Battus 3-2 lors des qualifications pour la Coupe du Monde 2026, les Lions de la Téranga cherchent des responsables. À Dakar, deux hommes sont déjà dans le viseur d'une nation qui refuse de déchoir.
Trois buts encaissés en une nuit, et voilà tout un édifice qui s'effondre. Le Sénégal sort meurtri de cette défaite 3-2 qui le rapproche dangereusement de l'élimination en qualifications pour la Coupe du Monde 2026, et l'Afrique de l'Ouest s'interroge : comment les champions du continent, titrés en janvier dernier après une épopée au Cameroun, en sont-ils venus à se faire humilier aussi brutalement ? La question n'est pas nouvelle dans le football africain, mais elle résonne différemment quand elle concerne une nation qui croyait avoir enfin trouvé sa trajectoire.
Il y a peine quelques mois, Aliou Cissé savourait le triomphe continental avec ses joueurs. Les images de liesse à Dakar, la Coupe d'Afrique des Nations serrée contre la poitrine, semblaient constituer une plate-forme solide pour aborder les qualifications mondiales. Or, le football n'offre que rarement de vraies assurances. Ce qui frappe dans ce revers, c'est moins l'ampleur du score que la manière dont il révèle des failles structurelles : une défense poreuse, une incapacité à maintenir la pression quand elle s'intensifie, une marge de progression que personne n'avait anticipée après janvier.
Les deux hommes désignés coupables incarnent deux logiques opposées. Le sélectionneur Aliou Cissé, d'abord, porte le poids des choix tactiques et des rotations qui ont fragilisé l'équilibre du groupe. Après un titre continental où il avait façonné une identité défensive solide et une verticalité redoutable, ses ajustements pour cette campagne qualificative semblent lui avoir échappé. À 48 ans, disposant d'un palmarès continental respectable, il doit justifier comment un champion se laisse déborder de la sorte. Sadio Mané, enfin, figure de proue de cette génération dorée, incarne peut-être un décalage temporel : celui d'une star globale dont l'influence sur le terrain dépend de contextes tactiques que les Lions ne maîtrisent plus aussi fermement.
La pression intérieure monte vite au Sénégal. Ce n'est pas seulement une question de résultats sportifs, c'est une question de légitimité politique du projet de Cissé, qui avait restauré une certaine fierté après les déboires antérieurs. Les réseaux sociaux sénégalais ne font aucun quartier : les images de la débâcle circulent, les analyses vidéo fleurissent, et chacun y va de son diagnostic. Entre trois et quatre défenseurs remplacés en cours de match, une pressing agressif qui se transforme en passivité coupable, il n'y a qu'un pas que la critique franchit sans hésiter.
- Le Sénégal, champion d'Afrique en janvier 2024, est désormais au bord de l'élimination en qualifications pour 2026
- Sadio Mané et ses coéquipiers ont concédé 3 buts en une seule rencontre, un score rarissime pour une équipe habituée aux verrous défensifs
- Aliou Cissé compte plus de 15 ans à la tête de la sélection sénégalaise, un record continental de longévité
- Les qualifications africaines pour la Coupe du Monde voient chaque année 4 à 5 favoris basculer vers l'incertitude
Quand la continuité devient un poids, pas un atout
Ce qui complique la situation, c'est que Cissé n'est pas un néophyte. Depuis 2015, il a construit quelque chose de tangible, quelque chose qui avait même produit une finale mondiale en 2022. Mais il existe une ligne fine entre la stabilité stratégique et l'usure conceptuelle. À partir de quel moment un projet bien huilé se transforme-t-il en formule usée ? Le Sénégal semblerait avoir franchi ce cap sans crier gare.
Quant à Mané, sa responsabilité est différente mais tout aussi pesante symboliquement. L'attaquant de 32 ans revient d'une blessure grave qui a ponctué la saison précédente en Arabie Saoudite. Ses performances depuis son retour manquent de l'éclat volcanique qui le caractérisait. Cela n'excuse rien, mais cela explique peut-être pourquoi une équipe qui s'en remettait autrefois à ses éclairs d'improvisation se retrouve désemparée quand celui-ci ne produit plus l'étincelle.
Reste que l'élimination n'est pas écrite. Le Sénégal joue encore trois matches avant de connaître son sort définitif dans ce groupe de qualifications. Trois occasions de reconfigurer l'équilibre, de restaurer la confiance, de rappeler que janvier n'était pas un mirage. Mais chaque jour qui passe, chaque débat sans fin sur les réseaux sociaux, chaque intervention de l'exécutif sénégalais pour demander des comptes creuse davantage un fossé entre l'euphorie récente et la réalité présente. Le football africain fonctionne à l'émotion, certes, mais aussi à la mémoire collective : ce que le Sénégal doit à présent reconstruire, ce n'est pas seulement son jeu, c'est sa légende locale.
Peut-être fallait-il ce moment d'abaissement pour que l'équipe saisisse ce qui lui manquait réellement. Peut-être aussi que la jeune génération, celle qui attend en coulisses, trouvera dans cette adversité une opportunité de prouver qu'elle est prête à relever le flambeau sans nostalgie du passé proche. En attendant, le silence qui règne maintenant à Dakar contraste cruellement avec les chants de victoire de janvier. C'est le prix des princes, quand ils trébuchent.