Jugés en appel à Rabat, les 18 supporters sénégalais risquent deux ans de prison ferme pour hooliganisme après les incidents de la finale de la CAN 2025.
Deux ans de prison ferme. C'est ce que réclame le parquet marocain contre les 18 supporters sénégalais actuellement jugés en appel à Rabat depuis ce lundi. Une audience qui s'annonce décisive, tendue, et qui plonge la CAN 2025 dans une lumière bien différente de celle des projecteurs de la finale. Derrière la fête du football africain, une affaire judiciaire aux contours graves qui embarrasse autant la Confédération Africaine de Football que les deux nations concernées.
La nuit de la finale tourne au cauchemar judiciaire
Tout remonte à la soirée du match qui a clos la Coupe d'Afrique des Nations 2025. Dans les tribunes et aux abords du stade, des incidents éclatent. Les autorités marocaines interpellent plusieurs ressortissants sénégalais. Dix-huit d'entre eux se retrouvent devant les tribunaux, accusés de hooliganisme et de troubles à l'ordre public. En première instance, ils avaient déjà écopé de condamnations. Mais les prévenus ont refusé de plier — ils nient les faits en bloc, et leurs avocats ont fait appel.
À Rabat, l'atmosphère est lourde. Le parquet ne lâche rien et maintient ses réquisitions à la hausse : deux ans d'emprisonnement pour chacun des dix-huit supporters. Une ligne dure qui reflète la volonté des autorités marocaines de traiter ce type d'incidents sans complaisance, dans un pays qui a affiché ses ambitions sportives mondiales — Maroc 2030 pour la Coupe du Monde n'est pas loin.
Du côté sénégalais, la tension diplomatique est palpable. Plusieurs des familles des prévenus ont alerté les autorités à Dakar. Le consul sénégalais au Maroc suit le dossier de près. Mais sur le fond, les faits reprochés — dégradations, affrontements, comportement violent dans l'enceinte ou à proximité du stade — sont contestés point par point par la défense. Les avocats des supporters sénégalais plaident l'amalgame, voire l'arrestation arbitraire dans la confusion post-match.
Ce type d'affaire n'est malheureusement pas inédit dans l'histoire des grandes compétitions africaines. Mais l'ampleur de la procédure — dix-huit personnes, une audience en appel dans la capitale marocaine, des réquisitions à deux ans ferme — donne à ce dossier une dimension exceptionnelle.
- 18 supporters sénégalais jugés en appel à Rabat
- 2 ans de prison ferme requis par le parquet marocain
- Des condamnations déjà prononcées en première instance, contestées par les prévenus
- Une finale de CAN 2025 ternie par des incidents qui ont nécessité l'intervention des forces de l'ordre
Un verdict qui pourrait créer un précédent pour le football africain
Au-delà du sort individuel de ces dix-huit hommes, c'est toute la question de la gestion de la sécurité dans les grandes compétitions africaines qui se pose. La CAN 2025 organisée au Maroc avait été présentée comme un modèle d'organisation. Des stades modernes, une logistique rôdée, une couverture médiatique internationale. Et pourtant, la finale — moment censé couronner un mois de football — a été entachée par ces débordements.
La décision attendue par le tribunal d'appel de Rabat pourrait faire jurisprudence. Si les deux ans ferme sont confirmés, le message envoyé sera celui d'une tolérance zéro absolue, en phase avec la stratégie marocaine de candidature à l'organisation du Mondial 2030 aux côtés de l'Espagne et du Portugal. Le Maroc ne peut pas se permettre que des images de hooliganisme restent associées à son image de nation organisatrice. La pression politique sur les juges est certes officieusement niée, mais objectivement réelle.
Pour la Confédération Africaine de Football, le timing est particulièrement inconfortable. Patrice Motsepe, le président de la CAF, avait salué cette CAN comme une réussite historique. L'organisation d'un procès en appel médiatisé, avec des réquisitions aussi sévères contre des supporters d'une nation participante, rouvre des questions que la CAF préférerait voir enterrées : quid des dispositifs de sécurité aux abords des stades ? Qui a failli ? Et surtout, comment éviter que pareille situation ne se reproduise lors des prochaines éditions ?
La Fédération Sénégalaise de Football (FSF), elle, navigue sur une ligne de crête. Soutenir publiquement les supporters emprisonnés, c'est risquer de froisser les relations avec la fédération marocaine et les autorités du royaume. Rester silencieuse, c'est abandonner ses propres ressortissants dans un pays étranger. Pour l'instant, la FSF n'a pas pris de position publique forte — un silence qui commence à faire parler.
L'avocat de la défense a indiqué que le jugement en appel pourrait être rendu dans les prochains jours. D'ici là, les dix-huit supporters sénégalais restent sous le coup d'une décision qui pourrait les maintenir derrière les barreaux marocains pour une durée conséquente. Leurs proches attendent. Et toute l'Afrique du football, en coulisses, regarde.
Si la justice marocaine confirme les réquisitions du parquet, ce verdict traversera les frontières bien au-delà du Maroc et du Sénégal. À l'heure où le continent africain veut s'imposer comme une terre d'accueil crédible pour les événements sportifs majeurs, cette affaire rappelle que le football est aussi un révélateur des tensions qui traversent les sociétés — et que la frontière entre passion des tribunes et incident diplomatique est parfois plus mince qu'on ne le croit.