Deux jours avant Deschamps, une intelligence artificielle dévoile sa liste de 26 Bleus pour 2026. Gadget ou vrai débat sur la préparation de la Coupe du Monde ?
L'intelligence artificielle s'invite à la table des sélectionneurs. À quarante-huit heures de l'annonce officielle de Didier Deschamps, le cabinet de conseil français AVISIA a lâché une bombe numérique : sa propre sélection de vingt-six joueurs français pour la Coupe du Monde 2026. Pas une plaisanterie de journaliste en mal de clics. Non. Un vrai travail d'algorithme, épluché, analysé, servi aux médias comme une provocation délibérée au moment où l'entraîneur tricolore s'apprête à trancher.
Voilà qui fait froid dans le dos. Ou qui fascine. Selon l'humeur. Parce qu'on peut sourire de voir des ordinateurs prédire l'avenir du football français, ou on peut se demander si vraiment, demain, une machine ne sera pas plus objective que l'intuition d'un sélectionneur. AVISIA a ingurgité des heures de données brutes : statistiques individuelles, historique des performances, profils physiques, évaluations tactiques. Le tout passé au filtre d'un réseau neuronal censé identifier les quarante meilleurs footballeurs tricolores en activité, avant de les réduire à vingt-six.
Quand les chiffres font la sélection
Le résultat ? Étrangement cohérent. L'IA propose Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni, Jude Bellingham—ah non, lui c'est pas Français, même s'il joue en Angleterre avec Real Madrid. Elle propose Eduardo Camavinga, Dayot Upamecano, Jules Koundé. Des noms qu'on attend tous de voir sur la feuille de Deschamps. Mais aussi des surprises : des joueurs moins en vue, des renforts issus de championnats moins prestigieux, des défenseurs latéraux qu'on n'attendait pas, des milieux aux stats discrètes mais régulières.
Ce qui dérange, c'est que l'IA n'a pas d'attachement émotionnel. Elle ne se souvient pas du match de Coupe du Monde 2018. Elle ne sait pas que Mbappé était surhumain à Moscou. Elle calcule juste : puissance, vitesse, efficacité, constance sur les vingt-six derniers mois. Trois cent quarante et deux matchs analysés. Six mille variables. Et voilà une liste surgit de nulle part.
Le truc coriace, c'est que personne ne sait vraiment si l'IA a raison ou tort. Comment vérifier ? Deschamps verra sa liste évaluée en temps réel lors de la compétition. AVISIA, elle, a juste livré une prédiction qui ne sera jamais tout à fait testée de la même manière. Si la France gagne, on dirà que l'IA était intelligente. Si elle perd, on dirà que ce n'était qu'un algorithme bête.
Le sélectionneur face au pronostic sans cœur
Didier Deschamps a-t-il consulté les données d'AVISIA ? Probablement pas directement. Mais la question fait son chemin. Depuis plusieurs années, les clubs utilisent l'analyse de données pour affiner leurs choix tactiques, leurs ajustements en match, leurs recrutements. La France elle-même a renforcé sa structure analytique à la Fédération. Alors pourquoi pas la sélection finale ?
Sauf que sélectionner vingt-six joueurs pour la plus grande compétition du football mondial, ce n'est pas la même mécanique qu'optimiser une défense en zone. C'est de la politique. De la géopolitique interne même. Il y a les mecs qui crèvent l'écran depuis trois ans, les véritables cracks. Mais il y a aussi les gars qui ont toujours répondu présent quand on les a appelés, qui aiment le maillot, qui ne discutent pas les choix tactiques. Il y a les jeunes qu'on veut lancer. Il y a les anciens qu'on doit ménager. L'IA, elle, voit juste du talent brut.
Deschamps ne peut pas sélectionner que des robots optimisés. Un groupe de vingt-six, c'est un équilibre. C'est du feeling. C'est la certitude que untel va tirer les autres vers le haut, que ce gars-là saura se battre en quarts de finale, que cet autre apportera une stabilité morale. L'expérience, ça ne se programme pas.
Le coup médiatique qui pose vraiment question
AVISIA a-t-elle vraiment voulu challenger Deschamps ? Ou juste générer du bruit avant 2026 ? Difficile à dire. Mais une chose est certaine : cette initiative enfonce un coin dans le débat public du football français. Elle rappelle que la sélection n'est pas une science exacte, même si elle s'appuie sur des données. Elle force les gens à réfléchir à ce qu'on attend d'un sélectionneur en 2026 : un technicien pur, ou un leader capable de gérer l'irrationnel de vingt-six personnalités dans un groupe ultra exposé ?
Attendons deux jours. Deschamps va parler. Sa liste sera affichée. Et puis on verra à quel point l'IA d'AVISIA s'est trompée ou pas. Mais peu importe le résultat. Ce qui compte, c'est que quelqu'un a eu l'audace de dire : on peut aussi penser ça autrement. Dans le foot français, où les hiérarchies sont souvent figées et les débats sur les choix tactiques vieux de trente ans, c'est presque revitalisant. Un électrochoc numérique.
Reste une question qui taquine. Si l'IA se trompait sur deux, trois noms, mais que sa liste permettait à la France d'aller chercher une demi-finale là où Deschamps n'aurait eu qu'une élimination en huitièmes, qui aurait eu raison ? Le foot, c'est jamais noir et blanc. Même pour les machines.