Accroché in extremis par le Real Betis (1-1), le Real Madrid voit le FC Barcelone prendre une longueur d'avance décisive en Liga. Mbappé est sorti sur blessure.
Il y a des matches qui ne se racontent pas, ils se subissent. Vendredi soir au Benito Villamarín, le Real Madrid n'a pas perdu un match de Liga — il a peut-être perdu un titre. Accroché à la dernière seconde par le Real Betis sur un score de parité (1-1), le club merengue a offert au FC Barcelone une autoroute vers la couronne espagnole. Et comme si cela ne suffisait pas, Kylian Mbappé a quitté la pelouse avant le coup de sifflet final, laissant planer une ombre supplémentaire sur un soir déjà bien sombre au pied de la Sierra Nevada.
Une équipe sans tranchant, un résultat sans appel
Le Real Madrid version Carlo Ancelotti avait pourtant tout pour s'imposer en Andalousie. Le Real Betis, formation séduisante sous les ordres de Manuel Pellegrini, n'est pas une équipe de haut de tableau. Pourtant, les Madrilènes n'ont jamais réussi à peser sur la rencontre avec la supériorité qu'on attend d'un candidat au titre. Peu de situations franches, un bloc adverse plutôt discipliné, et ce but encaissé dans les ultimes secondes qui transforme un nul frustrant en catastrophe tactique. Ces matches-là, on les connaît bien dans l'histoire du football espagnol — ce sont les trébuchements qui font basculer des saisons entières.
On pense évidemment à la fameuse remontada du Barça lors de la saison 2012-2013, ou aux fins de championnats dévastées par un match raté contre une équipe de milieu de tableau. Le Real Madrid n'est pas étranger à ce phénomène. Mais la temporalité est particulièrement cruelle cette fois : en laissant filer deux points à Séville, les Merengues permettent au FC Barcelone de creuser l'écart au classement de la Liga à un moment où chaque journée compte double. Avec moins de dix rencontres restantes à jouer, l'addition risque de ne pas passer.
La sortie de Kylian Mbappé interroge davantage encore. L'attaquant français, recruté l'été dernier pour incarner la nouvelle ère madrilène, traverse une saison hantée par les blessures et les performances en dents de scie. Sa sortie prématurée vendredi soir n'est pas simplement anecdotique : elle révèle la fragilité structurelle d'une équipe qui mise trop souvent sur l'inspiration individuelle pour compenser les lacunes collectives. Quand l'inspiration n'est plus là — ou qu'elle quitte le terrain avant l'heure — il ne reste plus grand-chose.
- Score final : Real Betis 1-1 Real Madrid (but madrilène annulé dans le temps additionnel)
- Le FC Barcelone peut prendre plusieurs longueurs d'avance en cas de victoire lors de son prochain match
- Kylian Mbappé sort sur blessure, son état sera évalué dans les prochaines heures
- Le Real Madrid n'a plus gagné à Séville lors de ses deux dernières visites en Liga
Barcelone tient sa Liga, Madrid cherche encore son identité
À quelques kilomètres de là, le FC Barcelone de Hansi Flick n'a probablement pas eu besoin de regarder le match pour comprendre ce qui se jouait. Chaque point lâché par le Real Madrid est une brique supplémentaire dans la muraille catalane. La réalité des chiffres est brutale : si le Barça s'impose lors de son prochain match, il pourrait prendre une avance que les statistiques des fins de saison rendent quasi insurmontable pour les hommes d'Ancelotti. En Liga, perdre le contact psychologique en mars ou avril, c'est souvent perdre le championnat en mai.
Ce qui frappe davantage, au fond, c'est le manque de personnalité collective affiché par le Real Madrid. Une formation qui a remporté la Ligue des champions il y a moins d'un an, qui possède Vinicius Junior, Jude Bellingham et donc Mbappé dans son effectif, devrait être capable d'arracher un résultat dans un stade de milieu de tableau — même sans être flamboyante. Or ce Real Betis-Real Madrid ressemble à s'y méprendre aux matches qui ponctuaient les grandes crises madrilènes des années Juande Ramos ou les saisons où José Mourinho perdait le fil de son vestiaire. Des équipes théoriquement supérieures qui s'effacent face à des adversaires galvanisés par l'enjeu.
Carlo Ancelotti, lui, devra répondre à des questions qui dépassent le strict cadre tactique. Comment replacer Kylian Mbappé dans un système offensif qui tourne souvent autour du génie spontané de Vinicius Junior ? Comment retrouver une solidité défensive qui permettrait de ne pas concéder dans les dernières secondes d'un match qu'on est supposé contrôler ? Ces interrogations ne sont pas nouvelles, mais la défaite morale de Séville leur donne une résonance particulière. Avec moins de dix journées à disputer, chaque conférence de presse du technicien italien ressemblera désormais à une plaidoirie.
L'histoire du football espagnol réserve parfois des retournements extraordinaires. En 2007, le Séville FC avait tenu tête au Real Madrid jusqu'aux dernières semaines avant de craquer. En sens inverse, le Real avait rattrapé un Barça bien installé en 2012. Mais ces renversements de tendance demandent une énergie mentale colossale, une forme de foi collective que rien, pour l'heure, ne laisse entrevoir du côté du Santiago Bernabéu. La Liga 2024-2025 se joue peut-être bel et bien à Séville, un vendredi soir, sur un but encaissé dans les arrêts de jeu. Ce n'est pas la manière dont on rêve d'écrire les fins de saison, mais c'est ainsi que s'écrit le plus souvent l'histoire du football.