La sélection tchèque a dévoilé ses 29 joueurs pour le Mondial. Surprises et déceptions cohabitent dans une liste qui sent la transition.
La République tchèque a tranché. Après des semaines de spéculation, Ivan Hašek a livré son verdict pour la Coupe du Monde 2026 : 29 noms inscrits sur la liste préliminaire, trois qui devront plier bagage avant le rendezvous au Mexique, aux États-Unis et au Canada. Un document qui raconte bien plus que ses lignes rouges. Il dit où en est vraiment la nation tchèque sur l'échiquier mondial, ses forces, ses fragilités, et surtout les choix philosophiques du sélectionneur face à une génération vieillissante.
Pourquoi Sulc survit quand Karabec chute?
Tomáš Sulc est blond, robuste, étonnamment rapide pour un attaquant qui doit friser les 185 centimètres. À 27 ans, le buteur d'Atalanta figure parmi les rescapés du couperet. Depuis son transfert en Italie en 2023, il a marqué régulièrement en Serie A, loin des projecteurs français mais suffisamment efficace pour figurer dans les calculs hašekiens. Sulc incarne une certaine stabilité offensive. Il sait peser sur les défenses, utiliser son corps, convertir ses occasions. Dix buts en 31 sélections, ce n'est pas spectaculaire, mais c'est du travail.
Son maintien contraste avec l'absence de Matěj Karabec. Le milieu offensif de West Ham n'a pas eu la chance de disputer les récents matchs qualificatifs, bloqué par les blessures. Hašek n'a pas attendu. Il a choisi des profils différents, des joueurs actuellement en forme. Pour le sélectionneur des Tchèques, la fenêtre de tir ne s'ouvre qu'une fois. Impossible de compter sur quelqu'un qui réapprend à bouger. Karabec devra prouver sa valeur en club d'abord, le Mondial à domicile pour les Hammers sera son vrai test.
Une génération épuisée peut-elle tenir jusqu'en 2026?
Petr Čech a tiré sa révérence, Vladimír Šmicer aussi. Mais David Pavelka, Vladimír Darida et autres cadres tactiques flottent toujours autour du groupe. À 30-32 ans, ces joueurs ont connu leur apogée il y a cinq ou six ans. Les générations tchèques des années 1990-2000 étaient flamboyantes. Celle-ci? Honnête, sans plus. Elle a atteint les demi-finales de l'Euro 2020, ce qui reste le meilleur résultat moderne. Rien depuis. Rien de vraiment domptant aux éliminatoires mondiales.
Le tournant pour Hašek, c'est accepter que le Mondial 2026 ne sera pas une quête de revanche nostalgique. C'est un tremplin pour accélérer la transition vers des éléments nés entre 1999 et 2003. Des garçons qui jouent en Premier League, en Bundesliga, en Serie A. Qui découvrent l'Europe sans la charge mentale des trophées manqués. Cette liste de 29 vise à construire un équilibre : garder l'expérience là où elle compte vraiment (capitanat, leadership en vestiaire), injecter du sang frais dans les secteurs offensifs. C'est un pari, certes risqué avant les mois de mars 2025. Mais les autres options paraissent épuisées.
La République tchèque peut-elle vraiment rêver d'une grande histoire à 2026?
Honnêtement, non. Pas à l'échelle d'une demi-finale ou d'une qualification pour les quarts de finale. Le groupe H du Mondial ne sera pas un boulevard. Les formations continentales que vous entrevoyez dans les murs seront les plus fortes. Mais dépasser le premier tour? Remporter des matchs? Créer une dynamique positive? Ça, c'est possible. Ça, c'est l'objectif réaliste.
Hašek sait qu'il pilote un bateau en reconstruction. Retenir Sulc, laisser Karabec à la porte, c'est dire : nous choisissons ceux qui jouent maintenant, pas ceux qui pourraient jouer. Nous visons du concret, de l'immédiat. Et si cette liste semble austère comparée aux années glorieuses, elle reflète au moins une certaine honnêteté dans le diagnostic. La République tchèque n'a plus les ressources pour bluffer ou jouer les apprentis sorciers. Elle doit être pragmatique, construire patiemment, avancer pas à pas. Le Mondial mexicain, états-unien et canadien en 2026 sera un premier test pour ces choix.
Trois joueurs encore vont devoir quitter le groupe. Ceux-là sauront que Hašek a d'autres ambitions pour eux après le tournoi, ou simplement que la compétition aura rendu son verdict. Pour l'heure, 29 Tchèques montent en ligne. Sulc en fait partie. Karabec, non. Et c'est déjà toute une histoire.