Après une saison décevante, Al-Hilal envisage de se séparer de plusieurs stars dont Karim Benzema. L'attaquant français pourrait quitter Riyad dès cet été.
Une saison blanche en Arabie Saoudite, c'est le cauchemar de tout champion. Karim Benzema le découvre à ses dépens. Arrivé à Al-Hilal en janvier dernier en provenance d'Al Ittihad, l'ancien Madrilène fait face à une réalité crue : le club riyadien, colossal par le budget mais fragile sur le terrain, songe déjà à le débarquer. Avec lui, d'autres stars trinquent sous le poids des attentes non comblées et de la gestion chaotique qui caractérise ce projet saoudien trop ambitieux pour son propre bien.
Le mirage s'effondre en quelques mois
Al-Hilal n'a pas remporté le Championnat d'Arabie Saoudite cette saison. C'est un échec majeur pour un club qui a investi plus de 500 millions de dollars en deux ans pour attirer Neymar, Benzema, Kante et consorts. Le projet promettait monts et merveilles : constituer une Dream Team capable de dominer l'Asie et de jouer les trouble-fête en Ligue des champions asiatique. Las, les résultats n'ont pas suivi. Entre les blessures, les incompatibilités tactiques et une gestion sportive jugée incompétente par les observateurs locaux, le tout-puissant Al-Hilal a buté sur ses propres ambitions.
Benzema, recruté pour incarner la malveillance offensive du projet, n'a jamais vraiment trouvé ses marques. Le joueur de 36 ans, lauréat du Ballon d'Or en 2022, n'a pas l'énergie de ses années madrilènes. Al-Hilal espérait un homme providentiel ; il a hérité d'une vedette fatiguée par le football européen et peu motivée par la vitrine saoudienne. Les dirigeants du club, habitués aux transferts galactiques mais inexpérimentés en matière de gestion d'effectifs, ont commencé à regarder ailleurs.
La pression interne s'accumule. Les supporters de Riyad, électrisés par l'arrivée de ces noms prestigieux, se demandent où est passé l'argent. Les entraîneurs se succèdent sans stabilité. Jorge Jesus est arrivé au printemps pour redresser un navire qui tangue, mais une saison blanche en Ligue des champions asiatique et une élimination précoce en Coupe locale ont jeté un froid sur les ambitions initiales. Al-Hilal commence à ressembler à ces projets pharaoniques qui s'écroulaient dans l'Antiquité : des pyramides d'argent sans fondations.
Quand les rêves du Moyen-Orient rencontrent la réalité sportive
Ce que vivent Al-Hilal et ses pairs saoudiens n'est pas nouveau dans l'histoire du football. On se souvient du Paris Saint-Germain des années 2010, gonflé par l'argent qatari mais incapable de franchir les obstacles majeurs jusqu'à très récemment. On pense aussi à Manchester City sous ses premiers propriétaires émiratis, qui a mis quatre ou cinq ans avant de trouver son équilibre. Mais la différence, c'est la patience. Les Qataris au PSG ont attendu. Les Émiratis à Manchester ont bâti progressivement. Al-Hilal, lui, voulait tout, tout de suite.
Le Championnat saoudien, malgré ses milliards, reste une compétition inférieure aux grands championnats européens. Les joueurs qui y arrivent en fin de carrière, même de haut niveau, peinent à maintenir leurs standards. Neymar a connu des blessures répétées. Kante n'a jamais brillé comme aux beaux jours de Leicester ou Chelsea. Benzema, pour sa part, s'est retrouvé isolé dans une équipe sans cohésion tactique. Voilà le paradoxe saoudien : réunir les meilleurs ne suffit pas si on ne sait pas les utiliser.
Les observateurs pointent du doigt la gouvernance sportive d'Al-Hilal. Les recrutements semblent guidés par la notoriété plutôt que par un projet clair. Aucune complémentarité véritable entre les joueurs. Des salaires stratosphériques qui créent des hiérarchies informelles paralysantes. Et une pression médiatique locale quasi insupportable pour des hommes qui cherchaient avant tout une retraite dorée. Benzema a probablement pensé terminer sa carrière tranquillement en Arabie ; il découvre qu'Al-Hilal ne veut pas de retraites, il veut des champions. Tout de suite.
Le domino tombe, d'autres suivront
Si Al-Hilal se sépare effectivement de Benzema, ce sera un signal fort vers les autres stars du club. Cela signifiera que les promesses ne valent rien face aux résultats. Benzema, au passage, ne sera pas le dernier à partir. Les rumeurs évoquent aussi Neymar, en proie à une blessure chronique. Un attaquant et un ailier sur le marché simultanément ? Al-Hilal ressemblerait moins à un dream team qu'à une vente aux enchères.
Pour Benzema personnellement, c'est un dénouement attendu. L'attaquant français cherchera probablement à revenir en Europe, peut-être en Serie A où plusieurs clubs ont des besoins offensifs, ou en MLS si le charme du spectacle prime sur l'ambition sportive. À 36 ans, après dix-sept saisons au Real Madrid et un passage éclair en Arabie Saoudite, Karim Benzema ferme un chapitre plutôt qu'il ne le conclude noblement.
Cette débandade saoudienne pose une question plus large : jusqu'où peut-on aller en footballeur de prestige avant de devenir un simple mercenaire ? Et jusqu'où peut-on injecter de l'argent dans un sport sans comprendre ses lois ? Al-Hilal trouvera peut-être la réponse en se reconstruisant avec plus de sens. Mais elle ne viendra pas de Riyad. Elle viendra de retours à l'essentiel : un projet, une identité, une patience. Tout ce qui manquait quand on a cru qu'une tribu de millionnaires pouvait instantanément dominer le football asiatique.