Le président de la FIFA génère des tensions aux États-Unis avec ses déplacements en jet privé lors des préparatifs de la Coupe du Monde 2026. Une pratique qui ravive les débats sur les dépenses de la gouvernance mondiale du football.
Gianni Infantino ne passe pas inaperçu cet été. Le président de la FIFA s'attire les foudres des autorités américaines et des observateurs en raison de ses déplacements répétés en jet privé lors de ses allers-retours sur le territoire des États-Unis, en plein cœur des préparatifs de la Coupe du Monde 2026. Une pratique qui détonne dans un contexte où les organisateurs martelent leur engagement envers la durabilité et la responsabilité environnementale.
Quand le luxe heurte la conscience écologique
Les trajets d'Infantino suscitent une véritable fronde, notamment parmi les élus locaux et les groupes d'intérêt environnemental américains. Selon nos informations, le patron du football mondial multiplie les rotations sur des appareils privés, particulièrement entre New York, Miami et les villes hôtes prévues pour la compétition. Un choix de confort personnel qui contraste de manière criante avec les promesses formulées par la FIFA concernant une organisation neutre en carbone.
L'ironie n'échappe à personne. La Coupe du Monde 2026 se déroulera à la fois aux États-Unis, au Canada et au Mexique, sur trois fuseaux horaires distincts. Les organisateurs ont annoncé des objectifs ambitieux : réduction des émissions, utilisation d'énergies renouvelables dans les stades, compensation carbone obligatoire pour tous les participants. Et voilà que le premier d'entre eux emprunte des vols de prestige plutôt que les lignes commerciales.
Un responsable d'une ONG environnementale basée à Washington n'a pas mâché ses mots auprès de nos confrères : « Cela envoie un message catastrophique. Comment demander à des millions de supporters de faire des efforts quand celui qui dirige l'événement ignore ses propres règles ? » Les jets privés émettent entre cinq et quatorze fois plus de CO2 par passager que les vols commerciaux. Sur plusieurs trajets, le bilan carbone d'Infantino s'avère dévastateur pour son argumentaire écologique.
Une gouvernance sous tension face aux attentes américaines
Ce qui commence comme une simple question de transport révèle une faille plus profonde dans la gouvernance fifa. Les États-Unis, qui accueillent 16 des 80 matches de cette édition élargies à 48 équipes, exercent une pression croissante sur la FIFA pour que les dirigeants incarnent les valeurs affichées publiquement. Les questions budgétaires, les dépenses de prestige, les pratiques de la direction centrale : tout cela trouve de moins en moins grâce aux yeux des autorités fédérales et municipales.
À titre de comparaison, le budget total alloué aux infrastructures pour accueillir les matches s'élève à plusieurs centaines de millions de dollars. Les villes américaines investissent massivement dans l'amélioration de leurs stades et leurs transports publics. Plus de 2,7 millions de spectateurs sont attendus au cours de cette Coupe du Monde, ce qui en ferait l'une des plus grandes jamais organisées en termes d'affluence. Dans ce contexte, les dépenses somptuaires au sommet de la hiérarchie fifa suscitent l'incompréhension.
Infantino, depuis son accession à la présidence en 2016, a souvent cherché à moderniser l'image de la FIFA après les scandales de corruption des années 2010. Il s'agissait de redorer son blason, d'afficher une institution réformée et responsable. Or, ces trajets en jet privé constituent une entaille dans ce projet de refondation.
L'entourage du président tente d'justifier cette pratique par les exigences de sécurité et la charge de travail intense liée à l'organisation d'une compétition de cette envergure. Mais l'argument passe mal auprès de publics de plus en plus sensibilisés aux questions climatiques, notamment aux États-Unis où le sujet polarise fortement le débat politique.
- 80 matches programmés lors de cette édition 2026, soit le double des Coupes du Monde précédentes
- 16 stades américains accueilleront les rencontres, du MetLife Stadium au SoFi Stadium en Californie
- Les vols privés émettent 10 fois plus de CO2 par passager que les avions de ligne réguliers
- Trois pays impliqués dans l'organisation : États-Unis, Canada, Mexique, chacun avec ses normes environnementales propres
Les semaines à venir s'annoncent critiques pour Infantino et son équipe. Le dossier ne disparaîtra pas discrètement des radars. Les médias américains, déjà mobilisés sur d'autres aspects de la préparation du tournoi, ont flairé une belle histoire de contradiction entre le discours et la réalité. Les inspections des stades vont se multiplier, et chaque déplacement du président sera potentiellement épluché à la loupe.
La FIFA devra trancher rapidement : soit assouplir son discours écologique pour éviter l'hypocrisie flagrante, soit faire marche arrière et imposer à ses dirigeants de respecter les lignes directrices qu'elle promeut. Entre gérer l'orgueil d'un patron attaché à ses commodités et satisfaire les attentes d'une organisation d'envergure mondiale sur un continent où la conscience climatique ne cesse de croître, le choix s'impose naturellement. Infantino a peut-être trouvé en 2026 son plus gros défi diplomatique, bien avant même que le ballon ne roule.