L'attaquant de Liverpool affronte le drame personnel le plus dur en restant avec les Pays-Bas. Un choix de guerrier en pleine Coupe du Monde 2026.
Cinq mois. C'est à ce stade de la grossesse que Cody Gakpo a appris la pire nouvelle qu'un footballeur puisse recevoir en pleine compétition internationale. L'enfant qu'il attendait avec sa compagne Noa van der Bij ne naîtra pas. Le deuil, brutal, s'est abattu sur lui alors qu'il incarnait l'un des grands espoirs offensifs des Pays-Bas à la Coupe du Monde 2026. Et pourtant, l'attaquant de Liverpool a décidé de rester avec l'équipe.
Voilà une décision qui en dit long sur la mentalité du bonhomme. À 25 ans, Gakpo aurait pu – aurait dû, pour beaucoup – prendre du recul, regagner l'Angleterre, être auprès de sa femme. Personne ne l'aurait jugé. Aucun sélectionneur digne de ce nom n'aurait osé le retenir de force. Or, la Fédération néerlandaise a annoncé qu'il restait dans le groupe. C'est un acte de résilience rare, presque surhumain dans le contexte du football moderne, où chaque blessure musculaire devient une épopée médiatique.
Le joueur formé à PSV Eindhoven, passé par Feyenoord avant de s'imposer à Anfield comme l'une des armes offensives majeures de Jurgen Klopp, connaît la pression. Il l'a connue dès le premier jour à Liverpool, lancé à 23 ans dans le grand bain sans filet. Mais là, c'est différent. Ce n'est pas une question d'adaptation tactique ou d'adversaires redoutables. C'est l'existence elle-même qui se dérobe.
La force d'un choix personnel au sein du collectif
Ce qui frappe, quand on y pense franchement, c'est que Gakpo a trouvé la force de prolonger son engagement envers le groupe orange alors qu'un vide s'ourait devant lui. Pas de cérémonie de compassion, pas de focalisation sur lui-même – juste une présence, jour après jour, aux entraînements, en mêlée, en match.
La Fédération néerlandaise n'a pas communiqué de manière voyante. Elle a respecté l'intimité du joueur, tout en confirmant son statut de disponibilité compétitive. Ce silence prudent contraste violemment avec la couverture médiatique inévitable. En 72 heures, l'histoire a circulé dans chaque rédaction sportive européenne. Les réseaux ont débattu, commenté, psychologisé. Et pendant ce temps, Gakpo devait continuer à vivre parmi ses coéquipiers, à préserver un équilibre mental que la plupart d'entre nous ne pourraient pas imaginer.
Il y a là une leçon pour le football d'élite. Le collectif, quand il fonctionne vraiment, c'est un rempart. Une structure qui peut accueillir la fragilité humaine sans l'écraser. Les Pays-Bas, avec leur expérience de la gestion des crises de groupe, savent comment avancer en portant ensemble le poids des malheurs.
On se souvient de Dennis Bergkamp, qui jouait avec une blessure chronique au cœur. On se souvient de Marco van Basten, de Ruud Gullit. Le football néerlandais a toujours cultivé une certaine stoïcité aristocratique face à l'adversité. Gakpo s'inscrit dans cette lignée, même si la nature de son épreuve n'a rien à voir avec les blessures sportives.
Quand la Coupe du Monde devient plus que du football
Voici le paradoxe : rester avec l'équipe pourrait aussi être une forme d'échappatoire. Pas au sens péjoratif – plutôt une transmutation du deuil en action. Le terrain comme thérapie, le collectif comme refuge. Les 90 minutes comme un intervalle où la douleur devient structurée, canalisée, transformée en énergie.
Gakpo marquera-t-il des buts aux Pays-Bas entre maintenant et le tournoi final ? Peut-être pas. Peut-être même que cette épreuve l'affectera sportivement. C'est humain. Mais ce qui compte vraiment, ce n'est pas la statistique. C'est qu'il a choisi de ne pas disparaître, de ne pas se replier sur son intimité blessée, même s'il aurait eu mille raisons légitimes de le faire.
La Coupe du Monde, on l'oublie souvent, n'est pas qu'un spectacle. C'est aussi un test de caractère, un creuset où les fragilités humaines se heurtent à l'exigence absolue du groupe. Gakpo le sait. Son sélectionneur le sait. Et ses coéquipiers, eux, le comprendront quand il sortira du tunnel en orange.
- 25 ans : l'âge de Gakpo, plein dans la force de l'âge en tant que buteur international
- 11 buts en 28 sélections : un rendement solide, qui en fait une pièce maîtresse du projet néerlandais pour 2026
- 32 buts en 72 matchs avec Liverpool : son implication quotidienne à Anfield ne sera pas perturbée par une sélection
- 5 mois de grossesse : le moment tragique où le deuil s'est abattu, mettant en lumière la vulnérabilité du sportif
Le football, à ses heures les plus nobles, n'est jamais seulement du football. Et Cody Gakpo, en cet instant de douleur extrême, devient un miroir de ce que peut être l'humanité face aux vents contraires. Pas de héros hollywoodien, pas de redemption facile. Juste un homme qui regarde droit devant, et qui décide de continuer à avancer avec ses frères.