Auteur d'un doublé décisif contre l'Autriche en 16es de finale, Mikel Oyarzabal s'impose comme la star offensive de l'Espagne. Le jeune prodige Lamine Yamal passe au second plan.
L'Espagne n'attendait que ça. Après des années passées à chercher un avant-centre capable de faire oublier la génération dorée, voilà que Mikel Oyarzabal se pose en véritable leader offensif de la Roja. Deux buts contre l'Autriche en 16es de finale de la Coupe du Monde 2026, et soudain, les certitudes s'effondrent. Pas besoin d'être cartomancien pour voir où souffle le vent espagnol en ce moment.
Quand l'expérience terrasse l'hype générationnel
Lamine Yamal incarnait la promesse. À 17 ans à peine, le prodige barcelonais devait porter la Roja vers son destin. Les commentateurs croquaient déjà dans l'histoire de ce phénomène dont on disait qu'il changerait la physionomie du football espagnol pour une décennie. Sauf que la réalité du terrain ne tourne pas toujours selon les scénarios écrits par les spécialistes. Oyarzabal, lui, ne s'en préoccupe guère. À 27 ans, avec 45 sélections au compteur, l'ailier de la Real Sociedad a simplement pris ses responsabilités là où les jeunes tâtonnaient encore.
Ce double contre les Autrichiens n'est pas tombé du ciel. Oyarzabal carburne depuis le début de cette Coupe du Monde. Ses mouvements d'ailier sont tranchants, ses appels impeccables, ses finitions cliniques. Luis de la Fuente, le sélectionneur espagnol, a compris qu'il tenait quelque chose de rare chez les Rouges: un joueur capable de transformer les demi-occasions en buts. Entre Yamal qui découvre encore le haut niveau en sélection et Oyarzabal qui en maîtrise les codes, le choix du patron devient évident.
La Real Sociedad propulse son homme à la lumière
On raconte souvent que la Real Sociedad reste une pépinière discrète. Moins médiatisée que le FC Barcelone ou le Real Madrid, le club de Saint-Sébastien cultive pourtant une certaine rigueur dans sa formation des joueurs. Oyarzabal en est la preuve vivante. Parti de la cantera donostiarra, il a grandi dans un environnement où la technique n'est jamais dissociée de l'intelligence tactique. Pas d'effets de manche inutiles, des gestes précis, une circulation du jeu irréprochable.
Ce profil plaît à Luis de la Fuente qui, après 18 ans passés à faire tourner Bilbao, comprend les vertus du football de région. Oyarzabal s'inscrit dans cette philosophie ibérique où le collectif prime sur l'ego. Trois passes avant un but, c'est trois victoires morales avant le succès final. Yamal, jeune lion affamé, n'a pas encore totalement intégré cette nuance. Le temps joue donc en faveur d'Oyarzabal dans cette compétition décisive.
Une hiérarchie offensive qui se redessine en temps réel
La mécanique espagnole a longtemps reposé sur une attaque construite à plusieurs vitesses. Avant Oyarzabal, on comptait sur Ferran Torres, sur Álvaro Morata quand il était frais, sur quelques incursions aériennes de Sergio Ramos dans les derniers instants. Rien de très tranchant pour renverser des défenses bien organisées. Aujourd'hui, avec Oyarzabal qui surgit comme le tireur d'élite attendu, la Roja gagne en efficacité brute. Les statistiques le confirment: depuis le début de la compétition, l'ailier accumule 6 tirs cadrés, avec un total de 4 buts déjà inscrits. C'est du level Champions League.
Yamal, lui, attend toujours de débloquer son compteur en Coupe du Monde. À 17 ans, c'est déjà enviable sur le papier. Mais sous les projecteurs qataris, chaque match compte double. Quand ton concurrent à gauche enfonce des portes et amasse des trophées, chaque absence se transforme en doute. De la Fuente n'a d'ailleurs pas caché ses préférences lors de la conférence de presse d'avant-match: «Oyarzabal nous offre la sérénité offensive que nous recherchions.» Du texte, rien que du texte, mais dans le foot, ces mots pèsent lourd.
L'équilibre des forces s'est déplacé. Pas définitivement — la Coupe du Monde ne s'écrit jamais au quart ni à la mi-temps — mais suffisamment pour que les hiérarchies bougent. Yamal reste un prodige capable de revenir en première ligne à tout moment. À cet âge, les carrières se construisent en quelques mois. Mais pour maintenant, ici, dans cette compétition, c'est Oyarzabal qui dicte la loi. La Roja a sa star offensive. Elle s'appelle Mikel Oyarzabal, elle porte le numéro 19, et elle vient de la Real Sociedad. Parfois, le héros n'arrive pas d'où on l'attendait.