Absent de la Coupe du Monde 2026 pour cause de blessure contractée à Liverpool, Hugo Ekitike ne sera pas oublié par Didier Deschamps. L'attaquant reste intégré au groupe France.
Hugo Ekitike regarde le Mondial 2026 depuis la touche. Une mauvaise nouvelle en fin de saison avec Liverpool a transformé son rêve en point d'interrogation, mais voilà que l'Équipe de France choisit de le maintenir dans sa bulle. C'est un geste rare, presque sentimental, de la part d'une fédération habituellement impitoyable quand il s'agit de gérer les corps abîmés. Didier Deschamps envoie-t-il un signal ? Ou est-ce simplement du pragmatisme à long terme ?
Pourquoi garder un joueur blessé dans le groupe France ?
On comprend d'abord le calcul sportif. Ekitike n'a que 23 ans. Ce n'est pas un vieux lion en fin de carrière qu'on chouchoute pour ses beaux yeux. C'est un attaquant dynamique, technique, qui a montré à Lille qu'il savait faire la différence dans les grands matchs. Une blessure de fin de saison, même sérieuse, n'efface pas quatre années de progression constante. Deschamps l'a intégré au groupe parce que la récupération d'ici 2026 est envisageable.
Mais au-delà de ça, il y a quelque chose de plus subtil. Garder Ekitike dans la dynamique collective, c'est lui dire : tu comptes encore. C'est le différencier des abandonnés de la sélection, des mecs radiés après une vilaine blessure ou une baisse de régime. À Liverpool, il aurait pu sombrer psychologiquement. À la place, il reçoit chaque semaine la preuve que son association avec les Bleus n'est pas terminée. Ça se joue aussi sur le mental, et là, le staff français joue fin.
D'ailleurs, combien de joueurs à son statut auraient reçu cette chance ? Trois ou quatre ans d'attente sans certitude de retrouver le terrain, c'est long. Très long. Mais Deschamps a déjà verrouillé son effectif offensif pour 2026 — Mbappé, Griezmann bientôt en retrait, Benzema dehors, et maintenant quelques petits nouveaux comme Camavinga qui progresse. Ekitike entre dans cette logique de relève avec un capital sympathie intact auprès du sélectionneur.
Liverpool lui laisse-t-il une vraie chance de remonter la pente ?
C'est la question qui tue. À Anfield, Ekitike a connu un début de saison compliqué. Arrivé libre après son départ du PSG en 2023, il n'avait jamais vraiment explosé sur la scène européenne de haut niveau. Le passage à Liverpool devait être son tremplin, sa chance de se battre pour un rôle majeur en Premier League. Au lieu de ça, une blessure survenue en fin de saison l'a cloué au sol juste au moment où il trouvait enfin du rythme de compétition.
Liverpool ne va pas attendre trois ans. Arne Slot a déjà dû composer avec Mohamed Salah, Luis Díaz, et autres joyaux offensifs. Ekitike? Il sera soit sur le flanc, soit candidat au départ lors du mercato estival 2025 ou 2026. C'est mathématique. Les clubs de cette taille ne gardent pas un ailier en convalescence prolongée si des occasions de vente se présentent. Donc l'affaire sera réglée avant le Mondial.
Pour autant, les Reds ne seront pas cruels. Ils lui donneront quelques matchs amicaux dès janvier-février pour tester le retour à la compétition. Si tout va bien, pourquoi pas quelques minutes en Premier League avant les pauses internationales de 2025. Mais très honnêtement, le rôle stratégique d'Ekitike chez Liverpool en vue de 2026 ? Néant. Il n'en a pas. Il sera revenant ou nuisance, rien entre les deux.
Que peuvent vraiment faire les Bleus pour le préparer mentalement ?
Ici, Deschamps devient un peu psychologue du sport. Inviter Ekitike à des rassemblements, le faire participer à des séances filmées, l'inclure dans les réunions tactiques sans le solliciter sur le terrain — c'est le maintenir en vie. D'autres sélectionnateurs l'auraient purement rayé jusqu'à sa guérison complète. Pas le Français.
Concrètement, cela signifie des appels réguliers du staff, peut-être une visite au centre de Clairefontaine pour renouer avec l'environnement, des conversations avec d'anciens coéquipiers de club qui ont traversé des crises similaires. Griezmann lui-même pourrait lui faire un coup de fil — lui qui a connu les périodes noires aussi. C'est du management psychologique pur, et ça marche mieux qu'une annonce brutale : « Tu n'es plus du projet. »
L'Équipe de France, contrairement à ce que certains croient, n'est pas qu'un regroupement de mois de juin. C'est aussi une institution qui encadre les carrières. Les joueurs le sentent. Ekitike le sentira. Ça l'aidera à rester debout pendant les mois de rééducation.
Voilà le vrai enjeu jusqu'à 2026 : Ekitike aura-t-il retrouvé un rôle en club d'ici dix-huit mois ? Parce que si Liverpool le laisse partir et qu'aucun grand club ne le reprend, alors même l'intégration symbolique des Bleus ne suffira pas à le sauver. Deschamps peut le garder chaud, mais c'est sur les pelouses anglaises ou ailleurs qu'il devra prouver qu'il n'est pas devenu un fantôme. Les Bleus, eux, feront patient. Pour l'instant.