La Coupe du Monde 2038 cristallise les tensions : candidatures groupées, équilibres géopolitiques bouleversés, la rotation des continents n'existe plus. La FIFA doit repenser ses règles.
Vous rappelez-vous quand les règles étaient simples ? Afrique, puis Asie, puis Europe, puis Amérique du Sud. Un ballet prévisible, presque rassurant. Vous aviez le temps de savoir où vous seriez en 2038. Sauf que voilà, ce temps-là est mort. Et c'est la Coupe du Monde 2038 qui va l'enterrer définitivement.
Les candidatures pleuvent déjà, mais elles ne ressemblent à rien de ce qu'on a connu. Pas des États qui postulent seuls, non. Des alliances. Des regroupements. Uruguay et Paraguay ensemble. La Colombie qui coquette avec l'Argentine et le Paraguay. L'Arabie Saoudite avec l'Égypte et la Grèce. C'est presque un système de blocs, comme aux Nations unies. Et pendant ce temps, la FIFA voit ses anciens principes d'alternance continentale s'effondrer tranquillement, sans bruit.
Pourquoi ? Parce que la réalité du football mondial n'a rien à voir avec cette belle théorie circulaire qu'on lui avait collée après 2010. Les enjeux financiers ont explosé. Les infrastructures demandées deviennent démesurées. Un petit État ne peut plus se permettre d'accueillir seul une Coupe du Monde. Les coûts de construction des stades, des transports, de la sécurité : on parle de dizaines de milliards. La Nouvelle-Zélande, qui rêvait de 2038, a compris en regardant les chiffres du Qatar qu'elle n'avait aucune chance.
L'alternance continentale, une belle idée devenue impraticable
Rappelons le contexte. En 2010, la FIFA avait instauré cette « rotation continentale » pour éviter les scandales de corruption dans les votes. L'idée était honnête : faire tourner, démocratiser. Brésil en 2014, Russie en 2018, Qatar en 2022. Chacun son tour. C'était presque méritocratique. Sauf qu'entre 2010 et 2024, le monde a changé trois fois.
Les crises climatiques ont rendu certaines régions moins « gagnables ». L'inflation des coûts a disqualifié les petites économies. Regardez l'Afrique : après le Cameroun en 1990 et l'Afrique du Sud en 2010, aucune nation du continent n'a pu porter seule l'événement. Pourquoi ? Pas faute de passion pour le football, mais d'exigences devenues folles. Les stades flambant neufs, les infrastructures de transport, les hôtels cinq étoiles. Une Coupe du Monde, c'est désormais 10, 15, parfois 20 milliards de dollars. Qui peut se le permettre seul en 2038 ?
Et puis il y a le foot lui-même, qui a éclaté en mille morceaux. Les équilibres géopolitiques ne sont plus ce qu'ils étaient. L'Asie du Sud-Est s'est structurée. Le Golfe jette l'argent par les fenêtres. L'Amérique latine reste dominante mais fragmentée. L'Europe veut garder sa place. Aucun continent n'est vraiment « en attente ». Tous veulent organiser. Tous peuvent être pertinents.
Les alliances, nouvelle monnaie d'échange à la FIFA
Voilà pourquoi ces candidatures communes explosent. Ce n'est pas une tendance. C'est une nécessité structurelle. Uruguay et Paraguay ensemble, c'est déjà plus crédible qu'une seule des deux nations. La Colombie avec ses voisins, c'est une force sud-américaine réunifiée. L'Arabie Saoudite, elle, utilise ses milliards pour acheter des partenaires et transformer une candidature désastreuse en option « acceptable ».
Ces alliances cassent le système d'alternance. Comment appliquer une rotation continentale quand une candidature couvre trois continents ? Quand le même projet inclut l'Asie de l'Ouest, l'Afrique du Nord et l'Europe méditerranéenne ? La FIFA va devoir inventer des règles. Ou abandonner les anciennes.
Et c'est là que Gianni Infantino et ses conseillers commencent à transpirer. Parce qu'accepter cette nouvelle configuration, c'est reconnaître que le modèle est cassé. C'est avouer que les critères économiques dominent désormais les critères géographiques. C'est admettre que la NFL américaine avait raison quand elle disait que les droits de diffusion valent plus que n'importe quelle éthique de répartition.
2038 : la fin de la belle théorie
Techniquement, la FIFA peut encore bloquer ces candidatures conjointes. Elle a les statuts pour. Mais est-ce qu'elle va le faire ? Difficile à croire. Uruguay seul n'aurait jamais passé la barre. Avec le Paraguay, ça devient jouable. La Colombie aurait pu essayer : c'était risqué. Avec des partenaires régionaux, c'est crédible.
En accédant à ces formats nouveaux, la FIFA admet que l'alternance continentale était un leurre gentil, utile pour la photo, mais pas viable au long terme. Elle choisit la flexibilité sur le dogme. C'est pragmatique. C'est aussi l'aveu qu'il n'y a plus de système, juste des négociations au cas par cas.
Ce qui attend en 2038, ce n'est pas une Coupe du Monde, c'est un test grandeur nature. La FIFA va apprendre qui elle est vraiment : une organisation capable de dire non aux puissants, ou une simple machine à monétiser la passion. Les alliances qui se forment maintenant ne sont pas des histoires d'amitié continentale. Ce sont des équations où l'argent, la géopolitique et la capacité d'accueil se mélangent sans ordre établi.
L'alternance continentale ? Elle est déjà morte. 2038 sera juste son enterrement en grande pompe.