Deux saisons sans titre majeur. Le président du Real Madrid reconnaît en privé avoir commis des fautes stratégiques qui plombent le club merengue.
Deux ans. Deux exercices sans le moindre trophée majeur pour le club le plus titré de l'histoire du football mondial. Pour Florentino Pérez, c'est proprement insupportable. Selon nos informations, le président du Real Madrid s'est livré à une forme d'autocritique rare dans son entourage immédiat, reconnaissant avoir commis deux erreurs d'appréciation majeures qui ont fragilisé structurellement le projet sportif de la Casa Blanca. Un mea culpa qui ne sortira jamais en conférence de presse, mais qui circule en coulisses.
Quand Pérez a mal lu le mercato, deux fois de suite
La première erreur est d'ordre tactique sur le marché des transferts. À en croire l'entourage du président madrilène, Florentino Pérez a sous-estimé l'urgence de recruter un attaquant de classe mondiale après le départ de Karim Benzema à Al-Ittihad en juin 2023. Le Français laissait un vide XXL — 354 buts en 648 matchs sous le maillot blanc — et la direction sportive a parié sur Kylian Mbappé comme solution immédiate à ce problème, au détriment d'une alternative crédible à court terme. Ce pari, sur le papier séduisant, s'est révélé bien plus complexe à rentabiliser qu'anticipé.
Car Mbappé, arrivé libre en provenance du Paris Saint-Germain à l'été 2024, n'a pas encore produit l'effet escompté. Blessures, adaptation à un système qui ne tourne pas autour de lui, relations internes à gérer — le champion du monde 2018 a certes marqué des buts, mais pas transformé le Real Madrid en rouleau compresseur. Le club termine la saison 2024-2025 sans Liga, sans Ligue des Champions, sans Coupe du Roi. Une réalité qui fait mal dans les allées du Santiago Bernabéu.
La deuxième erreur identifiée par Pérez lui-même touche au secteur défensif. Selon nos sources, le président regrette de ne pas avoir anticipé le vieillissement de son bloc défensif et d'avoir tardé à investir sur un défenseur central de premier plan pour remplacer Raphaël Varane, parti en 2021, et compenser les pépins physiques à répétition de David Alaba, absent depuis décembre 2023 après une rupture des ligaments croisés. Une ligne arrière fragilisée qui a coûté des points précieux dans les moments cruciaux de la saison.
Un cycle Pérez qui a failli à deux reprises, mais pas plus
Il faut replacer ces erreurs dans leur contexte. Florentino Pérez, de retour à la présidence en 2009 après son premier mandat entre 2000 et 2006, a construit l'une des dynasties les plus impressionnantes du football européen. Sous son impulsion, le Real Madrid a remporté pas moins de cinq Ligues des Champions entre 2014 et 2022, dont le fameux quadruplé entre 2016 et 2018. Carlo Ancelotti a signé le doublé Liga-Ligue des Champions en 2022, puis la Liga en 2024. La machine a longtemps semblé infaillible.
Mais la saison 2023-2024 avait déjà sonné une première alarme. Sans trophée continental malgré une équipe compétitive, le Real Madrid avait déjà montré des signes d'essoufflement. L'arrivée de Mbappé devait tout relancer. Elle n'a pas encore produit les résultats espérés. Pérez avait promis du spectacle. Le Bernabéu attend toujours.
À 77 ans, le patron du groupe ACS et de Bernabéu S.L. gère le Real Madrid comme un empire industriel — avec une vision à long terme, des coups de théâtre calculés, et une tolérance zéro à l'échec répété. C'est précisément ce qui rend ces deux saisons consécutives sans titre si difficiles à digérer pour lui. Dans son mode de fonctionnement, l'échec est une donnée passagère. Deux ans d'affilée, c'est un problème structurel. Et Pérez, selon son entourage, le sait.
Ancelotti en sursis, mercato estival sous pression maximale
Les conséquences de ces deux saisons creuses se feront sentir dès cet été. La première question — et elle est centrale — concerne Carlo Ancelotti. L'entraîneur italien, sous contrat jusqu'en juin 2026, est officiellement maintenu en poste. Mais plusieurs sources indiquent que Florentino Pérez étudie des options alternatives, notamment du côté de Xabi Alonso, dont l'avenir à Bayer Leverkusen reste incertain malgré une prolongation. Un retour à Madrid de l'ancien milieu de terrain, idole de la Maison Blanche, représenterait un signal fort. Et Pérez aime les signaux forts.
Sur le plan du recrutement, la pression est maximale. Le Real Madrid devrait activement chercher un milieu de terrain — le remplacement de Toni Kroos, retraité en juin 2024, n'a jamais vraiment été acté — et potentiellement un défenseur central de gabarit international. Les noms circulant dans les couloirs du Bernabéu sont nombreux, mais les finances, contrairement à ce que l'on pourrait croire, ne sont pas illimitées. La masse salariale engendrée par les arrivées de Mbappé, Eduardo Camavinga, Aurélien Tchouaméni ou encore Jude Bellingham impose une gestion rigoureuse.
Bellingham, justement. L'Anglais a connu une première saison exceptionnelle avant de redescendre dans une dimension plus ordinaire. À 21 ans, il reste une pièce maîtresse du projet. Mais son repositionnement dans l'équipe, avec l'arrivée de Mbappé, soulève des questions d'organisation collective que ni Ancelotti ni les joueurs ne semblent avoir définitivement résolues. Trois stars mondiales — Mbappé, Bellingham, Vinicius Junior — dans le même onze, ça ne suffit pas si le collectif ne suit pas.
Ce que Pérez affronte aujourd'hui, c'est peut-être la leçon la plus difficile pour un président habitué à régler les problèmes par l'arrivée d'une nouvelle star : l'accumulation de talents ne garantit pas l'harmonie sportive. Le prochain mercato estival sera, à bien des égards, un test de lucidité pour l'homme le plus puissant du football espagnol. Saura-t-il corriger le tir sans répéter les mêmes erreurs ? La réponse se jouera entre juin et septembre. Et toute l'Europe du football sera en train de regarder.