Malgré un contrat jusqu'en 2027, l'avenir de José Mourinho sur le banc de Benfica est sérieusement remis en question. Les signaux d'alerte se multiplient.
Combien de fois a-t-on annoncé la fin de José Mourinho ? Combien de fois le Special One s'est-il relevé là où personne ne l'attendait plus ? Pourtant, ce qui se trame actuellement à Lisbonne ressemble moins à une crise passagère qu'à une rupture annoncée. Mourinho sur le banc de Benfica, ce n'est peut-être déjà plus qu'une question de semaines. Et cette fois, les signaux viennent de lui.
Le retour au bercail qui tourne au malaise
Il y avait quelque chose d'éminemment symbolique dans le retour de José Mourinho à Benfica, le club qui l'a vu naître en tant que technicien à la fin des années 1990, sous la houlette de Bobby Robson. Soixante-deux ans, une carrière jalonnée de titres en Angleterre, en Italie, en Espagne et au Portugal, le natif de Setúbal était censé boucler la boucle. Rentrer à la maison. Redonner à l'Estádio da Luz ses lettres de noblesse en Europe.
Sauf que la réalité du terrain raconte une autre histoire. Depuis sa prise de fonctions, Mourinho a multiplié les déclarations à double sens sur son avenir, laissant entendre à plusieurs reprises qu'il ne se sentait pas forcément lié à son contrat courant jusqu'en 2027. Le langage du corps, les conférences de presse tendues, les réponses évasives aux journalistes portugais — tout cela dessine un tableau qui n'a rien de serein. Chez un homme qui a toujours su maîtriser sa communication au millimètre, ces ambiguïtés répétées ne sont jamais anodines.
Ce qui frappe surtout, c'est le contexte sportif dans lequel ces doutes émergent. Benfica n'est pas en crise profonde, mais le club enchaîne des performances en dents de scie en Liga Portugal, loin de la domination attendue d'un entraîneur au palmarès aussi XXL. Mourinho a remporté 25 titres de champion dans quatre championnats différents au cours de sa carrière, mais à Lisbonne, la pression identitaire est d'une nature particulière. Les Benfiquistas ne veulent pas seulement des résultats. Ils veulent du jeu, de l'émotion, une identité. Et sur ce terrain-là, le style Mourinho — pragmatique, défensif par instinct, fondé sur l'organisation collective — peut heurter la culture du club.
La direction du Benfica, elle, se retrouve dans une position inconfortable. Annoncer la venue de Mourinho était un coup de communication magistral. Le laisser partir au bout de quelques mois serait un aveu d'échec retentissant, une humiliation même. Mais maintenir un entraîneur qui n'a plus la tête au projet, c'est une autre forme de suicide sportif.
Après Benfica, quel projet pour un Mourinho en quête de sens ?
Si la séparation devait survenir — et les rumeurs persistantes laissent penser que les deux parties explorent déjà des sorties de secours — il faut s'interroger sur ce que José Mourinho veut vraiment faire de la suite. Parce que le football de haut niveau ne l'attend pas les bras ouverts à n'importe quelle porte. Son passage à l'AS Roma, terminé en avril 2024 dans la douleur malgré une Conference League historique en 2022, a laissé des traces. Son bilan européen sur les cinq dernières saisons reste en deçà des attentes placées en lui par les grands clubs.
Plusieurs noms circulent déjà. L'équipe nationale du Portugal, dont le poste de sélectionneur pourrait un jour se libérer, est régulièrement citée. Roberto Martínez ne semble pas indélogeable, mais une Coupe du monde 2026 réussie ou non pourrait changer la donne. L'idée de Mourinho aux commandes de la Seleção das Quinas, emmenant Cristiano Ronaldo vers une dernière gloire mondiale, a quelque chose de romanesque qui plaît aux fantasmes des supporters. Mais les Fédérations ne raisonnent pas en termes de roman.
D'autres pistes pointent vers des championnats moins exposés médiatiquement, où Mourinho pourrait reconstruire sa réputation loin des projecteurs de la Premier League ou de la Serie A. L'Arabie Saoudite ? Il a toujours dit non, publiquement du moins. La MLS ? Trop loin de son ADN compétitif. Un retour en Premier League reste le scénario qui ferait le plus de bruit, mais aucun grand club anglais ne semble aujourd'hui en situation de miser sur lui.
Voilà les chiffres qui résument à eux seuls l'ampleur du personnage et les attentes démesurées qui l'accompagnent partout :
- 25 titres de champion remportés dans 4 championnats différents (Portugal, Angleterre, Italie, Espagne)
- 2 Ligues des champions gagnées, avec le FC Porto en 2004 et l'Inter Milan en 2010
- 1 Ligue Europa et 1 Conference League à son palmarès européen
- 8 entraîneurs différents ont occupé le banc de Benfica depuis 2012, signe d'une instabilité chronique au club
Ce dernier chiffre est peut-être le plus révélateur. Benfica est un club où les entraîneurs brûlent vite. Même les bons. Roger Schmidt, arrivé en grande pompe en 2022, a lui aussi fini par craquer sous la pression. Mourinho n'est pas immunisé contre cette réalité-là, lui qui a toujours fonctionné en cycles courts — rarement plus de trois ans dans le même club — et qui n'a jamais vraiment su s'inscrire dans la durée sans que les relations se dégradent.
Ce qui se joue à Lisbonne en ce moment dépasse le simple feuilleton contractuel. C'est une question d'héritage. Mourinho a 62 ans. Il n'a plus vingt saisons devant lui pour empiler les titres. Chaque choix compte désormais différemment. Rester à Benfica dans l'inconfort, c'est risquer de ternir un retour aux sources qui aurait pu être magnifique. Partir, c'est admettre que même les réconciliations les plus attendues peuvent se fracasser contre le mur du quotidien.
Le football portugais retiendra son souffle. Et José Mourinho, comme toujours, décidera seul — bruyamment, théâtralement — de la suite. C'est peut-être ça, finalement, le vrai Special One : un homme incapable de faire les choses simplement, même quand il revient chez lui.