueur qui a eu le nez creux, qui a continué à bosser, qui a été récompensé. Les scouts connaissent ce profil : celui qui a faim parce qu'il sait ce qu'il a risqué.

La Coupe du Monde 2026 sera très différente de celle de 2022. Quarante-huit équipes au lieu de trente-deux, trois matchs garantis pour tous, des piscines de qualification moins élitistes. Le Maroc aura ses chances. Et si, par un événement improbable, il faut faire appel aux réservistes, si l'équipe a besoin de changer, Amine Sbaï sera là. Pas comme figurant. Comme une option réelle, travaillée, méritée.

  • 48 équipes participeront à la Coupe du Monde 2026, contre 32 à Qatar 2022
  • Le Maroc avait atteint la demi-finale en 2022, meilleur résultat d'une nation africaine
  • Plus de 15 000 footballeurs africains jouent actuellement au Qatar et dans les émirats du Golfe
  • Amine Sbaï a passé 4 mois en Asie occidentale pour retrouver du jeu après son période sans club

Ce qui restera de cette histoire, c'est moins le nom d'Amine Sbaï sur une feuille de match – encore que ce serait déjà monumental – que la démonstration qu'il n'y a pas une seule route vers le sommet. Pas de prodige, pas de centre de formation réputé, pas de contrat mirobolant à dix-huit ans. Juste du travail, de la résilience, et une blessure d'un rival au bon moment. En football, c'est souvent comme ça que ça marche. Les beaux contes, on les raconte après, quand tout s'est arrangé.

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