Après des mois de silence, le sélectionneur français sort de l'ombre pour prendre les rênes de la Tunisie durant le Mondial 2026. Une arrivée explosive au cœur de la tempête.
Hervé Renard a choisi son timing. Alors que la Tunisie s'apprête à affronter les plus grandes nations du football lors de la Coupe du Monde 2026, le technicien français accepte une mission que d'autres auraient refusée : succéder à Sabri Lamouchi sur le banc des Aigles de Carthage. Une décision qui intervient après plusieurs mois d'incertitude et de silence de la part du sélectionneur, qui n'avait pas parlé publiquement depuis son intégration au projet tunisien.
Pourquoi ce silence avant l'annonce officielle ?
Renard n'a pas communiqué entre son arrivée dans le giron de la Fédération tunisienne et l'officialisation de son rôle. C'est une stratégie classique du personnage : laisser les bruits de couloir enfler, les spéculations prospérer, puis surgir avec l'autorité que confère une annonce officielle. Pendant ce temps, Sabri Lamouchi occupait le terrain en tant que sélectionneur intérimaire, gérant les matchs de qualification et les préparatifs du tournoi mondial.
L'attente a permis aux dirigeants tunisiens de peaufiner les détails de la transition. La Fédération avait besoin d'assurances : un nouveau sélectionneur à trois mois du Mondial, c'est un pari. Renard, lui, voulait des garanties sur les moyens, le groupe de joueurs disponibles, et surtout la stabilité politique au sein de l'institution. Les coulisses ont fonctionné. L'accord s'est cristallisé. Le silence, finalement, c'était du temps acheté pour éviter les fuites médiatiques préjudiciables.
Quel héritage Lamouchi laisse-t-il à Renard ?
Sabri Lamouchi a piloté la Tunisie à travers une période charnière. Ses résultats en qualifications ont permis aux Aigles d'accéder à la Coupe du Monde 2026 en tant que l'une des cinq nations africaines retenues. Le bilan quantitatif est là : la Tunisie participe au Mondial. Sur le plan qualitatif, c'est plus nuancé. L'équipe a montré des failles défensives répétitives, une créativité offensive inégale, et une gestion des moments décisifs parfois approximative.
Renard hérite donc d'une qualification acquise mais d'une structure à consolider. Les cadres tunisiens sont expérimentés : les joueurs qui ont porté les couleurs lors de la dernière Coupe du Monde en 2022 au Qatar sont toujours là, vieillis d'une poignée d'années mais rodés aux compétitions internationales. Ce n'est pas du brut, c'est du recalibrage.
Qu'attendre de Renard dans ce Mondial 2026 ?
Renard ne débute pas sur blanc. Le technicien a déjà remporté une Coupe d'Afrique des Nations avec la Zambie en 2012, quand personne ne l'attendait là. Il a mené Lille à un titre de Ligue 1 en 2021, pulvérisant les pronostics. L'homme sait gérer les scénarios improbables et les pressions titanesques. La Tunisie, avec sa population de 12 millions d'habitants, n'a jamais franché les quarts de finale d'un Mondial. C'est l'éléphant dans le stade : faire mieux, ce serait un accomplissement historique.
Le sélectionneur français est réputé pour son approche méthodique. Pas de révolutions tactiques spectaculaires, mais une progressivité dans la construction. Il analysera d'abord, ajustera ensuite, peauffinera enfin. Avec trois à quatre mois devant lui avant le coup d'envoi en juin 2026, Renard dispose du minimum syndical pour insuffler sa philosophie sans déstabiliser les repères existants.
Les attentes tunisiennes sont à la fois modestes et démesurées : modestes parce que personne ne croit vraiment à un titre mondial pour une petite nation, démesurées parce qu'une qualification en quarts de finale serait acclamée comme une apothéose. Renard sait lire ces subtilités. Il sait aussi que le football tunisien, au-delà des résultats, génère une passion viscérale. Les stades du pays seront des chaudières. L'amour du peuple, il le connaît pour l'avoir expérimenté ailleurs.
L'annonce officielle de la Fédération tunisienne scelle un partenariat que beaucoup voyaient arriver mais que peu osaient confirmer à voix haute. Hervé Renard sort enfin de son silence pour entrer dans l'arène la plus regardée du football planétaire. À 58 ans, le Français ne vient pas ici pour faire de la figuration. Il vient pour écrire une page, aussi brève soit-elle, dans l'histoire du football tunisien. Et peut-être bien transformer ce Mondial en conte de fées.